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Full text of "Petite flore latine : clef des citations latines que l'on rencontre dans les ouvrages des écrivains français : Libre de l'élève"

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Larousse* Pî 



PETITE FLORE LATINE 



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PETITE 



FLORE LATINE 




Chv/ue exemplaire est revêtu de la griffe c/s Editeurs. 



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Tous droits réservés. 



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MÉTHOnE LEXICOLOGIQUE 



PETITE 



LORE LATINE 



CIEF DES CITATIOXS LATINES 

QUE l'on rencontre DANS LES OUVRAGES DES ÉCRIVAINS FRANÇAIS 



Par P. LAROUSSE 



J 



Autem- de la Lexicologie des Écfl!e<t. 



Je preuds un jourual français, parlant de la 
politique française et de la littérature française , 
et je me mets à le lire à la clarté d'un soleil fran- 
çais; mais, au beau milieu du chemin, je ren- 
contre un obstacle, un caillou qui m'arrête; je 
me pique le nez contre un chardon : du latial 
du latin! toujours du latin! 

M"' Emile de Girardin. 



^'^BIBLIOTHÈQUES O 



LIVRE DE L'ELEVE 




^ LtBRAWeS ^ 



PARIS 



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LAROUSSE ET BOYER, LIBRAIRES-EDITEURS, 

49, RUE SAINT-ANDRÉ-DES-ARTS, 49. 







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j PRÉFACE 

■s, 

1 

^ Le temps n'est pa? loin, car il ne remonte guère plus haut que nos 
^ souvenirs, où la grammaire de Lliomond formait à elle seule presque 
'^ tout le bagage, toute la bibliothèque de nos écoles primaires. A peine 
V^oupçonnait-on qu'un rôle pût y être rempli par l'histoire et la géo- 
'^ graphie; quant à la physique, à la chimie, à toutes les autres 

connaissances du domaine scientifique, elles semblaient l'apanage ex- 
j clusif, et comme une sorte de majorât constitué au profit des élèves de 
^ nos lycées. Le temps a commencé à faire justice de ces injurieuses 

distinctions, et si les sciences, considérées dans leurs plus hautes spécu- 
\ lations, sont encore et resteront probablement toujours le patrimoine 



de quelques écoles privilégiées, leurs principes, leurs éléments sont 
devenus la propriété de chacun. Ici, comme en tout le reste, le 
progrès a suivi sa marche envahissante ; brisant le cercle étroit dans 
lequel l'avait enfermé l'antique routine, le niveau de Tinstruction 
primaire s'est élevé graduellement, et continue chaque jour son 
mouvement ascensionnel ; le programme s'est agrandi, et il serait bien 
difficile aujourd'hui de tracer à l'esprit de progrès les hmites en deçà 
desquelles il devra s'arrêter, et de lui dire : Tu iC iras pas plus loin. Oui, 
à côté de l'alphabet, du catéchisme, de l'histoire sainte, de la gram- 
maire et des quatre règles, on enseigne aujourd'hui dans nos écoles 
professionnelles — et toute école primaire doit être une école profession- 
nelle — on enseigne l'histoire, la géographie, la géométrie, l'algèbre, 
la physique, la chimie, l'histoire naturelle, l'agriculture, etc. L'in- 



VT PREFACE 

structioii primaire doit-elle s'arrêter là?. Nous ne le pensons pas, et 
beaucoup d'instituteurs partagent cette opinion, si nous en jugeons 
par la faveur, chaque jour croissante, que rencontrent parmi eux 
notre Jardin des Racines grecques et celui des Racines latines. 

Aujourd'hui, c'est une nouvelle tentative que nous faisons encore, 
et nous avons assez de confiance dans le zèle intelligent des maîtres 
pour être assuré qu'elle sera couronnée d'un égal succès. L'ou- 
vrage que nous livrons à la publicité est destiné à introduire l'é- 
lève au cœur même de la langue hiimc, ce palladium de la haute 
littérature, derrière lequel s'est retranché jusquici l'enseignement 
secondaire. 

Cependant, qu'on ne se méprenne pas sur la portée de ce livre : il 
n'aidera point à traduire Cicéron, ni Virgile, ni Horace, ni Lucain, 
ni Juvénal, ni même Phèdre; nous n'élevons pas si haut nos pré- 
tentions, et nous croyons qu'il n'est pas non plus nécessaire d'avoir 
cette ambition pour faire un ouvrage utile. 

Des mots empruntés aux grands hommes, prononcés dans des 
c'.rcouslances célèbres; des lambeaux de phrases, des hémistiches ex- 
traits des auteurs latins et renfermant des vérités piquantes, ingé- 
nieuses ou profondes, dont l'expression est devenue proverbiale; 
ces locutions de toute espèce et de toute origine, qui ont passé du 
latin dans le français, où elles se retrouvent sans cesse sous la plume 
des écrivains ou dans la bouche des orateurs, dans les entretiens 
sérieux aussi bien que dans les conversations enjouées, qui se repro- 
duisent sous mille formes, à tout propos, si souvent, qu'elles sont 
devenues la terreur de ceux qui ignorent la langue de Cicéron, et 
même de ceux qui croient la connaître; l'intelligence de ces locu- 
tions et le secret de leur application, qui sont un besoin pour tous 
ceux qui parlent, qui lisent, qui écrivent, c'est-à-dire pour tout le 
monde: voilà ce qui forme le plan et la matière de cet ouvrage; 
voilà le champ de connaissances nouvelles que nous ouvrons aux 
élèves des écoles primaires. Disons-le tout de suite, si, dans notre 
pensée, ce livre s'adresse-exclusivement à ces derniers, nous croyons 
qu'il sera également utile à ceux mêmes qui ont passé huit ou dix 



PRÉFACE VII 

ans sur -les bancs du collège, sous prétexte d'études. En est-il beau- 
coup en etfet qui, quelques années après avoir relégué leur diplôme 
de bachelier au fond de leur secrétaire, pourraient dire de quel au- 
teur est extraite telle ou telle locution, en donner la traduction exacte 
faute de se rappeler ce qui précède ou ce qui suit, et s'en souvenir à 
propos pour l'appliquer avec justesse? Hélas! nous l'avons tous su, 
plus ou moins, le latin, hier ou avant-hier; tous nous avons sucé 
quelques gouttes à cette mamelle féconde, et notre lèvre est encore 
imprégnée de ce lait généreux. Mais depuis hier le temps a marché 
— il marche si vite ! — et nous avons tout oublié, ou peu s'en 
faut. Cependant, étrange puissance des souvenirs, de la beauté 
d'une langue, tout le inonde parle latin aujourd'hui, tout le 
monde en a besoin, depuis l'enfant qui bégaye son Pater jus- 
qu'à l'avocat qui feuillette Jcstinien, jusqu'au général qui com- 
mente César. Nos musées sont pleins de latin, nos bibliothèques en 
regorgent, nos n.onuments en sont couverts ; nos poètes, nos histo- 
riens, nos romanciers, nos publicistes, nos conteurs de nouvelles, 
nos agréables de salons, tout ce monde parle latin, tant bien que 
mal, à ses heures- tout ce monde cite Virgile, Horace, César, même 
Salomon, même l'Évangile ; et ces locutions : Horresco referens, Est 
modus in rébus, Àlea jacta est, Vanitas vcmitafum, Beati pauperes 
spiritu, sont aussi usitées que le plus connu de nos proverbes. 

Eh! dira-t-on, pourquoi citer à tout propos? Ne pourrait-on pen- 
ser et s'exprimer que par l'entremise de Gicéron et d'Homère? 

Qui nous délivrera des Grecs et des Romains? 

Et si je veux dire que les jours s'écoulent rapidement, ne le puis-je 
sans m'écrier : Eheu! fugaces lo.hv.ntur annil — C'était déjà 
l'opinion de La Bruyère: « Hérille, soit qu'il parle, qu'il écrive, 
qu'il harangue, veut citer; il fait dire au prince des philosophes 
que le vin enivre, st à l'orateur romain que l'eau le tempère... » 
C'était également l'opinion de Ninon de Lenclos, dont l'esprit 
moqueur laissait rarement passer l'occasion de s'égayer aux frais 
des beaux-esprits de son temps. Un jour Mignard était chez elle et 



Vlll PREFACE 

se plaignait du peu de mémoire que la nature avait départi à sa fille, 
celle qui fut plus tard la marquise de Feuquières. « Eh ! tant mieux ! 
sécria Ninon, promenant un regard doucement railleur sur le groupe 
de pédants qui encombraient sa chambre, tant mieux! encore une 
fois; eUe ne citera point! » 

Mais ces autorités, il est facile de s'en convaincre, nont incri- 
miné que Tabus de la chose; les citations, faites dans une bonne et 
juste mesure, ont eu et auront toujours un grand attrait pour les 
e.sprits délicats et érudits, même sans le moindre pédantisme. Il faut 
toutefois qu'elles se présentent naturellement, qu'elles jaillissent sans 
effort et fassent si bien corps avec la phrase, qu'on ne puisse les en 
détacher sans en détruire l'harmonie. Dans ces conditions, la cita- 
tion a le charme d'une mouche sur un joli visage, d'une fleur dans 
une belle chevelure : elle donne du piquant, de la tournure et même 
de l'originalité. Voilà pourquoi nous avons voulu que les élèves de 
nos Écoles primaires pussent comprendre les citations et en faire 
eux-mêmes au besoin ; voilà pourquoi, encore une fois, nous avons 
composé cet ouvrage, que nous dédions spécialement aux Ecoles 
primaires, aux Écoles professionnelles, aux Écoles normales, et, sur- 
tout, à nos Pensionnats de demoiselles. "^ 



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FLORE LATINE 



PREMIÈRE LEÇON. 

AB ABSURDO. 

( Par, d'après l'absurde. ) 

Lorsque, pour démontrer une vérité, on commence par supposer un 
ésultat contraire à ce qu'on se propose, et qu'en raisonnant d'après 
ette supposition, on aboutit à une conséquence que la raison ne peut 
.dmettre, on démontre ab absurdo. 

Je veux démontrer l'existence de Dieu par le spectacle de l'univers. 
e suppose que Dieu n'existe pas; par conséquent, le monde est l'œuvre 
u hasard. Or, il règne dans le mécanisme de l'univers une harmonie 
1ns parfaite que dans les œmTes les plus parfaites de l'homme, que 
ans une montre, par exemple. Si l'univers, œuvre parfaite, s'est formé 
eul, à plus forte raison la montre, œu\Te moins parfaite, doit à elle- 
léme son existence.: conséquence évidemment absurde. 



— feS^^S^ 



AB HOC ET AB HAC. 

( A tort et à travers. Littéralement : de ci et de là.) 

Expression pittoresque, imitative, qui est une onomatopée, et pour- 
iit se passer de traduction. Raisonner ab hoc et ab hac, parler ab hoc et 
b hac, c'est-à-dire déparler, déraisonner, battre la breloque, avoir une 
Dnversation décousue, faire des coq-à-l'àne. 

AB IMO PECTORE. 

{ Du fond du cœur.) 

Cette locution se trouve souvent dans Virgile, pour exprimer l'ex- 
•éme douleur, qui semble tirer ses lannes, ses gémissements, ses pa- 
)les du plus profond du cœur. 

On dit aussi imo peciore. 



2 FLORE LATINE. 

A.B INTESTAT. 

(Sans avoir fait de testament.) 

On dit de quelqu'un qu'il est mort ab intestat, quand il n'a pas laissé 
de testament; alors l'héritier que la loi appelle à succéder est dit héri- 
tier ab intestat. Toutes les législations ont permis à l'homme de dispo- 
ser^ par testament, de ce qui lui appartient; mais il fallait bien prévoir 
le cas où il mourrait sans en avoir disposé. La raison naturelle sem- 
hlait appeler le fils à la succession du père. La législation, dans tous 
les pays civilisés, crut aussi devoir, pour conserver les biens dans les 
familles, appeler, à défaut du fils , les père et mère, frères et sœurs 
du défuntj et même les autres collatéraux, jusqu'à un certain degré. 



AB IRATO. 

(Par un mouvement de colère.) 

Prendre une résolution ab irato; faire son testament a6 zra^o, sans 
donner à la réflexion le temps de calmer une indignation plus ou moins 
légitime. 

AB JOVE PRINCIPIU5Î... 

( Commençons par Jupiter...) 

Jupiter est le père des dieiLX et des hommes; dans l'application, ce 
mot : Commençons par Jupiter, répond au proverbe : A tout seigneur, 
tout honneur. 



AB OTO. 

( A partir de 1 œuf. ) 

Horace, dans son Art poétique, loue Homère d'avoir su tirer toute son 
Iliade d'une seule scène, d'un seul événement du siège de Troie (la 
colère d'Achille), sans avoir eu besoin, pour grossir son poème, de 
remonter jusqu'à la naissance d'Hélèae, cause de la guerre, et qui, 
suivant la mythologie, était née d'un œuf, ainsi que Clytenmestre, autre 
fille de Léda. 

Mais il y a une autre manière d'expliquer cette locution. Ab ovo usque 
ad mala, depuis l'œuf jusqu'aiLx pommes, était un proverbe né des ha- 
bitudes de la table chez les Romains. Le repas commençait presque 
toujours par des œufs et se terminait par des fruits. Horace lui-même 



FLORE LATINE. 3 

dit, en parlant du chanteur Tigellius : B aurait chanté depuis Vœuf jus- 
qu'aux pmmes, c'est-à-dire pendant toute la durée du repas. 

AB UNO DISCE OMNES". 

(Et qn'vin seul vous apprenne à les connaître tous.) 

Énée, réfugié à la cour de Didon, commence le long récit des perfi- 
dies des Grecs; il va parler de Sinon, dont les mensonges décidèrent 
les Troyens à faire entrer dans leurs murs le fameux cheYal de bois ; 
le héros dit à la reine : 

Accipe nunc Danaum insidias et crimine ab uno 
Disce omnes 

Entendez de ces Grecs les perfides mensonges, 
Et qu'un çeul vous apprenne à les connaître tous. 

Ce passage est cité souvent à propos d'un de ces traits de perfidie ou 
de méchanceté qui suffisent pour faire juger un homme tout entier. 
Dans un sens plus étendu, il se dit de tout trait distinctif qui sert à 
caractériser un homme, une classe d'individus, etc. U s'emploie géné- 
ralement dans un sens défavorable. 



ABUSUS NON TOLLIT USUM. 

(L'abus n'empêche pas l'usage.) 

On peut abuser de tout, même des meilleures choses; ce n'est pas 
une raison pour renoncer à faire un bon usage des choses dont d'autres 
abusent. 

Voltaire a dit : 

Usez, n'abusez pas, le sage ainsi l'ordonne. 

ABYSSUS ABYSSUM INVOCAT. 

(L'abîme appelle l'abîme.) 

Expression figurée de la Bible, qui signifie qu'un malheur en appelle 
un autre, mais surtout qu'une faute conduit fatalement k une autre 
faute : une fois sur la pente du mal, l'homme ne peut plus s'arrêter 
qu'au fond de l'abime : Abyssus abyssum invocat. C"est de cette expres- 
sion biblique qu'est né notre proverbe français ; Un malheur ne vient 
jamais seul. 



FLOUE LATINE. 



APPLICATION. 



Dans les -phrases suivantes, Vélève remplacera chaque tiret par l'une des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

L'historien qui trace à grands traits la peinture d'une époque 
cl ne tient compte que des événements importants^, dont il in- 
dique les causes et les conséquences, nous fait mieux connaître 
un peuple que l'écrivain minutieux qui entre dans tous les détails 
et commence toujours son récit — . 

Je vous dirai qu'un soir Carlostadt et moi avions faim, mais 
une faim de voyageurs qui n'ont pas mangé depuis vingt-quatre 
heures. Nous jeûnions depuis ce temps-là : nous aurions mangé 
une cathédrale. Où aller, sans argent, dans la ville éternelle, qui 
ne nous avait jamais semblé si éternelle? Il était tard; les couvents 
étaient fermés. Point de ressources. Carlostadt bâillait de faim et 
de sommeil; moi, de sommeil et de faim. Passe un soldat. Les so- 
litudes s'attirent, a dit TÉcriture : — . Le vide du soldat heurta 
le nôtre; son estomac cria : J'ai faim, et le nôtre répondit : Je n'ai 
2)as soupe. 

On a beaucoup écrit contrôla guerre et contre les conquérants; 
mais s'il est vrai de dire que la guerre est un fléau avec Attila, le 
dévastateur, il faut reconnaître qu'elle est légitime avec Charle- 
magne, le guerrier civilisateur; les plus mauvaises choses ont un 
bon côté : — . 

Ce que je sais le mieux, disait Petit-Jean, c'est mon commen- 
cement ; combien de gens à force de vouloir reprendre les choses 
— donnent à ceux qui écoutent leurs narrations prolixes la ten- 
tation de leur crier : « Avocat, passons au déluge ! » 

Les conséquences extrêmes, mais rigoureuses, de certains sys- 
tèmes philosophiques sont tellement éloignées de la vérité, que les 
exposer est le meilleur moyen de les réfuter ; c'est la réfutation 
—, la plus facile à la fois et la plus claire de toutes les réfutations. 

Sans doute le rôle de critique est un noble rôle, et les Aristar- 
ques doivent être mis au rang des écrivains sérieux; mais que 
penser de ces critiques imberbes qui parlent de toutes choses —, 
et jugent les œuvres littéraires comme ils jugeraient l'œuvre de la 
modiste ou du tailleur ? 



FLORE LATINE. 5 

Eurybiade levant sur Thémistocle , par un mouvement — , son 
l)àton de commandement , fut désarmé par la noble et calme ré- 
ponse du général athénien, dont la modération lui lit comprendre 
que la colère est toujours le plus détestable des arguments. 

Il y a aux colonies trois classes distinctes, mais qui se rappro- 
chent parfois sous bien des rapports : ce sont les blancs, les gens 
de couleur libres et les noirs esclaves. Chacune de ces trois classes 
doit être examinée séparément, et un auteur qui se respecte com- 
mencera par les blancs : — . 

La prière est un cri poussé par la créature qui implore son 
Créateur, le maître absolu de ses destinées; mais combien elle est 
plus ardente, combien elle sort, pour ainsi dire, du plus profond 
des entrailles, — , quand elle s'élève vers Dieu pour lui demander 
la vie des êtres qui nous sont chers ! Entendez un fils priant pour 
sa mère, une mère priant pour son fils ! 

M. de Donald, un sage et un chrétien, a dit : « Un peu de phi- 
losophie éloigne de Dieu, beaucoup y ramène. » Il serait donc in- 
juste de proscrire d'une manière absolue l'étude de la philosophie : 

Les héritiers de Thomme qui meurt — sont nécessairement les 
héritiers naturels. Pour que la succession retourne à l'État, il 
faut que l'absence de tout parent, même au degré le plus éloigné, 
soit parfaitement établie; encore l'État ne devient-il possesseur 
qu'après une période de trente années. 

Nous avons emprunté à nos voisins les Anglais un assez grand 
nombre d'usages, entre autres celui des toasts, ou santés; il n'est 
guère de banquets où les convives ne se livrent avec ardeur à 
cette bruyante coutume^ et partout il est d'usage de commencer 
par porter la santé du souverain : — . 

Les grands acteurs sont toujours doués d'une sensibilité pro- 
fonde; ils n'impressionnent la foule que parce qu'ils sont impres- 
sionnés eux-mêmes ; tous les sentiments que leur bouche exprime 
ont passé par leur âme : — . 

Les conversations — plaisent surtout aux diseurs de riens : dans 
cet échange de propos frivoles, ils trouvent l'occasion de faire briller 
leur petit génie plus facilement que dans une discussion sérieuse 
ot suivie. 



6 FLORE LATINE. 

Un grand penchant nous entraîne vers les ouvrages mystiques : 
— ; notre esprit est un abîme qui se plaît dans les abîmes ! En- 
fants, hommes, vieillards, nous sommes toujours curieux de mys- 
tères, sous quelque forme qu'ils se présentent. 

Fénelon, dans son admirable Traité de Vexistence de Dieu, a 
recours à une ingénieuse comparaison : « Prenez, dit-il, les lettres 
de l'alphabet, tirez-les au hasard, et rangez-les dans l'ordre même 
où elles se présenteront; pensez- vous que vous réussirez ainsi à 
composer Y Iliade? Eh bien, si le hasard ne peut former un livre, 
une page, une ligne, le hasard a-t-il pu former l'univers?» Voilà 
une démonstration — . 

La duchesse de Suffolk s'empara des biens de son lils, fondant 
ses prétentions sur cette loi de Henri VIII, qui porte que, si quel- 
qu'un meurt sans enfants et — , la propriété de ses biens passe à 
son plus proche parent, et cela, sans distinction d'âge ni de sexe. 

Quand Molière fit les Précieuses ridicules, où il attaque si plai- 
samment le prétendu beau langage et les tournures par trop re- 
cherchées, il avait en vue le célèbre hôtel de Rambouillet, où l'on 
ne pouvait se résigner à appeler les choses par leur nom : un 
miroir s'appelait le conseiller des grâces : — ! 

Arrivé au comble de la souffrance et touchant au terme de sa 
vie, Molière sentit augmenter son ressentiment contre la méde- 
cine, et sa dernière comédie, le Malade imaginaire, fut comme un 
testament — contre une science qui ne pouvait ni soulager ses 
maux, ni prolonger son existence. 

Un ancien proverbe anglais dit : Par une motte, juge la terre ; 
par une page, juge le livre; par un homme, juge les autres. C'est 
une application de l'ancienne maxime : — ; mais ce système, s'il 
était rigoureusement appliqué, donnerait lieu à de nombreuses 
erreurs. 

LEÇON II. 

ACTA EST FABULA. 

(La pièce est jouée.) 

Le régisseur du théâtre antique annonçait par ces mots aux specta- 
teurs que la représentation était terminée et qu'ils pouvaient se retirer* 



FLORE LATINE. 7 

Sur le point d'expirer, Auguste, se sentant affaibli de plus en plus, 
demanda un miroir, se fit peigner les cheveux et raser la barbe ; après 
quoi, il ajouta : « N'ai-je pas bien joué mon rôle? — Oui, lui répon- 
dit-on. — Battez donc des mains, dit-il, la pièce est finie! Plaudite, 
acîa est fabula ! » 

Uacta est fabula est le consummatum est du paganisme; ces deux excla- 
matious nous semblent caractériser admirablement les deux religions : 
là, un rire bouffon; ici, un cri sublime. 

Rabelais faisait aussi allusion à cette plrrase dans les mêmes cir- 
constances , et la traduisait à sa manière. Au moment d'expirer, il 
s'écriait dans un dernier éclat de rire : Tirez le rideau, la farce est jouée l 

AD HOC. 

(Pour cela.) 

Un avocat , s'il ne trouve pas de loi qui puisse faire triompher sa 
cause, en forge une ad hoc. — Pour traiter ime affaire délicate, on 
choisit un homme ad hoc, spécial, connaissant bien la matière dont il 
s'agit. 

AD HOMINEM. 

(Contre la personne.) 

Dans l'argument personnel, ou ad hominem, l'orateur emprunte àPad- 
versaire des armes pour le combattre; il le confond en lui opposant 
ses propres paroles ou ses propres actes. Dans les assemblées politiques 
de tous les pays, il n'est pas rare de voir un homme changer d'opinion; 
ses adversaires, pour combattre ses paroles du jour, lui rappellent son 
langage d'autrefois, l'opposent ainsi à lui-même, et le battent par un 
argument personnel, ad hominem. 

Voici un exemple célèbre d'argument ad hominem : Cicéron plaidait 
la cause de Ligarius, accusé par Tubéron de s'être battu contre César 
en Afrique. « Mais, je le demande, s'écrie Cicéron, qui donc fait un 
crime à Ligarius d'avoir été en Afrique? C'est un homme qui lui- 
même a voulu aller en Afrique, un homme qui a combattu contre 
César lui-même. En effet, Tubéron, que faisiez-vous, le fer à la main, 
dans les champs de Pharsale ? quel sang vouliez-vous répandre ? dans 
quel flanc vos armes voulaient-elles se plonger? contre qui s'emportait 
l'ardeur de votre courage? Vos mains, vos yeux, quel ennemi pour- 
suivaient-ils? Que désiriez-vous ? que souhaitiez-vous? » Plutarque 
rapporte qu'à ces mots. César laissa tomber en frémissant les papiers 
qull tenait à la main, et qui renfermaient l'acte de condamnation : 
l'éloquence avait triomphé, grâce à l'heureux emploi de l'argument 
ad hominem. 



8 FLORE LATINE. 

AD HONORES. 

Pour l'honneur, gratuitement.) 

Travailler ad honores, c'est travailler sans profit pécuniaire ou maté- 
riel. Ainsi les fonctions de maire sont des fonctions ad honores, c'est-à- 
dire gratuites. 

C'est souvent dans ce sens que l'on dit familièrement : Travaillei" 
pour le roi de Prusse. 

ADHUC SUB JUDICE LIS EST. 

( Le procès est encore devant le juge.) 

Horace; dans son Art poétique, faisant l'histoire des différents genres 
de poésie, dit qu'on ne sait pas positivement quel est l'inventeur du 
rhytlime élégiaque : 

Grammatici certant et adhuc sub judice lis est 

« Les grammairiens ne sont pas d'accord et la question est encore 
à juger. » 

Cette expression, devenue proverbiale, s'applique tous les jours à 
une foule de questions grammaticales, littéraires, historiques, philo- 
sophiques, scientifiques, etc. 

AD LIBITUM. 

(Au choix, à la volonté.) 

Expression latine presque francisée qui répond à cette locution fran- 
çaise : Comme il vous 'plaira. 

AD LITTERAM. 

(A la lettre.) 

Quand on cite un auteur, on doit le citer ad litteram. 

AD MAJORE»! DEI GLORIAM. 

(Pour la pins grande gloire de Dieu.) 

Devise de la Compagnie de Jésus, dont les initiales A. M. D. G. 
servent d'épigraphe à la plupart des li^Tes émanés de cette Compagnie. 



FLORE LATINE. 9 

Au temps où florissaient à Montrouge et à Saint-Acheul les maisons 
d'éducation de la Compagnie de Jésus, la célèbre devise jouait un rôle 
important dans la discipline. Le révérend père fouetteur (ceux qui ont 
été placés sous sa main pourraient l'attester) avait fait graver les quatre 
initiales sur le manche du terrible martinet. La gent écolièrc était 
fouettée ad majorem Dei gloriam, gloire dont elle se serait sans doute 
fort bien passée. 

En 1791, le journal l'Apocalypse, fondé pour la défense du trône et de 
l'autel, prit pour épigraphe : ad majorem régis gloriam, pour la plus 
grande gloire du roi. 

AD PATRES. 

{Retourner vers ses pères.) 

C'est-à-dire mourir. Se dit toujours familièrement : Il est allé ad 
patres; son médecin Va envoyé ad patres. 

M. Rœderer fut relégué du conseil d'État, où tout se faisait, dans le 
sénat, où tout se conservait. Il apprit sa nouvelle destination par le 
Moniteur. Lorsque le premier consul le vit, il lui dit en riant : « Eh 
bien, nous vous avons placé parmi nos pères conscrits. — Oui, répon- 
dit gaîment M. Rœderer, vous m'avez envoyé ad patres. » 



AD PERPETUAM REI MEMORIAM. 

(A la mémoire éternelle du fait.) 

Premiers mots des bulles doctrinales, qui énoncent le jugement rendu 
par le Saint-Siège sur une doctrine qui lui a été déférée. C'est par la 
clause ad perpetuam rei memoriam que débute la fameuse bulle de Clé- 
ment XIV, qui supprimait la Compagnie de Jésus. 



APPLICATION. 

dans les -phrases !>uivantes, l'élève remplacera chaque tiret par Vune des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

Le traducteur doit rendre la pensée plutôt que l'expression 
même de l'auteur; et c'est toujours une traduction insuffisante cl 
incomplète qu'une traduction — . 

1. 



10 FLORE LATTNE. 

Le jour tle Toiiverture de la chasse, du matin jusqu'au soir, le 
cor sonne la dernière heure des cerfs, des daims, des sangUers, des 
lièvres même; combien d'infortunés quadrupèdes s'en vont ce 
jour-là — ! 

On a beaucoup écrit, longuement discuté sur cette question : 
Quel est l'auteur de Vlmitation de Jésus-Christ? Les uns tiennent 
pour Gerson, les autres pour Thomas A Kempis : — . 

Que le plus mince emploi devienne vacant, mille candidats se 
présentent aussitôt; mais parmi eux combien pourrait-on trouver 
d'hommes qui conviennent à la place, et qui soient vraiment des 
hommes — ? 

Combien de monuments élevés autrefois — par des souverains 
puissants ont disparu de la surface de la terre, aussi bien que le 
souvenir même des peuples qui les avaient construits ! 

« La lettre tue et l'esprit vivifie. » Aussi rencontre-t-on même 
dans les Saintes Écritures des paroles qu'il ne faut pas prendre 
—, mais dont il faut saisir le sens allégorique. 

Après de longues années passées dans l'exercice d'une haute 
fonction, le magistrat conserve souvent son titre — , et l'État lui 
assigne une pension qui lui permet de passer les dernières années 
de sa vie dans le repos , sans déchoir de la haute position dont il 
s'est toujours montré digne. 

Est-ce le maître de Rome et de l'univers; est-ce un obscur co- 
médien qui est mort en disant : — ? On pourrait s'y tromper. 

Toutes les croisades n'ont pas été entreprises — ; plusieurs 
avaient pour mobile l'ambition et l'intérêt. 

L'argument — est le dernier auquel un homme poli doive re- 
courir dans la conversation. 

Le médecin Brusquet donna ses soins à François I", à Henri II, 
à François II et à Charles IX ; mais il était plus joyeux bouffon 
que bon médecin, car, dit un écrivain contemporain, les malades 
« qu'il traitait allaient — dru comme mouches. » 



FLORE LATINE. H 

Écoutez Bossuet, écoutez tous ceux que la foi humilie sous son 
joug salutaire; ils vous diront que les vues de la Providence sont 
impénétrables à la prudence humaine et que tous les événements 
s'enchaînent — . 

Il y a des problèmes historiques que l'on ne résoudra jamais, 
selon toute probabilité : quel était le personnage connu sous le 
nom fameux de l'Homme au masque de fer? 

Combien de fois pendant le cours de la Révolution française et 
pendant les guerres qu'elle amena, les exilés pensèrent-ils pouvoir 
dire : — ! Mais leurs espérances étaient trompées et le drame con- 
tinuait toujours. 

Que du fond de ses ateliers, de ses fabriques, de ses ports, de 
ses arsenaux, l'industrie, par toutes les âmes qu'elle tient sous sa 
domination , glorifie Dieu et dise de sa grande voix : — ! et le 
monde va marcher de progrès en progrès vers le terme suprême 
de sa destinée. Cette parole, c'est la formule du progrès. 

L'arc de triomphe de l'Étoile a été construit pour éterniser le 
souvenir de la grande épopée impériale, — . 

S'il faut en croire un argument célèbre dans la scolastique, un 
âne placé' entre deux seaux d'eau, dans lesquels il peut boire — , 
ne pourra prendre une résolution et se laissera mourir de soif. 

Dans aucune des langues humaines, la grammaire n'est arrivée 
à présenter un ensemble de règles absolues sans exception; en 
français, par exemple, il y a un assez grand nombre de mots qui 
ont deux orthographes et s'écrivent — . 

D'où vient que les fonctions — procurent tant de considération? 
C'est qu'elles sont toujours l'apanage des hommes riches et, par 
cela même, indépendants. 

De tous les arguments que puisse employer contre ses adver- 
saires l'orateur qui fait partie d'une assemblée parlementaire, le 
plus fort, mais en même temps le plus ditficile à manier sagement, 
c'est l'argument — . 

Quand un escamoteur habile vous présente un jeu de cartes et 
vous prie d'en tirer une — , il sait toujours vous faire prendre 
celle qui est nécessaire à la réussite de son tour. 



12 ■ FLORE LATINE. 

Certaines pièces de théâtre appartiennent à un genre tellement 
excentrique qu'il faudrait, pour les jouer, non-seulement un théâtre 
ad hoc, mais encore un public — . 



LEÇON III. 

AD REM. 

(A la chose.) 

C'est-à-dire nettement, catégoriquement, sans détour, sans ambages. 
Ce raisonnement parut si fort, si lumineux, si ad rem, que jamais 
orateur n'eut un succès aussi complet. 



AD UNGUEM. 

(Avec le plus grand soin.) 

Métaphore tirée, par Horace, de Phal)itude qu'ont certains ouvriers 

de passer l'ongle sur une surface qu'ils veulent rendre parfaitement 
polie. Ainsi, les vers de Racine sont ad unguem, c'est-à-dire du dernier 
fini. 

M. de Walkenaër, auteur d'une excellente étude sur Horace, donne 
l'explication de cette locution ad unguem factus homo : un homme aussi 
parfait qu'une sculpture sur laquelle on aui-ait passé l'ongle pour lui 
donner le dernier poli. 

AD UNUM. 

(Jusqu'au dernier.) 

Sans en excepter un; ils y passèrent tous ad umm. 

AD USUM. 

(Selon l'usage.) 

Célébrer un anniversaire ad usum. 



FLORE LATINE. 13 

AD VALOREM. 

(Selon la valeur.) 

Les otjets importés d'un pays dans un autre sont soumis à des droits 
de douane, et ces droits peuvent être établis sur deux bases différentes; 
on les distingue en droits ad valorem et en droits sfécifiques; les pre- 
miers sont proportionnels à la valeur des objets, quels qu'ils soient; 
les seconds sont basés sur la nature des objets importés. La loi dit, 
par exemple : les fontes, fers et aciers payeront tant; les fils et tissus 
de lin et de chanvre payeront tant; la houille et le coke payeront tant : 
ce sont des droits spécifiques. Si, au contraire, la loi dit : toutes les mar- 
chandises importées d'Angleterre en France payeront 25 p. 100, ce sont 
des droits ad valorem. 

/EQUAM MEMENTO SERVARE MENTEM. 

(Souvenez-Tous de conserver une âme toujours égale.) 

Horace recommande non-seulement cette égalité d'àme qui donne la 
constance dans le malheur, mais encore celle que la prospérité n'altère 
pas. 

« Souviens-toi de garder dans les revers une âme toujours égale, et 
dans la prospérité ne t'enivre pas d'un fol orgueil, ô Dellius, toi qui 
dois mourir! » 

JEQVO ANIMO. 

(D'une âme égale, avec constance.) 

Le sage supporte œquo animo les coups de l'adversité. 

^QUO PULSAT PEDE... 

(La mort frappe d'un pied indifférent...) 

Horace invite son ami Sestius à jouir de l'heure présente. 
« La vie est courte, lui dit-il, et la mort frappe d'un pied indiffé- 
rent à la chaumière du pauvre et au palais des rois. » 
Cette pensée a été exprimée par un grand nombre de nos poètes : 

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre. 

Est sujet à ses lois, 
Et la garde qui veille aux harrières du Louvre 

N'en défend pas nos rois. Malhhrbe. 



U FLORE LATINE. 

Tout doit franchir ce terrible passage : 

Le riche et l'indigent, le prudent et le sage, 

Sujets à même loi, subissent même sort. J.-B. Rousseau. 

Les lois de la mort sont fatales 

Aussi bien aiu maisons royales 

Qu'aux taudis couverts de roseaux. 

Tous nos jours sont sujets aux Parçpies : 

Ceux des bergers et des monarques 

Sont coupés des mêmes ciseaux. Racan. 

Et le riche et le pauvre, et le faible et le fort, 

Vont tous également de la vie à la mort. Voltairb. 

La mort, qui n'entend point à calculer les ans, 

Coupe les cheveiu blonds aussi bien que les blancs. Le P. Lemoine. 

^RE PERENNIUS 

(Plus durable que l'airain.) 

Horace, avec la confiance que donne le génie, a dit, en parlant de 
ses vers : « J'ai achevé un monument plus durable que l'airain, exegi 
monv.menUan œre yerennius . yy (V. Exegi monumentum.) 

Lebnm, qui pourrait bien s'être trompé, a dit en parlant de son re- 
cueil d'odes : 

n brave ces tyrans avides, 
Plus hardi que les pyramides 
Et plus durable que l'airain. 

L'flrre perennius d'Horace a sans doute inspiré à La Fontaine le der- 
nier de ces vers, plein de force et de noblesse : 

Ceci s'adresse à vous, esprits du dernier ordre, 

Qui, n'étant bons à rien, cherchez sur tout à mordre ; 

Vous vous tourmentez vainement. 
Croyez-vous que vos dents impriment leiu'S outrages 

Sur tant de beaux ouvrages ? 
Ils sont pour vous d'airain, d'acier, de diamant. 

Le Serpent et la Lime, 



/ES TRIPLEX. 

(Triple airain.) 

Horace parle de l'audace du premier navigateur : 
« Un triple chêne, un triple airaiD cou^Tait le cœur de celui qui, la 
premier, confia aux flots redoutables une barque fragile. » 



FLORE LATINE. 15 

Pellisson, dans ses stances sut YOrigine de la jmie, adressées à Mé- 
nage, a parodié plaisamment les vers d'Horace : 

Que ce fut d'un rude vilain 
Que la poste eut son origine! 
Il avait trois plaques d'airain, 
Mais autre part qu'à la poitrine. 

L'abbé Desfontaines, dans ses Feuilles littéraires, reprochait sans 
cesse à Piron la dureté de ses vers, et le désignait souvent par ces (ri- 
jjlex. Piron répliqua par l'épigramme suivante : 

Pour dire à ma muse une injiue, 
Faible et téméraire écrivain, 
Je vois d'ici quelle aventure 
T'offrit ces deux mots : Triple airain. 
Tu- les cherchas longtemps en vain, 
Tant qi\e, suant à grosse goutte, 
Tu t'essuyas le front, sans doute 
Et les trouvas là sous ta main. 



APPLICATION. 

Bans les phrases suivantes, l'élève remplacera chaque tiret par l'une 'des 
locutions Mines expliquées ci-dessus. 

Les droits — sont calculés sur la valeur, au lieu d'origine ou de 
fabrication, de l'objet importé, augmentée des frais de transport, 
d'assurance et de commission, jusqu'au port de débarquement. 

Au champ des morts, le pauvre est couché près du riche, l'igno- 
rant près du savant, l'enfant près du vieillard : — . 

Il ne faut qu'un courage ordinaire pour braver la mort; il faut 
r — dont parle le poète pour affronter un préjugé. 

Détourner la question, jouer sur les mots, ne jamais répondre 
— , telle est l'habitude des fourbes et des hypocrites. 

On célébrait ce jour-là une fête publique, et les réjouissances 
se terminèrent — par un feu d'artifice et une brillante illumination. 

Une œuvre de sculpture, placée à une grande élévation, et qui 
ne doit être par conséquent vue que de loin^ ne doit pas être tra- 
vaillée — . 



^6 FLORE LATINE. 

Le vainqueur, irrité de la longue résistance des assiégés, décida 
que les hommes en état de porter les armes seraient tous, — , passés 
au fil de l'épée. 

Il y a des hommes qui sont à l'égard de la musique comme 
l'homme d'Horace ; ils ont autour du cœur — ; une dame deman- 
dait un jour à un écrivain quelle sensation il éprouvait à l'audition 
d'un opéra. La même, répondit-il, que si j'entendais remuer au 
fond d'un sac une multitude de petits clous. 

Vous êtes jeune; mais, « si le bon Dieu vous prête vie, » vous 
vieillirez et vous deviendrez, vous aussi, — , un louangeur du temps 
passé. 

Cicéron , au comble de la prospérité, n'est pas plus admirable 
qu'il ne le fut dans l'exil et dans l'infortune; toujours il nous 
montre le spectacle d'une grande âme, toujours il suit avec calme, 
— , le cours de sa glorieuse carrière. 

Diogène entendant un jour Zenon nier le mouvement se leva et 
se mit à marcher; c'était répondre — . 

Ce n'est pas des arcs de triomphe, des pyramides, c'est des 
chefs-d'œuvre de l'intelligence humaine dans les lettres que l'on 
peut dire avec vérité : — . 

Il a fallu un courage bien audacieux, un cœur inaccessible à la 
peur, — , à celui qui a exécuté le premier un voyage aérien. 

Louis XVI et Charles V^ ont montré dans leur malheur tant de 
résignation, et tant de courage sur l'échafaud, qu'il ne serait venu 
à l'esprit de personne de leur dire : — . 

11 y a quelque chose de plus dur, de plus fort que le bronze et 
le marbre, — ; c'est un préjugé. 

Un de nos peintres modernes, Paul Delaroche, ennemi de la 
peinture — , se moquait de ceux qui regardent les tableaux de trop 
près, et disait que la peinture n'est pas faite pour être léchée. 

Les danses macabres du moyen âge sont l'expression la plus sai- 
sissante de l'égalité des hommes devant la mort; toutes les condi- 
tions sociales tiiiurent dans son lugubre cortège : — . 



FLORE LATINE. 17 

L'homme supporte mieux l'aclversité que la prospérité; le pré- 
cepte : — se serait mieux appliqué aux Alexandre et aux César 
victorieux, qu'à Bélisaire aveugle ou à saint Louis prisonnier. 

Le monument que les peuples ont élevé dans leur cœur à 
Henri IV est plus durable que les statues de bronze ou de marbre 
de Louis XIV; — . 

Les tableaux de Mignard et de Boucher sont peints — ; les 
fresques de Michel- Ange, à grands coups de pinceau ([ue précipite 
l'inspiration. 



LEÇON IV. 

JETEK^VM VALE! 

(Adieu pour l'éternité !) 

Ovide met ces mots dans la bouche d'Orphée : c'est l'adieu déchirant 
du malheureux époux au moment où il perd pour la seconde fois sa 
chère Eurydice : Supremumquevale! « Adieu pour la dernière fois! » 

Employé seul, vale est une iormule de salutation qui signifie adieu, 
et, littéralement, yortez-vous bien.. 



A FORTIORI. 

(A plus forte raison.) 

Premiers mots d'un argument qui conclut du moins au plus, d'une 
chose moins évidente à une autre qui l'est davantage. 



AGE QUOD AGIS. 

(Fais ce que tu fais.) 

C'est-à-dire fais ce que tu as à faire pour le moment et pas autre 
chose; sois entièrement à ce que tu fais. Beaucoup de nos proverbes 
français se rapportent à ce proverbe latin, par exemple : « On ne peut 
pas être en même temps à la cave et au grenier. — Quand on chasse 
deux lièvres, ou risque de n'en prendre aucun. » En un mot, pour 



18 FLORE LATINE. 

qu'une chose soit bien faite, il faut y donner toute son attention. Ces 
niots_, placés sur les murs d'une cour de collège, peuvent se traduire 
ainsi : « Joue quand tu es en récréation; étudie quand tu es dans la 
salle d'étude. » 

A LATERE. 

( Du côté , d'auprès. ) 

Se dit de certains cardinaux envoyés par le pape avec des pouvoirs 
extraordinaires auprès des souverains étrangers, ou à un concile, etc. 

ALBO LAPILLO DIEM ^'OTARE. 

(Marquer un jour avec la pierre blanche, regarder un jour comme heiireiu.) 

Pour les Romains, comme pour nous , le Liane était le symbole du 
boulieur, comme le noir celui du maitieur. On trouve cette locution 
dans Horace et dans Perse. 

ALEA JACTA EST. 

(Le dé est jeté, le sort en est jeté.) 

Le Rubicon séparait l'Italie de la Gaule cisalpine. Le sénat, pour 
assurer Rome contre le général commandant les troupes romaines en 
Gaule, avait déclaré sacrilège et parricide quiconque, avec une légion 
ou même une cohorte, passerait cette rivière. Quand le sénat eut refusé 
à César le consulat et la continuation de son gouvernement, celui-ci, 
qui n'attendait qu'un prétexte pour renverser Pompée, résolut de mar- 
cher sur Rome. Cependant, lorsqu'il fut sur les bords du Rubicon, il 
s'arrêta un instant, effrayé de Taudace de son entreprise; mais bientôt, 
poussé par le désir de la vengeance : « AZea ^acta est!» s'écria-t-il. 

ALMA PARENS. 

{Mère nourricière.) 

Expression souvent employée par les poètes latins pour désigner la 
patrie, et quelquefois, daus le même sens, par les écrivains de nos 
jours : L'Angleterre est VaJma i)arèns de l'industrie moderne. 

Rollin ne manquait jamais, dans ses discours, de donner à l'Univer- 
sité de Paris ce surnom maternel. 

On dit quelquefois aima maUr au lieu d'aîma ^arens. Le sens est abso- 
lument le même. 



FLORE LATINE. 19 

ALPHA ET OMEGA. 

Ces deux mots, dont l'un est la première et l'autre la dernière lettre 
de l'alphabet grec, signifient au figuré : le commencement et la fin. 
Saint Jean dit, dans son Apocalypse, que Dieu est l'alpha et Voméga de 
toutes choses. 

ALTER EGO. 

(Un autre moi-même.) 

Être Valter ego de quelqu'im, c'est avoir le droit de le remplacer com- 
plètement dans les circonstances les plus importantes. 



APPLICATION. 

Dans les 'phrases suivantes, VéUu remplacera chaque tiret par Vune des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

Si l'Évangile nous ordonne de pardonner à nos ennemis les plus 
sanglantes injures, nous devons, — , oublier les torts de nos parents 
et de nos amis. 

Une révolution allait s'accomplir; interrogé sur la gravité de la 
situation, l'un des ministres répondit en levant les bras au ciel : — . 

Sully, pour le bonheur des peuples, fut ï — d'Henri IV. 

Les ermites et les anachorètes sont rares de nos jours; on ne dit 
plus aussi facilement qu'aux premiers siècles de l'Église un — aux 
biens de ce monde et aux plaisirs de la vie. 

Pour le plus grand nombre des hommes , la vie est tellement 
remplie de souffrances, ou au moins de contrariétés, qu'ils peu- 
vent rarement — . 

Le moyen de réussir dans ses entreprises, c'est de n'en pour- 
suivre qu'une seule à la fois, et d'y mettre tous ses soins ; — . 

Il est impossible de connaître — des sciences humaines : l'un 
est perdu dans la nuit du passé, l'autre enveloppé dans les voiles de 
l'avenir. 



20 FLORE LATINE. 

Quand bien même tout finirait à la mort, le bonheur de l'homme 
serait encore attaclié à la pratique de la vertu ; — , s'il est immorlel. 

Il y a un grand charme à remplir les devoirs de l'hospitalité, et, 
chaque fois que l'on a reçu ini hôte aimable, on peut, comme dit 
le poète, — . 

Le ministre semblait faire chaque jour des progrès dans les 
bonnes grâces du roi. Toujours à ses côtés dans les conseils, admis 
à une intimité presque familière , il était regardé comme 1' — du 
souverain. 

La Grèce, qui a produit Homère et Phidias, Sophocle et Praxi- 
tèle, Platon et Apelle, est véritablement 1' — de la poésie, de la phi- 
losophie et des arts. 

Deux amis, s'ils sont chrétiens, ne peuvent se dire — ; ils seront 
réunis plus tard. 

Dans les grandes entreprises, nul homme ne peut prévoir toutes 
les circonstances qui décident du succès; quand ils prenaient une 
décision importante, les anciens avaient raison de dire : — ; un 
chrétien dirait : La Providence décidera. 

Contre les vagabonds et les maraudeurs, le garde champêtre 
doit exercer son autorité comme il convient à un ministre — de 
« monsieur le maire. » 

Les enseignements de la religion sont 1' — de toute vie sociale. 

Si vous voulez bien, nous terminerons là cette longue discus- 
sion; nous sommes à table, mangeons : — . 

Ce sinistre philosophe nous quitta avec un sourire : Adieu, 
nous dit-il, et pour longtemps : — . 

Mon maître, l'archevêque, dit l'appariteur, est métropolitain de 
cette ville; mais, en vertu de pouvoirs — , il a pleine juridiction 
dans toute l'Angleterre. 

Malgré l'éclat de ses propres universités de Bologne, de Padoue, 
de Modèno, l'Italie du moyen âge ne cessait d'avoir les yeux fixés 
sur la France et sur l'université de Paris, cette commune mère et 
nourrice, — , cette fille aînée de l'Église. 



FLORE LATINE. 21 

LEÇON V. 

AMANT ALTERNA CAMENyE. 

(Les Muses aiment le chant de deux voix qui s'alternent.) 

Virgile nous montre deux jeunes bergers, Damète et Mcnakjue, se 
défiant sur la flûte et prenant pour juge le berger Palémon. Celui-ci 
leur dit : « Chantez, jeunes bergers, puisque nous voilà assis sur un 
tendre gazon. Déjà les campagnes ont repris leur fécondité, les arbres 
leur verdure, les forêts leur feuillage, l'année est dans toute sa beauté. 
Commence, Damète; toi, Ménalque, tu répondras. Vous chanterez tour 
i tour; les Muses aiment les chants qui s'alternent.» 

AMBITIOSA RECIDET ORNAMENTA. 

(Il retranchera les ornements ambitieux. 

Horace, dans son Art poeiigue, trace le portrait du critique sévère, 
mais juste, qui, consulté par son ami, devra supprimer les vers faibles, 
blâmer ceux qui lui paraîtront durs, effacer d'un trait les endroits né- 
gligés, retrancher les ornements ambitieux, etc. 



AMIClXS PLATO, SED MAGIS AMICA VERITAS. 

(J'aime Platon, mais j'aime mieux la vérité.) 

Il ne suffit pas qu'ime opinion soit recommandée par l'autorité d'un 
nom respectable comme celui de Platon; il faut encore cju'elle soit 
conforme à la vérité. Ce proverbe est le contraire de la devise des 
disciples de Pjihagore : « Le maître l'a dît. » 

Un pliilosophe de café, auquel le garçon avait apporté sa demi-tasse 
vide sur un plateau, parodiait plaisamment ce dicton en disant : 
« Amicus plateau, sed magis arnica demi-tasse. » 



A MINIMA. 

(Appel d'une peine trop petite.) 

Terme de jurisprudence. Le condamné trouve presque toujours la 
peine trop forte; quelquefois le ministère public, qui représente la loi, 
trouve le châtiment trop peu sévère; lui aussi, dans ce cas, a le droi 
d'en appeler à un autre tribmial; il en appelle a ninima, c'est-à-dire 
d'une peine trop légère. 



22 FLORE LATINE. 

ANCH' 10 SON' PITTORE! 

(Et moi aussi, je suis peintre!) 

Cette exclamation est un cri naïf de l'àme tout à coup illuminée par 
l'irruption du ciiarme senti, du .ravissement éprouvé, du beau perçu. 
Le célèbre peintre italien le Corrége, jeune encore et inconnu, s'écria 
à la vue d'une peinture de Raphaël et dans le preoner élan d'une noble 
ambition: AncWio son' pittore ! «Et moi aussi, je suis peintre! » 

On dit également en modifiant le dernier mot, selon la circonstance : 
A)ic/t' io son'poeta! « Et moi aussije suis poète! » 

ANGUIS IN HERBA. 

(Le serpent sous l'herbe.) 

Défiez-vous des apparences les plus séduisantes, elles ne recouvrent 
bien soavent que chagrins et déceptions; le chemin du plaisir est 
attrayant et fleuri, mais latet anguis in herbà, le serpent se cache sous 
l'herbe. 



ANIMUS MEMINISSE HORRET, 

(Mon âme frémit d'iiorreur au souvenir.) 

ËQée commence le récit de la ruine de Troie; tous ses 'souvenirs 
douloureux se réveillent et lui arrachent ce cri : Animus mminisse 
horret. 

Virgile a imité le début de V Odyssée; c'est à peu près en ces termes 
qu'Ulysse, à la table d'Alcinous, commence le long récit de ses voyages 
et de ses malhem^s. 

C'est ainsi que, dans la Eenriade, lorsque Elisabeth veut connaître 
le tableau des malheurs de la France, Henri s'écrie : 

Faut-il que nia mémoire 
Rappelle de ces temps la déplorable histoire ? 
Mon cœur frémit encore à ce seul souvenir; 
Mais vous me l'ordonnez, il faut vous obéir, 

ANNIBAL AD PORTAS, 

(Annibal est à nos portes.) 

Cri d'alarme des Romains après la bataille de Cannes. Ils le faisaient 
entendi-e toutes les fois qu'ils étaient menacés d'un péril immineat. 



FLORE LATINE, 23 

Ces mots se sont trouvés souvent dans la bouche des orateurs poli- 
tiques, dans les moments où quelque grande catastrophe semblait à 
craindre. Au lieu d'Annibal, les orateurs mettent quelquefois Catilina. 
Mirabeau termine un de ses discours les plus éloquents par ces mots : 
« Eh! messieurs, à propos d'une ridicule motion du Palais-Royal, 
d'une risible insurrection qui n'eut jamais d'importance que dans les 
imaginations faibles ou les desseins pervers de quelques hommes de 
mauvaise foi, vous avez entendu naguère ces mots forcenés : Catilina 
est aux jportes de Rome, et Von délibère! Et certes, il n'y avait autour de 
nous ni Catilina, ni périls, ni factions, ni Rome. Mais aujourd'hui la 
banqueroute, la hideuse banqueroute est là; elle menace de con- 
«îimier, vous, vos propriétés, vos familles, votre honneur; et vous 
délibérez!!!,» 

— feg^^ 'Dj - 

A PARTE. 

(A part.) 

On appelle ainsi les exclamations, les mots, les phrases courtes 
qu'un personnage en scène jette en dehors du dialogue, et qui, destinés 
au spectateur, ne sont censés entendus que de lui seul. On a dit beau- 
coup de bien et beaucoup de mal de Vaparté; on a loué ses faciles res- 
sources; on a critiqué son in%Taisemblance. 

Un soir, dans une assemblée de gens de lettres, on discutait sur 
l'emploi des aparté au théâtre. La Fontaine s'en déclarait l'adversaire, 
et les accusait d'in\Taisemblance. « Est-il possible, s'écriait-il, que le 
public entende ce que l'acteur n'entend pas, quoiqu'il soit à côté de 
celui qui parle! » Pendant quïl développait chaleureusement cette 
idée, Boileau, assis à ses côtés, disait à haute voix : « Quel butor que 
ce La Fontaine ! quel entêté ! quel extravagant ! » Le fabuliste , sans 
rien entendre, continuait sa dissertation; mais voyant rire les assis- 
tants, il en demanda la cause. « Eh! lui dit Boileau, vous déclamez 
contre la vraisemblance des aparté, et il y a une heure que je vous 
débite une kjTielle d'injures aux oreilles sans que vous y ayez fait 
attention, » 

On voit que, dans les moments où l'action est pleine de chaleur et 
de mouvement, Vaparté ne choque ni le goût ni la vérité, pourvu que 
l'acteur ne se préoccupe pas du public, maLs seulement de l'objet qui 
le frappe ou du sentiment qui l'émeut. 



24 FLORE LATINE. 

APERIETUU VOBIS. 

(On vous ûuvrua.) 

Paroles de Jésus-Christ : « Petite et uccipietis, quœrite et invenietis, pulsatc 
it ai)erietur vobis. « Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trou- 
ver ez, frappez et l'on vous ouvrh^a. » 



APPLICATION. 

bans les phrases suivantes, Véléve remplacera chaque tiret par l'une des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

Les ennemis les plus dangereux sont ceux qui dissimulent leur 
rancune sous des dehors d'indifférence, — . 

Si un écrivain encore inconnu publie un livre , il n'est pas à 
craindre que le public soit obligé d'en appeler — du jugement des 
critiques. 

Sur la scène arrivent, on ne sait comment, les conspirateurs 
pour déclamer contre le tyran , le tyran pour déclamer contre les 
conspirateurs, chacun à son tour, comme s'ils s'étaient dit : — . 

Dire à quelqu'un qui sollicite un service : « Je vous le promets,» 
et se dire — : « Je n'en ferai rien, » est la chose la plus commune. 

Les maîtres eux-mêmes et les plus grands , c'est la vue d'un 
chef-d'œuvre qui les a fait maîtres : le beau, qu'ils n'avaient vu 
qu'instinctivement dans la nature , ils l'ont compris en le voyant 
exprimé sur la toile par un de leurs devanciers : — ! se sont-ils 
écriés. 

L'Académie n'admet pas Molière dans son sein; il ne suffit pas 
d"èlre un homme de génie pour qu'elle vous dise : — . 

Il y a quelque chose de poétique dans les sons éclatants de deux 
cors de chasse qui se répondent à distance au milieu d'une vaste 
forêt : cela rappelle à l'esprit la pensée du poète : — . 

< 

C'est en écrivant les annales sanglantes de la Révolution que 
r historien est souvent tenté de s'écrier : — . 



FLORE LATINE. 2b 

— est l'expression d'une belle pensée philosophique et un hom- 
mage que l'on rend trop rarement à la vérité. 

Quelle différence entre les opinions que nous exprimons à haute 
voix, en public, et les jugements que nous portons — ! 

Dans la comédie de Molière, don Juan s'informe avec sollicitude 
de la santé de M. Dimanche, de madame Dimanche, des enfants 
de M. Dimanche; toxites ces politesses servent à envelopper un 
refus d'argent : — . 

Un homme aussi, en Angleterre, a pu s'écrier dans un moment 
d'enthousiasme ; — ! On dit que Shakespeare sentit en lui le poète 
à la seule représentation d'un drame. 

Si l'on enlevait à certains écrivains la pompe de l'expression, si 
on leur appliquait rigoureusement le précepte — , il ne resterait 
rien de leurs ouvrages. 

L'appel — était inconnu des Romains, nos maîtres en législa- 
tion, qui n'imaginèrent jamais de faire juger une seconde fois 
un accusé pour augmenter sa peine. 

Dans ce monde d'intrigues et de petites influences, combien 

sont rares les hommes qui mettent en pratique la maxime du sage : 
î 

Les digressions dans cet ouvrage sont très-courtes et en petit 
nombre; il en est quelques-unes, cependant, qu'un ciseau plus 
sévère eût élaguées, — . 

Lorsque la République criait : « La patrie est en danger ! » 
— ! quatorze armées se levaient pour la défendre. 

Presque tous les hommes vont frapper à la porte du temple de 
la Fortune ; un bien petit nombre seulement voient se vérifier pour 
eux cette parole : — . 

Les deux peuples, personnifiés en deux hommes, s'étreignent 
pour en finir ; c'est un duel à outrance, un combat à mort. Rome 
chancelle un instant, elle pousse un cri d'angoisse : — ! 

Les conquérants, quand ils se rappellent tout le sang qu'ils ont 
fait répandre dans un but d'ambition et de vaine gloire, ne doi- 
vent-ils pas éprouver des regrets pleins d'amertume? — . 

2 



â6 FLORE LATINE. 

LEÇON VI. 

APERTO LIBRO. 

(A li-sTe ouvert.) 

Traduire à livre ouvert , c'est traduire en ouvrant le livre au hasard 
et sans aucune préparation; sans aucun secours étranger. 

A POSTERIORÎ. 

( D'après les conségiiences. ) 

Raisonner a, posteriori, c'est argumenter d'après les conséquences 
nécessaires d'une proposition : on prouverait a ;postenori que les désor- 
dres dans un État sont presque toujours produits par les mauvaises 
passions. Dans tout gouvernement, les lois ont été faites c "posteriori, 
c'est-à-dire qu'elles résultent des besoins de la société. 

A PRIORI. 

(De ce qui précède, tout d'abord, sans voir les conséquences.) 

Raisonner a priori, c'est baser son raisonnement sur des hypothèses^ 
sur des systèmes créés par l'imagination, et non sur des faits positifs 
et déjà démontrés. 

A PRIORI, A POSTERIORI. 

Ces deux expressions ayant entre elles un rapport intime, rapport de 
contraste, comme antécédent et conséquent , cause et effet, etc., se trouvent 
souvent dans la même phrase. 

A QUIA. 

( A parce que. ) 

Expression empruntée à la langue scolastique. Dans les discussions 
de l'école, si l'un des tenants en était réduit à chercher péniblement 
des raisons pour combattre son adversaire, si, par exemple, il s'arrêtait 
à cemotguf'a... quia... gwia...,san3 trouver la raison dont il avait besoin 
à l'appui de son sentiment, on disait qu'il était réduit a quia. 



FLORE LATINE. 57 

ARCADES A3IB0. 

(Arcadiens tous deux.) 

Virgile représente deux bergers, TlijTsis et Corydon, se préparant au 
combat de la flûte. 

Amho florentes eetatibus, Arcades ambo... 
(1 Toas deux jeunes, Arcadiens tous deux... » 

Comme l'Arcadie n'était pas moins célèbre par ses ânes (roussins 
d'Arcadie) que par ses bergers^ on dit quelquefois d'un couple de sots : 
Arcades ambo, et,par extensioD, de tout couple qui, dans une circonstance 
donnée, prête à la malice, à la plaisanterie. 

A REMOTIS. 

(A l'écart.) 

Mettre un livre, un homme a remotis. 

— gTe'^^g yDo ■ 

ARGUMENTUM AD CRUMENAM. 

(Argument qui s'adresse à la bourse.) 

Dans la comédie du Barbier de Séville, Basile ne comprend rien aux 
signes que lui fait Figaro, pendant la scène de la leçon de musique, où 
il est si malencontreusement survenu ; on lui dit qu'il est malade, qu'il 
a la fiè^Te : il comprend encore moins ; mais il sent tout à coup une 
main furtive lui glisser une bourse, alors il est malade, il a la lièvre, 
la fièvre scarlatine; il a compris cette raison ad crumenam, et se retire, 
laissant le comte Almaviva achever la leçon de musique à sa place. 



ARGUME^îTUM BACULIINUM. 

(Argument du bâton.) 

Latin macaronique (1). Sganarelle soutenait obstinément qu'il n'était 
pas médecin; le bâton lui prouva le contraire : Argumentumbaculinum. 



(1) On appelle ainsi un latin burlesque, qui n'a rien de commun avec le vrai latin, 
si ce n'est la terminaison des mots, comme dans le divertissement qui termine le 
Malade imaginaire. 



28 FLORE LATINE. 

ARS LOIVGA, VITA BREVIS. 

(L'art est long, la vie courte.) 

Préverbe qiii serait fort triste si le savant, si l'inventeur n'espérait 
qu'un autre sm\Ta ses traces pour continuer ses travaux. 
La Fontaine a dit : 

Si j'apprenais Thébreu, les sciences, l'histoire ! 
Tout cela, c'est la mer à boire. 



APPLICATION. 

Dans les phrases suivantes, Vclc-ce remplacera chaque tiret par l'une des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

Comme les événements se rattachent à des causes, il faut d'abord 
étudier ces causes, puis observer les faits et tirer ensuite les con- 
clusions générales ; on doit donc écrire Thistoire — . 

En tout sujet j il y a deux sortes de preuves, les unes — et de 
théorie ; les autres — et de fait. 

Eurybiade ne voulant pas reconnaître la supériorité de Thémis- 
tocle , leva sur lui son bâton de commandement ; c'était là un — . 

Les deux drôles, — , les poches et l'estomac vides, se prome- 
naient silencieusement dans l'espérance de quelque aubaine. 

Raphaël, qui a laissé tant de chefs-d'œu\Te et qui mourut à 
t'ente-six ans, semble donner un démenti au ^^eil adage : — -, 

Il y a un grave danger à vouloir rédiger des constitutions — , 
et les philosoplies sont plus impropres que d'autres à cette œuvre, 
parce qu'ils ont des systèmes auxquels ils veulent plier les réalités 
vivantes. 

Ceux qui ont la bonne habitude de revoiries papiers ou les livres 
mis — perdent rarement leur temps et leurs peines. 

Parmi les nombreux rhétoriciens qui chaque année quittent les^ 
bancs du collège , on en peut à peine compter dix sur cent qui 
soient en état de traduire — les classiques latins. 

Que savent les plus grands érudits, les savants les plus renom- 
més, auprès de ce qu'il leur reste à apprendre ; — ? 



FLORE LATINE. 29 

On voit souvent les liommes entêtés à soutenir ce qu'ils ont 
avnncé proposer un pari, lorsqu'ils n'ont plus de bonnes raisons li 
ilonner; c'est un — . 

Sancho Pança et son âne cheminaient piteusement ensemble, 
— , derrière don Quichotte livré à ses tristes pensées. 

On peut très-bieU;, par l'observation, s'élever jusqu'à l'absolu, et 
le problème de la philosophie peut se poser ainsi : trouver — ce 
qui existe en soi-même et par soi-même. 

Que votre lampe soit allumée et que votre livre soit ouvert avant 
le lever du soleil : — . 

Tel valet de chambre endimanché , que l'on prendrait dans les 
rues de Paris pour un hospodar ou un nabab, n'est qu'un geai paré 
des... défroques que son maître a mises — . 

Chercher — à se faire une idée des attributs de Dieu, c'est une 
méthode qui ne peut conduire à aucune véritable connaissance. 

M. de Pourceaugnac, poursuivi par une légion d'apothicaires 
armés, est à la fin réduit -^, et contraint de se rendre à discrétion. 

Molière met souvent au service de ses personnages 1' — . 

Pour traduire — , il est nécessaire de connaître parfaitement les 
deux langues, celle dans laquelle on traduit, et celle que l'on traduit. 

Les lettres qu'un grand nombre de jeunes gens écrivent à leurs 
familles ne sont guère qu'un long — . 

Orfila commença par étudier la logique scolastique ; il y fit tant 
de progrès que, presque encore enfant, il soutint une thèse de phi- 
losophie et mit — tous les opposants. 



LEÇON VIÏ. 

ASINUS AS1NU3Ï FRICAT. 

(L'âne frotte l'âne.) 

Proverbe. Se dit de deux personnes qui s'adressent mutuellement 
des éloges outrés. La tameuse scène des Femmes savantes, où Vadiuset 

2. 



30 FLORE LATINE. 

Trissotin s'adressent l'un à l'autre des louanges ridicules^ est le type 
de l'asùius asinum fricat. 

L'autre jour, suivant à la trace 
Deux ânes qui, prenant tour à tour l'encensoir, 
Se louaient tour à tour, comme c'est la manière, 
J'ouïs giie l'un des deux disait à son confrère : 

Ces ânes, non contents de s'être ainsi grattés, 
S'en allèrent dans les cités, 

L'un l'antre se prôner 

La Fontaine, le Lion, le Singe et les deux Anes, 



AUDACES FORTUNA JUVAT. 

(La fortune favorise les audacieux.) 

Pensée de Virgile. 

« De l'av.dace, encore de Vaudace, toujours de Vaiidacefn disait un dé- 
magogue célèbre. La fortune, en effet, semble se plaire à favoriser ceux 
qui osent beaucoup, et fait réussir les entreprises héroïques du génie 
qu'un noble enthousiasme anime. 

Crébillon a dit de même : 

Le succès est souvent un enfant de l'audace. 



AUDAX JAPETI GENUS. 

(Les enfants audacieux de Japhet.) 

Horace désigne ainsi Prométliée , qui déroba le feu du ciel et le 
donna aux humains. Prométhée était fils de Japhet, frère de Titan et 
de Saturne. 

La Fontaine a le premier employé cette périphrase pour désigner le 
genre humain : 

Des enfants de Japhet toujours une moitié 
Fournira des armes à l'autre, 

L'Oiseau blessé d'une flèche. 

AURA POPULARIS. 

( Le vent de la faveur populaire.) 

Expression métaphorique employée par tous les poètes latins, et l'une 



FLORE LATINE. M 

des plus exactes qu'on puisse citer, car, après le vent, quoi de plus 
inconstant que la faveur populaire? 
Victor Hugo fait dire, dans Ruy-Blas, à don Salluste : 

La popularité, c'est la gloire en gros sous. 



A.UREA MEDIOCRITAS. 

(Précieuse médiocrité.) 

Horace vante les avantages de la médiocrité. Il l'appelle aurea, c'est- 
à-dire précieuse. 

L'anecdote suivante mérite d'être citée à côté de la charmante expres- 
sion d'Horace. 

La Révolution avçiit réduit madame Helvétius, d'un état de fortune 
très-hTillant, à une médiocrité dont elle savait faire la médiocrité dorée 
du poète. Aussi n'avait-elle rien perdu de sa gaîté naturelle. « Vous 
ne savez pas, disait-elle un jour à Bonaparte (en se promenant avec 
lui dans le jardin qu'elle possédait à Auteuil), vous ne savez pas com- 
bien il reste de bonheur dans trois arpents de terre !» 

L'awrea mediocritas d'Horace a été souvent commenté par nos poètes : 

Chéris plus qu'un trésor la médiocrité; 
L'indigence humilie, et la grandeur enivre : 
Loin du chaume et des cours la sagesse aime à vivre, 
Et vit en sûreté. 

Si le bonheur nous est permis, 
Il n'est point sons le chaume, il n'est point sur le trône; 
Voulons-nous l'obtenir, amis? 
La médiocrité le donne. 

Je lisais un jour, dit Voltaire, avec un de mes amis d'un goût très- 
fin et d'un esprit supérieur, cette ode d'Horace, où sont ces beaux vers 
que tout homme de lettres sait par cœur ; Auream quisquis mediocri- 
tatem. Voici, me dit-il, comment j'aurais voulu traduire ces vers : 

Heureuse médiocrité. 
Préside à mes désirs, préside à ma fortune; 
Ecarte loin de moi l'affreuse pau\Teté 
Et d'un sort trop brillant la splendeur importunât 



AURI SACRA FAMES. 

(L'exécrable soif de l'or.) 

Hémistiche de Virgile. Les Latins disaient : la faim de l'or {famcs); 



32 FLORE LATINE. 

pour exprimer la même idée, le mot soif est le seul que le génie de 
notre langue ait adopté ; on dit néanmoins, au figuré, affamé : 

Ces auteurs renoiDinés 

Qui, dégoûtés de gloire et d'argent affamés... Boileao. 

AUT C^ESAR, AUT NIIIIL. 

(Ou empereur, ou rien.) 

Mot qui peut servir de devise à tous les amiitieux. 



AUT VINCERE, AUT MORI. 

(Vaincre ou mourir.) 

BEATI PAUPERES SPIRITU. 

(Bienheureux les pauvres d'esprit.) 

Si Von cherchait le sens de ces premières paroles du Sermon sur la 
montagne, dans l'application qui en est faite d'ordinaire, il faudrait 
admettre, comme on le fait généralement, que Jésus-Christ a glorifié 
l'idiotisme. Ce sens ne peut être celui de l'Écriture. Quelques inter- 
prètes ont traduit pauperes sviritu par pauvres en esprit, c'est-à-dire déta- 
chés de tous les biens terrestres et n'aspirant qu'aux vrais hiens du 
Ciel ; mais une tradition erronée est indestructible ; on a dit une fois 
et l'on dira toujours : Bienheureux les pauvres d'esprit, en appliquant cette 
expression à ceux qui, dépourvus d'instruction et de talents, voient 
cependant leurs affaires prospérer : Cet homme a fait une fortune colos- 
sale en quelques années, et c'est à peine s'il sait signer son nom : Beati 
pauperes spiritu. 

BELLA MATRIBUS DETESTATA. 

(La guerre détestée des mères.) 

Horace parle des différentes carrières qui se présentent aux hommes : 
« Beaucoup aiment les camps, le son du clairon mêlé au bruit de 

la trompette, la guerre détestée des mères. » 
On trouve un reflet de la pensée d'Horace dans ce beau vers de 

Barbier : 

Le bronze que jamais ne regardent les mères. 



FLORE LATINE. 33 

On rencontre souvent dans les poètes de ces paroles d'indiprnation 
contre les fureurs de Bellone : Bella, horrida hdla, « La guerre, l'hor- 
rible guerre, » dit Virgile : 

La guerre à l'époque où nous sommes! 

Et sur la terre et sur les eaux ! 

]1 me faudra tuer des hommes, 

Moi qui respectais les oiseaux! 

Adieu donc, ô mes champs de seigles! 

Et ma chaumière au fond du val , 

Puisqu'il faut en pâture aux aigles 

Jeter et l'homme et le cheval. Barrillot, le Conscrit. 



APPLICATION. 

D'V/is Us "phrases suivantes, l'élève remplacera chaque tiret par Vune des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

Telle est rattraction d'un heureux négoce, la puissance de l' — , 
que la population de Kasan (Japon), décimée par les maladies, se 
reconstitue par de constantes immigrations. 

Il ne faut pas prendre pour argent comptant les éloges outrés 
que deux confrères se renvoient charitablement : — . 

Pour se livrer à une étude sérieuse, il faut pouvoir y consacrer 
de longues heures de liberté, il faut que la fortune, ou tout au 
moins V— soit devenue un des auxiliaires du travail intellectuel. 

Quand la race de Japhet, ~, s'avança dans la partie du monde 
que nous habitons, que trouva-t-elle ? En fait d'arbres, le chêne; 
en fait d'animaux, le sangher. 

Les trois cents Spartiates qui accompagnaient Léonidas ne pou- 
vaient même pas dire : — ; pour eux la mort seule était assurée. 

Voyez ces familles plongées dans le désespoir, ces villes détruites, 
ces campagnes ravagées : quelle en est la cause? — . 

Le poète devinait sans doute à l'avance les hardis conquérants 
du nouveau monde , les Cortez , les Pizarre , quand il s'écriait : — . 

Massillon n'a-t-il pas éprouvé quelque embarras pour accorder 
son fameux sermon sur le petit nombre des élus avec ces paroles : 
— ? 



34 FLORE LATINE. 

Une égalité qui est restée acquise en France, c'est l'égalité des 
dépenses. Cela explique avec quelle ardeur on se rue à l'égalité 
des recettes : le pays tout entier tend à n'avoir plus qu'une pas- 
sion, la passion du gain, — . 

Rien n'est plus plaisant que d'entendre ces faquins littéraires : 
{( Vous surpassez Alcée, dit l'un. » a Et vous Callimaque, dit 
l'autre. )) « Vous éclipsez l'orateur romain. » « Et vous, vous effacez 
le divin Platon !» — . 

Déjà , dans les temps anciens , le vieil Hérodote avait dit que la 
paix est le temps oii les fds enterrent les pères , et la guerre , le 
temps oii les pères enterrent les fils. Ajoutez-y le — d'Horace, et 
vous aurez ce qu'on peut dire de plus juste et de plus fort contre 
la guerre. 

Un satirique a dit : « Quoi de plus léger qu'une plume ? » « La 
poussière. » « Que la poussière? » « Le vent. » « Que le vent? » 
« La femme. » « Que la femme? » « Rien. » 11 aurait pu dire : — . 

Si un homme a pu se trouver à l'abri de l' — , c'est assurément 
Midas, après que son vœu fut exaucé. 

Il ne suffit pas de se dire : -—, pour surmonter toutes les diffi- 
cultés d'une entreprise ; il faut encore avoir le talent nécessaire 
pour la bien conduire. 

On voit des hommes, qui ne paraissent doués d'aucun talent, 
arriver rapidement à la fortune. Les envieux s'en consolent en 
disant : — ! 

« Vive M. le marquis ! vive madame la marquise ! » crièrent à 
pleins poumons ces braves gens, dont plusieurs étaient venus pour 
piller le château de l'un et voler les bijoux de l'autre ; le peuple ht 
les flots sont changeants : —, a dit la sagesse latine. 

En fait de charlatanisme, il n'y a rien de tel que de tout risquer ; 

C'était dans le moment même oii il prenait la fuite que le der- 
nier des trois Horaces répétait avec le plus d'ardeur : — . 



FLORE LATINE. 35 

LEÇON VIII. 

Û 

BIS DAT QUI CITO DAT. 

(Qm donne vite, donne deux fois.) 

Cette pensée de Sénèque a été exprimée dans toutes les langues. « Ne 
dites point à votre ami qui vous demande quelque chose : Allez et 
revenez, je vous le donnerai demain, lorsrpie vous pouvez le lui donner 
.à l'heure même. (Salomon.) — Qui oblige promptement oblige dou- 
blement. ^Proverbe français.) 

Ne dites jamais : A demain, 

Pour adoucir une blessure; 

Donnez aui pauvres du chemin 

Donner sans compter : Dieu mesure. H. Chevreao. 

BIS REPETITA PLACENT. 

(Les choses répétées, redemandées, plaisent.) 

Pensée d'Horace qui a dit : 

Haec decies repetita placebit. 

« Dix fois reprise, cette pièce plaira. » 

Boileau a dit : 

Voulez-vous sur la scène étaler des ouvrages 
Oii tout Paris en foule apporte ses suffrages. 
Et qui, toujours plus beaux, plus ils sont regardés, 
Soient au bout de vingt ans encor redemandés ? 

BONA FIDE. 

(De bonne foi.) 

Agir, se tromper bona fide, 

BONE DEUS! 

(Bon Dieu!) 

Exclamation familière qui exprime rétonnement : Bone Deusl Que 
me dites-vous là? 



36 FLORE LATINE. 

CANTABIT VACUUS CORAM LATRONE VIATOR. 

(Le voyageur qui n'a rien passera en chantant devant les voleurs.) 

Jiivénal parle des vœux des mortels , dont le but constant est l'ar- 
gent. ■(( Et pourtant, dit-il, rien n'est plus dangereux que la possession 
de ces trésors qui ont déjà causé tant de maux. Voyagez-vous la uuii. 
avec le moindre vase d'argent, vous craindrez le poignard d'un assas- 
sin; l'ombre d'un roseau agité au clair de la lune vous fera trembler, 
tandis cpie le voyageur dont la poche est vide passera en chantant 
devant les voleurs, n 

CAPUT MORTUUM. 

(Tête morte.) 

Expression dont se servaient les alclrimistes pour désigner le résidu 
non liquide de leurs analyses. Le nom de caput mortuum venait de ce 
que, dans leur langage figuré, ils comparaient ces résidus à une tète de 
laquelle la 'distillation avait enlevé l'esprit. 

Un orateur moderne a transporté ce mot dans le langage parlemen- 
taire, en l'appliquant à ce qu'on a coutume d'appeler la queue des yartis, 
c'est-à-dire chose nulle, réduite à néant. 

CARCERE DURO. 

(Dans le dur cachot.) 

En Autriche, dans la forteresse du Spielberg, subir le carcere duro, 
c'est être obligé au travail, porter une chaîne aux pieds, dormir sur 
des planches imes et vivre de la plus pauvre nourriture qu'on puisse 
imaginer. Subir le carcere durissimo, c'est être enchaîné d'une façon plus 
horrible encore, avec un cercle de fer autour des reins, et la chaîne 
fixée à la muraille, de telle sorte qu'on a grand'peine à se traîner 
autour de la planche qui sert de lit. 



CARPE DIEM. 

( Mets à profit le jour présent.) 
Vers d'Horace : 

« Hàte-toi de jouir du jour présent, sans compter sur demain, » 
Le poète épicmien, dans ses leçons de morale facile, aime à rappeler 

souvent que la vie est courte, et qu'il faut se hâter d'en jouir. 11 adresse 

ce conseil à Leuconoé. 



FLORE LATINE. 37 

La Fontaine se rencontre avec Horace : 

Ne dira-t-il jamais : C'est assez, jouissoiis'' 

Hâte-toi, mon ami, tu n'as pas tant à vivre; 

Je te rebats ce mot, car il vaut tout un livre; 

Jouis. — Je le ferai. — Mais quand donc? —Dès demain. 

— Eh! mou ami, la mort te peut prendre en chemin, 

Jouis dès aujourd'h'ii. 

CARPENT TUA POMA NEPOTES. 

(Tes arrière-neveux cueilleront ces fruits.) 

Vers emprunté aux Églogues de Virgile ! 

Va greffer tes poiriers, Daphnis; cet astre heureux 
Promet des fruits encore à tes derniers neveux. 

L'homme ne doit pas seulement penser au présent et à lui-même; 
mais aussi à l'averiir et aux générations futures. La Fontaine n:et cette 
belle pensée du poète latin dans la Louche du vieillard qui répond aux 
trois jeunes hommes : 

Mes arrière-neveus me devront cet ombrage. 



CASTIGAT RIDENDO MORES. 

(La comédie châtie les mœurs en riant.) 

Voici l'origine de cette devise de la comédie : 

Il y avait longtemps que Dominique, arlequin des Italiens, désirait 
avoir du poète Santeuil une épigraphe pour mettre sur la toile de son 
théâtre; mais, comme le héron de la fable, le poète a ses heures, et 
Dominique ne pouvait rien obtenir. Il s'affuble un jour de son habit de 
théâtre, prend son sabre de bois, s'enveloppe de son manteau, et va 
frapper à la porte de Santeuil. « Quand tu serais le diable! s'écrie 
Santeuil, entre si tu veux. » Dominique ouvre aussitôt la porte, jette 
son manteau, se met à courir autour de la chamljre en faisant mille 
lazzis et différentes postures de caractère. Santeuil, surpris, arrête 
brusquement le comédien, et le serrant de près : « Je veux que tu ms 
dises qui tu es? — Je suis le Santeuil de la comédie italienne. — Et 
moi, reprit le poète, qui reconnut Dominique à l'expression originale de 
ses attitudes, l'arlequin de Saint- Victor (I). » Le poète répond aux 
singeries de l'acteur par des grimaces et des contorsions. Ils finissent 

(1) Nom du couvent oîi Santeuil demeurait. 



38 FLORE LATINE. 

leur farce par s'emhrasser. Ce fut ce moment de verve et de bonne' 
humeur que le comédien saisit pour olitenir du popte répigraphe si 
connue, qu'on lit encore sur la toile de quelques théâtres : Castig^it 
ridendo mores. 



ArPLlCATIO^\ 

Bans les phrases suivantes, Véléve remplacera chaque tiret par Vune des 
locutions l Unes expliquées ci-dessus. 

Si l'on trouve encore au village des maisons à peine fermées, il 
ne faut pas voir dans celle conliance un reste de l'innocence de 
l'âge d'or; riiabiîant des cliaumières n'a rien h perdre : — . 

Il y a dans les qualités de l'homme, comme dans tout ce qui 
lient à la nature humaine, une sorte de fatalité. L'essentiel, quand 
on les possède, n'est pas tant de les mettre en œuvre que de savoir 
les contenir et les employer à propos : — . 

Le poète ne doit pas se répéter ; ce n'est pas à lui que peut con- 
Ycnir la maxime — . 

Ce qu'on dit de la comédie, — , est plus vrai encore de la fable. 
Sous des formes variées, attrayantes, elle a toujours servi de guide 
aux hommes. 

Le caissier qui donne plus qu'il ne doit se trompe involontaire- 
ment; mais celui qui donne moins peut toujours être soupçonné 
de ne pas s'être trompé — . 

Il y a de l'orgueil, pour ne pas dire plus, à faire attendre long- 
temps ce qu'on pourrait accorder tout de suite : — . 

M. de Mctternich a cherché à prouver que dans le beau livre de 
Silvio Pellico il y a du mensonge et de la trahison, que le — est 
la moindre des choses, que la chaîne portée par les prisonniers, de 
la ceinture à la cheville du pied, est une breloque qui ne fatigue- 
rait pas un enfant. 

Je suis allé voir cette pièce dont on parle tant; j'ai ri avec tout 
le monde ; mais j'ai pensé pourtant qu'au heu de dire de la comédie ^ 
— , il serait plus vrai de dire qu'elle corrompt les mœurs en riant. 

Le neveu de Voltaire ne fut pas le premier homme du siècle 
après son oncle; il était un peu épais; l'oncle, s'étant emparé de 
toute la m.atière subtile^ ne lui avait laissé que le — . 



FLORE LATINE. 39^ 

Il y a des livres qui exigent de leurs laborieux auteurs de lon- 
gues années de travail, parfois toute la durée d'une vie humaine- 
ces livres sont faits pour la postérité : — . 

Le vieux bibliomane fut enfin introduit dans la bibliothèque du 
château : — ! quelle joie ! jamais il n'avait vu de si beaux livres. 

Si un homme sur le point de tomber dans un précipice nous 
tend la main, altendrons-nous pour le secourir qu'il ait roulé dans 
l'abîme ? — . 

On vient nous répéter que la comédie conige en amusant : , 
— ; il me semble bien plus évident qu'elle amuse sans corriger^ 
quand toutefois elle amuse. 

Sous le règne d'Elisabeth, on entassait les jésuites et les prêtres 
dans le château de Wisbick. On les déclarait complices ou espions 
de Philippe II, et, ignorés de tous, ils succombaient au fond du 
— anglais. 

L'homme qui commet une erreur est moins coupable s'il l'a 
commise — . 

La classe des indigents est une sorte de — que l'industrie manu- 
facturière prend à son service quand elle a besoin de bras. 

Horace, qui a si profondément compris la doctrine philosophique 
d'Épicure, ne l'a rendue poétique qu'en lui donnant une teinte iîe 
plaisir : le — revient sans cesse sous sa plume. 

Le bon prêtre s'écria : (c Comment, monsieur, vous êtes le petit- 
Jacques parti de ce village il y a vingt ans' — ! est-ce bien pos- 
sible? » 

Heureux les auteurs qui produisent de ces ouvrages dont Horace 
a dit : — . Ils n'obtiennent cet avantage qu'en réunissant l'utile 
et l'agréable. 

Gelui qui bâtit ne pense souvent qu'à lui-même; celui qui phnte 
est plus généreux; il dit en regardant ses jeunes arbres : — 1 



40 FLORE LATINE. 

LEÇON IX. 



CASUS BELLI. 

'Cas de guerre.) 

Se dit d'un acte qui peut provoquer les hostilités entre deux peuples. 
L'insulte faite par uu souverain à l'ambassadeur d'une puissance étran- 
gère est toujours un casus helli. 



CAVEANT CONSULES. 

(Que les consuls preuneut garde.) 

Formule par laquelle le sénat romain, dans les moments de crise 
sociale, investissait les consuls d'un pouvoir dictatorial. La formule 
était : Caveant consules ne quid deVrimenti rcspublica capiat. « Que les con- 
suls prennent garde que la république n'éprouve aucun dommage. » 

Les deux plus solennelles conjonctures où le caveant consules ait été 
prononcé, c'est sous le tribunat des Gracques, au comn:encement des 
discordes civiles, et sous le consulat de Cicéron, après la conjuration 
de Catilina. En vertu de la doucereuse formule du sénatus-consulte, 
Catilina et les Gracques furent mis purement et simplement hors la 
loi, sans que la responsabilité des consuls courût aucun risque. 

L'origine du caveant consules n'a point de date dans l'histoire romaine; 
il est né de la force des choses, du principe supérieur aux lois positives 
sur lequel repose tout État: So.lus jjopuh' sui^rema lex esto (que le salut 
pubUc soit la loi suprême.) 

La formule du sénatus-consulte romain a son analogue dans cette 
lugubre exclamation qui se faisait entendre quelquefois à la tribune 
de la Convention : Citoyens, la -patrie est en danger! 

Maintenant le terrible caveant consuJes , appliqué plaisamment à des 
riens, est devenu une locution proverbiale, Caveant consules ! c'est- 
à-dire prenez garde, veillez au grain, il y a péril en la demeure, à propos 
d'une bagatelle. C'est le contraste d'un mot de formidable mémoire 
appliqué à une chose frivole, qui en fait le piquant. 



CAVE NE CADAS. 

(Prends garde de tomber.) 

Le triomphe était une des plus grandes solennités de l'ancienne Rome, 
et la plus brillante récompense qu'elle accordât à ses généraux vain- 



FLORE LATINE. 41 

qaeurs. Le tiiomphateur (imyerator), vêtu d'une tuniqiic de pourpre, 
couronne de lauriers, et tenant en main un sceptre d'ivoire surmonté 
d'une aigle, s'avançait sur un char doré, au milieu d'un long cortège 
de citoyens qui le saluaient de leurs cris d'allégresse. Immédiatement 
derrière le triomphateur, pour rabattre son orgueil, un esclave, portant 
une couronne d'or, mêlait sa voix aux acclamations et faisait entendre 
des chants moqueurs et des paroles satiriques : Cave ne cadas, criait-il, 
l}rends garde de tomber! 

CEDXIST AR3IA TOG^. 

(Que les armes le cèdent à la toge.) 

C'est un veis que Cicéron lit à sa propre louange, en mémoire de son 
consulat. 

Cédant arma togœ, concédât îaurea lingiiae ! 

« Que les armes le cèdent à la toge, les lauriers à l'éloquence ! » 
C'est-à-dire : Que le pouvoir militaire, représenté par l'épée, fasse 

place au pouvoir civil, représenté par la toge. Ce vêtement était à Rome 

ce que nous appelons chez nous l'habit bourgeois. 



CLAUDITE JAM RIVOS, TUERI^ SAT PRATA BIBERUNT. 

(Fermez les ruiiseauî, esclaves, les prés ont assez hu.j 

Dernier vers de la troisième églogue de Virgile. 
On se home le plus souvent à citer claudite jam rivos, pour dire : 
C'est assez. 

COGITO, ERGO SU3I. 

(Je pense, donc j'existe.) 

Lorsque le philosophe Descartes eut rompu avec les doctrines du' 
passé, qu'il eut dans son esprit fait table rase de tous les principes 
qu'on lui avait enseignés, afin de reconstniire la doctrine sur l'évi- 
dence et la raison, il reconnut comme première vérité la réalité de son 
existence, à ce signe, qu'il pensait; penser, c'est être : Cogito, ergo sum. 
« Je pense, donc je suis. » 



COMPELLE INTRARE. 

(Forcez-les d'entrer.) 

Paroles tirées de l'Évangile , parabole du festin et des invités qui 
refusent. 



42 FLORE LATINE. 

Un des convives dit à Jésus : « Heiu^enx celui qui sera du festin dans 
le royaume de Dieu. » 

Jésus lui répondit: « Un homme prépara un grand festin auquel ii 
invita beaucoup de monde; 

Et à l'heure du repas, il envoya son serviteur dire à ceux qui étaient 
invités de venir, parce que tout était prêt. 

Mais tous, comme de concert, commencèrent à s'excuser. Le premier 
dit : « J'ai acLeté une maison de cauipagne, il faut que j'aille la voir; 
je vous prie de m'exc-user. — Je viens de me marier, dit un autre ; ainsi 
je ne puis y aller. » 

Le serviteur étant revenu, rapporta tout ceci à son maitre. Alors le 
père de famille dit à son serviteur : « Allez sur la place et dans les rues 
de la ^dlle, et amenez ici les pauvres, les infirmes, les aveugles et les 
hoiteux. » 

« Seigneur, répondit le serviteur, j'ai fait ce que vous m'avez 
commandé et il y a encore de la place. » 

Le maître lui dit : « Allez dans les chemins et le long des haies, et 
forcez les gens d'entrer, afin que ma maison soit remplie; car je vous 
déclare que nul de ceux que j'avais invités ne sera de mon festin. » 



COMTOS SUI. 

(Maître de soi-même.) 

Cette expression latine rappelle le heau vers que Ck)rneille a mis dans 
la bouche d'Auguste : 

Je suis maître de moi comme de l'univers. 

CONCEDO. 

(J'accorde.) 

Terme de logique : « La guerre est un mal nécessaire, concedo, mais 
-on doit tout tenter pour l'éviter. » 

L'emploi de ce mot annonce une certaine affectation, une certaine 
pédanterie. Molière le place dans la bouche de Thomas Diafoirus. 



CONSUMMATUM EST ! 

(Tout est consommé !) 

Dernières paroles de Jésus-Christ sur la croix. 



FLORE LATINE. 43 

APPLICATION. 

Dans les phrases suivantes, Vclévc remiilacera chaque tiret par Vune des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

Quand une troupe d'oiseaux sauvages descend à terre, il y en 
a toujours quelques-uns qui se placent en sentinelles, prêts à 
donner l'alarme à la moindre apparition suspecte : — ! 

— est la devise d'un État où les lois dominent seules et l'em- 
portent sur la force matérielle représentée par l'épée. 

Les missionnaires qui vont à travers mille dangers conquérir 
des âmes à la foi obéissent au commandement de leur consciences 
à la plus haute loi de la croyance catholique, au — . 

Certains hommes sont tellement pleins d'eux-mêmes que leur 
conversation devient insupportable, et qu'on est tenté de leur dire 
dès qu'ils ouvrent la bouche : — . 

Entre les écoliers, la possession d'un jouet devient souvent'uii 
— des plus graves. 

Au moment de prendre certaines résolutions dangereuses, 
l'homme est heureux d'avoir un véritable ami qui lui répète le 
cri de l'esclave romain : — ! 

II arrivera un jour où tous, sans exception, auront acquis la 
conscience du bien et du mal, la responsabilité, la dignité, la 
liberté. Alors l'humanité, comme le Christ sur sa croix, pourra 
crier à ce plus haut sommet de la vie : — ! 

Les barrières commerciales élevées entre les différents États 
tendent à s'abaisser; mais il faut liisser à chaque peuple son ini- 
tiative; en matière d'union de douanes, il ne saurait y avoir de — . 

Une victime plus noble que toutes les autres parait sur l'éclia- 
faud: «Fils de saint Louis, montez au ciel! » lui dit une voix 
amie. Le roi comprend que tout est fini sur la terre. Il élève une 
voix forte que couvre celle du tambour ; — ! 

Je n'ai pas d'ordre à recevoir de vous; votre robe n'a rien à 
commander à mon épée, dit le capitaine des pompiers au juge de 
paix. 

Erreur! cria de la fenêtre un jeune homme. Cicéron, illustre 
pompier dans son temps, a dit : « — ; » ce qui signifie que ce 
vénérable magistrat a droit à votre obéissance. 



44 FLORE LATINE. 

Les peuples sont des troupeaux de moutons, —, mais il ne s'en- 
suit pas que les pasteurs aient le droit de les écorcher ou de les 
tondre de trop près. 

Si les peuples et les souverains n'écoutaient que leur suscepti- 
bilité ou leurs intérêts, on verrait naître à chaque instant des — . 

. Wellington a vaincu Napoléon à Waterloo, — , mais peufc-on en 
conclure qu'il était un plus grand capitaine que Napoléon? 

Louis XI savait rester impassible, — , lorsque intérieurement 
il était agité par des inquiétudes mortelles eu par des sentiments 
impétueux. 

Sur la route difficile de l'ambition, combien de chutes seraient 
évitées si riionime écoutait cette voix intérieure qui lui dit : 
Arrête- toi, — I 

Au capitole de Toulouse, les archives de la ville étaient gardées 
dang une armoire de fer, comme celles des flamines romains ; et 
le sénat gascon avait écrit sur les murs de sa curie : — . 

Demeurer — dans des circonstances où d'autres perdraient leur 
sang-froid, annonce toujours un homme supérieur= 

11 est triste de voir des homm.es survivre à leur génie, comme 
le grand Corneille lui-même ; et cependant l'opinion publique leur 
dit assez, quelque respectueuse qu'elle soit : — . 

Napoléon n'était pas doué seulement du génie de la guerre: 
peut-être est-il plus grand comme législateur que comme conqué- 
rant : — . 

En prenant l'expérience pour point de départ. Bacon opéra dans 
les sciences la même révolution que le — , en philosophie. 



LEÇON X. 



CONTRARIA CO^'TRARÏIS CURA>'TUR. 

(Les contraires se guérissent par les contraires.) 

Maxime que la médecine classique, ia médecine des écoles oppose à 
celle qui est devenue le drapeau de l'homéopatliie : Similia similibus 
curantur, les seml^bbies se guérissent par les semblables. 



FLORE LATINE. 4o 

CORAM POPULO. 

'En public.) 

Parler coram populo, c'est parler hautement et sans craiute. Cette locu- 
tion avait son sens littéral à Rome , où les orateurs parlaient dans le 
Forum, devant le peuple assemblé. 



CORPUS DELICTI. 

(Corps du délit.) 

Objet qui prouve l'existence du délit. Dans la comédie des Plaideurs, 
lorsque Petit-Jean exhibe les pattes du chapon que le chien Citron a 
mangé, il montre au juge le corps du délit : Corpus delicti. 



COr^RUPTIO OPTI3II PESSIMA. 

(La corruption de ce qu'il y a de meilleur est la pire.) 

Cet axiome de l'antiquité peut s'appliquer à la religion, quand elle 
s'appelle intolérance et fanatisme ; à l'autorité légitime, quand elle s'ap- 
pelle terreur blanche. Cela est également vrai en chimie : les sub- 
stances, les aliments les plus fins et les plus recherchés sont ceux dont 
la décomposition est la plus insupportable. 



COR U^UM ET A^'IMA UNA. 

fUn seul cœur, une seule âme.) 

Pensée tirée des Actes des Apôtres : « Or, la multitude de ceux qui 
croyaient, n'avait qu'un cœur et qu'une âme; nul ne considérait comme 
à lui rien de ce qu'il possédait, mais toutes choses étaient communes. » 



CREDO. 

(Je crois.) 

Confession de foi de l'homme qui se rend à l'évidence morale de la 
vérité. C'est le premier mot du symbole de Nicée; il signifie le plus 
souvent religion. C'est dans ce sens que Sterne a dit : « Je ne me mêle 
jamais du Credo de personne. » 



46 FLORE LATINE. 

Dans sa Iragédie de Tolyeucte, Corneille fait dire à Pauline, que là 
grâce a touchée : 

Je vois, je sais, je crois, je suis désabusée. 



CP.EDO QUIA ABSURDUM. 

(Je le crois parce que c'est absurde.) 

« Je le crois, parce que c'est absurde! » s'écrie saint Augustin. L'il- 
lustre évoque donne ainsi la meilleure définition de la Foi, qui nous 
fait regarder comme vraies précisément les choses que la raison ne 
peut admettre. Où serait le mérite de croire à des choses évidentes et 
démontrées? 

CRESCENDO. 

(En croissant, en augmentant.) 

Expression surtout employée en musique, pour indiquer qu'il faut 
donner plus de volume à la voix ou renforcer le son des instruments 
dans certains passages. 

CRITERIUM. 

(Moyen déjuger.) 

Le mot latin critérium a le même sens que l'expression française 
liierre de touche. 

CUI BONO? 

(Dans quel intérêt?) 

Caïus Cassius Longinus,un des descendants du célèbre Cassius, meur- 
trier de César, et qui fut gouverneur de Syrie sous le règne de Claude, 
fut un des plus savants jurisconsultes de Home. « Dans la connais- 
sance des lois, dit Tacite, il surpassait tous les Romains. » Le nom de 
Cassius est resté à l'une des nombreuses règles de droit formulées par 
lui, le cui bono, dont le sens est à peu près celui de l'axiome : h fecit 
^ui prodtst, cherchez à qui le crime profite, vous trouverez le coupable. 

Par extension, cui bono s'emploie aussi dans le sens de but final. 



FLORE LATINE. 47 

APPLICATION. 

Dans les phrases sidvanks, Vélève remplacera chaque tiret par Vune des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

Autant certains esprits recherchent l'évidence et le pourquoi 
Téel des choses, autant certains autres tiennent à leur attribuer 
des causes surnaturelles^ mystérieuses et dont on ne peut se rendre 
compte : — . 

On parle de ce que l'on ignore, on promet ce que l'on ne peut 
tenir, on se vante de ce que l'on ne peut faire ; — ? cela ne sert 
le plus souvent qu"à se mettre dans l'embarras. 

Quand le mystère de la communion est consommé en chacun 
dans la multitude conviée au banquet divin, alors le chant har- 
monieux de l'égaUté vivante au cœur des enfants de Dieu et des 
frères de Jésus-Christ s'échappe par ce cri unanime : Il n'y a 
plus qu'un seul cœur, il n'y a plus qu'une seule àme : — ! 

L'homéopathie n'est pas admissible en politique. — : pour vaincre 
la Révolution (M. de la Palisse ne dirait p*as mieux), il fallait des 
contre-révolutionnaires. 

Ce n'est ni l'accusation du ministère puWic, ni la défense de 
l'avocat qui sert de — aux jurés pour rendre leur verdict; ce sont 
les dépositions des témoins. 

Une conviction forte élève l'âme, le doute la tue ; un seul mot, 
— , a produit plus de chefs-d'œuvre que tous les raisonnements de 
rimpiété. 

Que dire de ces hommes qui détournent la poésie au service des 
mauvaises passions, qui en font un instrument de blasphème et 
de corruption, et qui l'emploient à énerver et à dépraver les âmes? 

Poursuivi par les cris : «Au voleur! au voleur! » le coupable se 
sauvait à toutes jambes, sans perdre la tête; il jeta dans un puits 
qu'il trouva sur son chemin le — . 

Ce n'est guère que des amis créés par l'imagination des poètes 
que l'on peut dire : — . 



48 FLORE LATINE. 

La calomnie est d'abord un bruit léger; peu à peu elle grandit, 
étend son vol, tourbillonne, et devient un cri général, une cla- 
meur, un chorus qui va toujours — . 

Lorsque Sylla abdiqua' la dictature, il ne le fit pas dans le sénat, 
mais — , sans qu'un seul de ses ennemis ait osé l'insulter quand 
il descendit de la tribnrne aux harangues. 

Si le bonheur est quelque part en ce monde, c'est dans une 
foi sincère, ennemie de toute discussion;, dans un — qui remplit 
tout le cœur. 

En toute chose, ce qu'on veut surtout savoir, c'est la fin; et il 
n'y aurait à rien savoir aucun intérêt sérieux, si l'on n'espérait pas 

parvenir à connaître le — . 

—, voilà l'épigraphe obligée de tout livre paradoxal. 

Henri Vlîl, qui fut d'abord un des plus fermes soutiens du ca- 
tholicisme, en devint dans la suite le plus ardent persécuteur : — . 

Le petit gourmand voulait en vain nier son larcin : il avait en- 
core aux mains et aux lèvres des traces visibles de confitures, — ! 

L'orateur qui parle pour la première fois — se trouble facilement. 

Les femmes sont moins que les liommes susceptibles des pas- 
sions cruelles; mais lorsque ces passions se rencontrent en elles, 
elles acquièrent quelque chose de plus dangereux : — . 

La sagesse antique a dit avec raison : Arrêtez le mal à sa nais- 
sance; abandonné à lui-même, le mal, loin de diminuer, va tou- 
jours — . 

Y a-t-il avanlage pour une nation à ce qu'il n'y ait plus qu'un 
— de la supériorité sociale, l'argent? 

Qui voit bien le mal, voit aussitôt le remède, il n'y a qu'à 
prendre la route opposée : —, 



FLORE LATINE. 49 

LEÇON xr. 

CUIQUE SUUM. 

(A chacun le sien.) 

Le droit romain, qui a été appelé la raison écrite, définit ainsi la 
justice : la volonté ferme et perpétuelle de rendre à chacun ce (pii lui 
appartient, flnna et perpétua voluntas jus samn cuique tribuendi. 

Jésus-Clirist a dit : « Il faut rendi^e à César ce qui est à César, et à 
Dieu ce qui à Dieu. » 

CURRE>'TE CALAMO. 

(Au courant de la plume.) 

C'est-à-dire rapidement, sans beaucoup de réflexion. 

Un homme disait de son cheyal qu'il allait de Paris à Versailles en 
cinq quarts d'hem'e, currentc calamo. C'est apparemment le même qui 
écrivit un jour ex libris (1) dans son chapeau. 



DA CAPO. 

(Retour en arrière.) 

Terme de musique, qui signifie littéralement depuis la tête, depuis le 
commencement, et avertit l'exécutant de revenir de la fin du morceau 
au commencement. 

Dans le langage ordinaire, un da capo signifie une répélition, ua 
rdour. 



DEBELLARE SUPEPiBOS. 

(Renverser les superbes.) 

Les Romains voulaient paraître cléments et modérés après la \ic- 
toire. Énée, descendu aux Enfers, voit passer sous ses yeux les ombres 
des héros et des générations fatm^es; son père Anchise lui montre 

(1) Ex libris {de mes livres). Ces deux mots se mettaient autrefois sur la pre- 
mière page d'un livre, à la même place où les écoliers de nos jours écrivent : 

Ce livre est à moi 
Comme Paris est au roi. 



50 FLORE LATINE. 

l'avenir brillant réservé au peuple romain. « D'autres, s'écrie-t-il, 
seront plus habiles dans Tart d'animer l'airain , et de faire sortir du 
marbre de vivantes figures. Toi, Romain, voici ton rôle : soumettre 
l'univers à tes lois, épargner les vaincus , dompter les superbes : Tarcere 
subjectis et debdlare superbos. » Y. Parcere subjecîis. 



DE COMMODO ET lîVCOMMODO. 

(De l'avaûtage et du désavantage.) 

On a ordonné une eni^ète de commodo et incommodo, c'est-à-dire une 
information ayant pour objet de constater les avantages et les incon- 
vénients d'une entreprise qui n'est encore qu'en projet. 



DELENDA CARTHAGO. 

(Il faut détruire Carthage.) 

Ces paroles par lesquelles Caton l'Ancien terminait tous ses discours, 
qnel qu'en fût le sujet, s'emploient pour faire allusion à une idée fixe 
dont on poursuit avec acharnement la réalisation, à laquelle on revient 
toujours. La chute de Tempire français était le deleada Carthago de tous 
les discours de William Piit. 



DE3TE SUPEP^BO. 
(D'une dent dédaigneuse.) 

Horace fait ime peinture charmante du dédain avec lequel le rat de 
ville goûte au frugal repas du rat des champs, qui pourtant apporte 
du raisin sec et des morceaux de lard, et cherche par des mets variés 
à vaincre le dégoût de son hôte; mais celui-ci touche à tout d'une dent 
dédaigneuse, dente superbo. 

Ce rat de ville était le plus superbe rat. 

Effleurant chaque mets, sa fierté dédaigneuse 

Les laissait retomber d'une dent paresseuse. Sâbit. 



DEO IGNOTO. 

(Au Dieu inconnu.) 

Les Athéniens, le peuple le pbis éclairé de l'antiquité, saisissaient 
toutes les occasions de faire briller leur intelligence : légers et super- 



FLORE LATINE. 5i 

ficiels, ils admettaient volontiers toutes les croyances et tous les dieux; 
cette facilité était même poussée si loin que, pour ne pas s'exposer à 
cfuelque oubli involontaire, ils avaient élevé un temple, avec cette 
inscription : Au dieu l^xo^-:>u. Lorsque le grand apôtre des Gentils, 
saint Paul, arriva au milieu deux et leur parla de purifier leurs 
temples, de renverser les statues de leurs faux dieux, et de pratique?: 
une morale plus pure, i 's ne saisirent pas d'abord le sens de ces pa- 
roles, et s'écrier; nt qu'il fallait faire examiner la question par l'aréo- 
page. C'était la réunion des grands esprits de l'époque, le tribunal le 
plus renommé de la Grèce. 

Saint Paul comparut donc devant l'aréopage : « Athéniens, dit-il, 
il me semble que la puissance divine vous inspire plus qu'à tous les 
hommes une crainte religieuse; car, en traversant votre ville et en 
contemplant les objets de votre culte, j'ai rencontré un autel avec cette 
inscription ; Au Dieu inconnu. Ce Dieu que vous adorez sans le con- 
naître, c'est lui que je vous annonce, le Dieu qui a fait le monde et 
tout ce qui est dans le monde, le Seigneur du ciel et de la terre, qui 
n'habite point Ips temples bâtis par les hommes, et qui n'est point 
honoré par les œuvres des mortels comme s'il avait besoin de quelque 
cJiose, lui qui donne tout à tous, la vie et la respiration!... » 

L'apôtre continua longtemps encore, tenant son auditoire sous le 
charme de sa parole; à peine eut-il cessé de parler, qu'une grande 
agitation se manifesta dans l'assemblée, non pas cette agitation qui 
annonce les menaces et le danger, mais celle qui révèle une impres- 
sion profonde. Quelques-uns des membres de l'aréopage se convertirent, 
entre autres Denys, surnommé pour cela VAréopagiîe, et qui, plus tard_, 
fut le premier évèque d'Athènes. 

Les mots Biis ignoîis (aux dieux inconnus) avaient été choisis par 
Rivarol comme épigraphe de son Vêtit almanach des grands Iwmmcs, qui 
lui fit tant d'ennemis. 

1>E OMNI RE SCIBILI ET QUIBUSDAM ALIIS. 

(De toutes les choses qu'on peut savoir, et de quelques autres.) 

Be omni re sciMli était la devise du fameux Pic de la Mirandole, qui 
se faisait fort de tenir tète, à tout venant, sur tout ce que l'homme peut 
savoir; et quibasda:n aliis, est sans doute une addition de quelque plai- 
sant. La devise avec son supplément est passée en proverbe et désigne 
ironiquement les prétentions d'un homme qui croit tout savoir. 



DE PROFUIVDIS CLAMAVI, 

(Du fond de rabime j'ai crié.) 

Premiers mots d'un des psaumes de l'office des morts. 



5« FLORE LATINE. 

APPLICATION. 

dans les phrases suivanies, l'élève remplacera chaque tiret par Vune des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

Les trompettes h clef chantent la joie des Sabins, les bassons 
formulent l'indignation des Romains; mais tout h coup, sur une 
reprise de clarinettes et un — inattendu , la chance tourne , un 
Curiace tombe. 

Caton a rendu un bien mauvais service au genre humain en 
inventant son — ; depuis Caton , chaque orateur a sa thèse qui 
revient à jour fixe comme les comètes. 

Dans mes courses continuelles, si j'ai eu le temps de lire votre 
ouvrage, je n'ai pu songer à le traduire; ce n'est pas un travail 
à faire — . 

Depuis que le Christ est venu au milieu des hommes, ils n'ont 
plus le droit d'élever des autels — . 

Le latin a ses ennemis, ses adversaires acharnés qui ne seront 
heureux que le jour où le malheureux latin sera chassé du collège. 
La proscription du latin, voilà leur — . 

Réunissez les savants de tous les siècles, sans oublier celui qui 
soutenait des thèses — , et demandez-leur ce que c'est que le 
temps, l'espace ; ils vous répondront qu'ils ne le savent pas. 

Pendant qu'on dispute en France — , et qu'on fait des enquêtes 
solennelles à l'effet de savoir des propriétaires de forges s'il leur 
convient qu'on introduise en France les fers étrangers, la Belgique 
agit... 

« Je voudrais ne pas savoir signer, » disait un empereur ro- 
main, auquel on présentait la sentence d'un condamné. Est-ce 
Titus, est-ce Trajan qui a prononcé ces belles paroles? iNon, c'est 
Néron : — . 

L'Angleterre est loin de pratiquer la maxime de l'ancienne 
Rome, — . Elle aime plutôt à écraser les faibles, et s'arrête volon- 
tiers devant une résistance qui sait faire croire à une énergie per- 
sévérante. 



FLORE LATINE. 53 

Dans nos cimetières, les pierres posées sur les restes des morts 
demandent clirétiennement un — aux passants. 

Rien de plus compliqué que la législation sur les établissements 
insalubres. Pour obtenir l'autorisation, il faut une requête au pré- 
fet; la transmission de la demande à toutes les municipalités, dans 
un rayon de cinq kilomètres autour de rétablissement à fonder; 
une enquête — , etc., etc. 

Le meilleur des assaisonnements, cest l'appétit : voyez ceux qui 
vivent constamment dans l'oisiveté; assis à une table couverte de 
mets excellents, ils mangent à peine et — . 

Au moyen âge, la rhétorique fut l'art de tout expliquer, de tout 
commenter, de discuter sans fin ni trêve — . 

Seul de tous les animaux carnassiers, le lion a quelquefois donné 
des marques de générosité; mais s'il épargne les faibles, il est tou- 
jours prêt à — . 

Les pages les plus éloquentes d'un livre sont presque toujours 
celles qui ont été écrites dans le feu de l'inspiration, — . 

La pau\Teté, la richesse, la gaîté, la souffrance, l'amour, la 
haine, tout finit au — . 

Au frontispice de vos palais de l'industrie, de vos temples des 
arts et de vos musées européens, j'ai relu cette inscription : — ; 
j'ai demandé le nom de ce Dieu inconnu, on m'a répondu : lo 
Progrès. 

L'auteur ne répond que de la pensée, comme l'imprimeur ne 
répond que de l'exécution typographique : — . 

Boire sans soif et manger sans faim étant le privilège de l'homme, 
jamais les animaux n'effleurent leur nourriture — . 



o4 FLORE LATINE. 

LEÇON XII. 

DESIDERATA. 

(Ce qui manque, chose dont on regrette l'absence.) 

Ce mot se dit de toutes les parties d'une science qui n'ont pas encore 
été traitées, et sur lesquelles il est à désirer que l'on s'exerce. Bacon 
a signalé le premier les desiderata de la science humaine. 



DESINIT IN PISCEM. 

(Fiuit en qiieue de poisson.) 

Se dit des choses dont la fin ne répond pas au commencement, ainsi 
que des personnes qui promettent beaucoup et tiennent peu. Au début 
de VArt poétique, Horace compare une œuvre d'art sans unité à un beau 
buste de femme qui se terminerait en queue de poisson : 

Desinit in piscem mulier formosa superne. 

De sorte que le haut soit d'une femme aimable, 
Et le bas représente un poisson effroyable. 



DESÏPERE IN LOCO. 

(Oublier la sagesse à propos.) 

Horace donne ce conseil à Virgile : 

« iîéle à la sagesse un grain de folie; il est bon d'oublier quelque- 
fois la sagesse. » 

DE STERCORE ENNII. 

(Du fumier d'Ennius.) 

Ennius, un des plus anciens poètes latins, fut l'ami de Caton l'An- 
cien et de Scipion l'Africain. Il ne reste que quelques fragments de ses 
ouvrages; son style a toute la rudesse du siècle où il vivait, mais le 
défaut de pureté et d'élégance est racheté par la force des expressions. 
Virgile a transpoi-té dans son Enéide des vers entiers d'Ennius, ce qui 
a fait dire à un grammairien du bas-empire que Virgile avait tiré des 
perles précieuses du fumier d'Ennius : de stercore Ennii. 

Faniltr d'Ennius est de^'enu, daus notre langue, une expression pro- 
verbiale qui s'emploie rarement sous sa forme latine. 



ILORE LATINE. 55 

Voltaire a employé cette rade expression à propos de Shakc-^peare, 
qu'un des premiers il avait fait connaître à la France. Après avoir 
ooml^attu un enthousiasme qui dépassait son attente e* irritait pcut- 
(jtre son amour-propre^ il s'écrie : « Eh î je sais bien qu'il y a des perles 
dans ce fumier. » 



DE TE FABULA NARRATUR. 

(C'est toi qui es représenté dans ce récit.) 

Horace, dans une de ses Satires, après avoir peint la folie de l'avare, 
qu'il compare à Tantale, s'interrompt pour dire à son interlocuteur 
supposé : 

Qaid rides? tautato nomine, de te 
Fabula narratur. 

Tn ris? change le nom, ce sera ton histoire. 

Boileau, voulan' traduire ce passage d'Horace, avait mal réussi. Il 
consacrait six vers à rendre les deux du poète latin. Desmarest pro- 
posa de substituer à la paraphrase traînante de Boileau le distique 
suivant : 

Tantale dans un fleuve a soif et ne peut boire ; 

Tu ris? chcaige le nom, la fable est ton histoire. 

Boileau dédaigna le présent que lui offrait son critique, et biffa hé- 
roïquement tout le passage. 

Le fameux Berkley, philosophe irlandais (1684-1753), a écrit un 
petit ouvrage pour prouver que l'idée de Texistence des corps n'est 
qu'une illusion, et sur le frontispice du li"STe il a fait graver une 
vignette dans laquelle un enfant, se regardant dans une glace, s'efforce 
de saisir son image; au bas, le lecteur, qui a ri de cette illusion de 
l'enfant, trouve ces paroles : Qo.idrides'l mutato nomine, de tefahula nar- 
ratur. Cette allusion répond à la manière tout à fait spirituelle dont 
le sujet est traité dans romTage_, chef-d'oecYie de déraison, mais aussi 
modèle de discussion. 



DEUS, ECCE DEUS! 

(Le Dieu, voici le Dieu!) 

A peine arrivé sur le rivage de l'Italie, de ce royaume qui lui est 
promis, Énée vient consulter la sibylle de Cumes. La prétresse d'Apollon 
lutte d'abord contre l'influence du dieu qui va parler par sa bouche, 
mais elle se laisse enfin entraîner par l'inspiration prophétique. — Elle 



50 l'LOKE LATINE. 

s'écrit' : « Le Dieu vieut^ voici le Dieul » Et tandis quelle parle devant 
le sanctuaire, soudain ce ne sont plus sur son visage les mêmes traits, 
ce n'est plus dans son teint la même couleur; ses cheveux en désordre 
se hérissent, son sein haletant se soulève, la fureur transporte ses 
farouches esprits, sa taille semhle grandir, et, quand le dieu l'anime 
enfin de son souffle puissant, elle n'a plus rien de mortel dans la voix. 
C'est ainsi que l'esprit propihétique anime Joad, quand il s'écrie : 

C'est lui-même; il m'échanffe, il parle : mes yens s'ouvrent, 
Et les siècles obscurs devant moi se découvrent. 

DEUS EX MACHINA. 

(intervention d'un I)ieu descendu sur la scène au moyen d'une machine.) 

Dénoûmeut plus heureux que vraisemblable d'une situation tragique. 
Dans les tragédies anti(]ues, il arrivait fréquemment que la catastrophe 
se dénouait tout à coup, à la complète satisfaction des spectateurs, au 
moyen d'un dieu qu'mie machine faisait subitement descendre du ciel 
sur le théâtre. 

Dans nos pièces modernes, le notaire qui apporte un héritage, l'oncle 
d'Amérique, revenant juste à temps pour tirer d'embarras son nereu 
ou sa nièce, voilà ce qui remplace le Beus ex machina. 



DEUS NOBIS UJEC OTIA FECIT. 

(C'est un Dieu qui nous a fait ces loisirs.) 

C'est le mot que Virgile met dans la bouche du berger Tityre, sou? 
le nom duquel il raconte à un autre berger comment il a obtenu d'Au- 
guste la restitution de son patrimoine. 

« iNIélibée! c'est un Dieu qui m'a fait ces loisirs; car il sera tou- 
jours un Dieu pour moi, et souvent le sang d'un agneau, prémices de 
mon bercail, arrosera ses autels. 

» C'est lui qui permet à mes génisses d'errer en liberté, comme tu 
le vois, dans la prairie; à moi, de jouer sur mon chalumeaa champêtre 
les airs que j" aime. » 



DE VISU. 

(De vue, pour l'avoir vu.) 

Parler, témoigner d'une chose de visu. 



FLORE LATINE. 57 

»IEM PERDIDI. 

(J'ai perdu ma journée.) 

Mût célèbre de l'empereur Titus; quand il avait passé une journée 
sans trouver l'occasion de faire du bien, d'accorder une grâce, il 
s'écriait : « Mes amis, j'ai perdu ma journée. » 

Voltaire écrivait au célèbre mathématicien Maupertuis : C'est à 
vous à dire, quand vous avez passé une journée sans instruire quel- 
qu'un : « Biem perdidi. n 

Racine a paraphrasé le mot de Titus dans ces vers de Bérénice : 

B'un temps si précieux quel compte pais-je rendre? 
Où sont ces jours heureux que je faisais attendre? 
Quels pleurs ai-je sécbés? Dans quels yeux satisfaits 
Ai -je déjà goûté le fruit de mes bienfaits? 
L'univers a-t-il vn changer ses destinées ? 
Sais-je combien le ciel m'a compté de journées? 
Et de ce peu de jours si longtemps attendus, 
Ali! m'ilheureux, combien j'en ai déjà perdus! 

Dans son épitre au roi, Boileau a mieux rendu la même pensée : 

Tel fut cet empereur sons qui Rome adorée, 
Vit renaître les jours de Saturne et de Rhée; 
.Qui rendit de son joug l'univers amoureux; 
Qu'on n'alla jamais voir sans revenir heureux; 
Qui soupirait le soir, si sa main fortunée 
2\'avait par ses bienfaits signalé la journée. 

Le sentiment seul a fait éclore ces beaux vers, a dit Le Bruu. 
Louis XIV se fit relire ce passage jusqu'à trois fois. 



APPLICATION. 

Dans les phrases suivantes, Vélève remplacera chaque tiret par Vum des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

Molière et La Fontaine ont su tirer de nos neux auteurs, — , 
des traits excellents qu'ils trouvaient confondus parmi une foule 
de choses inutiles ou ridicules. 

Il faut aux grands acteurs une sorte de fureur inspiratrice, une 
extrême sensibilité, des élans poétiques qui allument le feu sacré ; 



58 . FLORE LATINE. 

Il n'est peut-être pas un étudiant allemand qui ne connaisse — , 
pour les avoir traversés jeune et à pied, les montagnes, les cours 
d'eau, les villes de son pays. 

Sans compter l'art de diriger les ballons, qui est la principale 
difficulté, il y a encore bien des — dans la science aérostatique. 

Le sévère Boileau ne fut pas un pédant; il se déridait dans 
l'occasion, selon la maxime d'Horace, — , et il savait être un convive 
aimable. 

Les ouvrages les plus médiocres renferment toujours quelques 
beautés; seulement elles y restent enfouies jusqu'à ce qu'un écri- 
vain habile vienne les tirer de leur obscurité, — , et les faire briller 
au grand jour en se les appropriant. 

Il y a une grande différence entre un poète et un versificateur; 
le second n'a jamais entendu cette voix intérieure de l'inspiration 
qui vous crie : — ! 

Les évangélistes parlent — des miracles de Jésus-Christ; aussi 
leur témoignage ne saurait être mis en doute. 

De toutes les sciences humaines, celle qui a été le plus assidû- 
ment cultivée, c'est sans contredit la médecine, et c'est pourtant 
celle oii il reste le plus grand nombre de — . 

Le comble de l'imperiinence, en société, est de persifler un 
pauvre homme qui rit plus fort que les autres des plaisanteries 
faites à ses dépens, et ne comprend pas cet avis que lui donnent 
des regards moqueurs : — . 

Travaillons, travaillons! et quand nous serons arrivés au soir 
de la vie , nous goûterons en paix les charmes du repos : — . 

Il faut qu'il y ait une gradation dans l'enseignement d'une 
année à lautre, dans l'enseignement d'une seule année, dans 
l'enseignement même d'un seul jour, de façon qu'il forme un tout 
et que le bon élève ne puisse dire le soir : — . 

Personne mieux qu'Henri IV ne possédait le secret d'égayer 
nne conversation par un bon mot, une repartie piquante et inat- 
tendue, — , 



FLORE LATINE. ^i^ 

Il y a loin du Cid à Attila; le grand Corneille n'est plus que 
l'ombre de lui-même, et un coup d'œil jeté sur l'ensemble de ses 
œuvres fait involontairement songer au — . 

Desaix, arrivant tout à coup sur le champ de bataille de Ma- 
rengo, comme le — , ramena la victoire sous nos drapeaux. 

Non content de ce qu'il pouvait étudier lui-même — , Vauban 
envoyait de tous côtés des agents actifs, dont il contrôlait sévère- 
ment les rapports. 

Défiez- vous des petits prodiges; presque toujours ces enfants 
tant admirés deviennent des hommes à peine ordinaires : — . 

La comédie provoque le rire aux dépens des "slces ou des tra- 
vers, et ceux qui ont pu servir de modèle à l'auteur assistent avec 
plaisir à la représentation sans se douter qu'on peut leur dire : — . 

Brillât-Savarin dit quelque jpart : Il me faut un potage; c'est 
une si vieille habitude que, quand je passe une journée sans en 
prendre, je dis comme Titus : — . 

Dans les pièces militaires destinées à entretenir le souvenir do 
la grande épopée impériale, on voit presque toujours Napoléon 
apparaître au dénoûment comme le — . 

Sous Louis XIV, les plus grands écrivains n'avaient pour vivre 
que les pensions qu'ils recevaient du roi ; aussi ont-ils chanté celui 
qui leur donnait les moyens de cultiver les Muses ; — . 



LEÇON XIII. 

DIGNUS EST INTRARE. 

(Il est digne d'entrer.) 

Molière ajoute à ce solécisme le suivant : « In noslro docto corporeg 
dans notre corps savant. » C'est la réponse chantée en chœur par les 
médecins , apothicaires et autres savants dans la scène burlesque du 
3Iitlade imaginaire. 

Ces mots, que l'on cite fréquemment, s'emploient toujours par plai- 
santerie. 



60 FLORE LATINE. 

DT! MELIORA PUS. 

{0 dienx! — donnez — une meilleure de. 'liiée aux hommes pienx.) 

Le troisième livre des Gcorgiqucs se tenv.ine par un passage célèbre, 
la description de la peste, sujet qui a r uvent exercé la verve des 
poètes : Lucrèce^ Virgile, Ovide, chez les ;..;ciens; Boccace, La Fon- 
taine, Lemontey, ont décrit les horreurs du lliiau qui désole les villes et 
les campagnes. A^rès avoir peint la mort du cheval qui, égaré par le 
délire, se déchire lui-même, le poète s'écrie : « dieux ! détournez ces 
horribles maux de vos serviteurs! » 

Plusieurs éditions de Virgile portent : Da meliora , piis. (( Donne une 
meilleure destinée aux hommes pieux. » 

Chaque fois que le chevalier de Piis donnait un médiocre ouvrage, 
il recevait du parterre rappiication de cet hémistiche de Virgile : « Da 
meliora, Piis. » Donne-nous de meilleures choses, ô Tiis! 



DÏSJECTI ME3ÎBRA TOET^. 

(Les membres dispersés du poète.) 

Il ne suffit pas, dit Horace, de mettre un vers sur ses pieds pour 
mériter le nom de poète. « Prenez les vers de mes satires, ou ceux du 
vieux Lucilius, déplacez les mots , ôtez le rhytlmie et la mesure , et 
vous trouverez de la prose toute pure, scrmo merus, et vous recon- 
naîtrez les membres dispersés du poète, disjecti iiumbra poclo:. » 

M. Daru traduit ainsi le passage d'Horace : 

Au contraire, entendez la muse d'Ermius : 
Quand, de son bras d'airain, si fatal ii la terre, 
La Discorde eut brisé les portes de la guerre, 
Détrviisez l'harmonie et renversez les mots, 
L'un poète toujours vous trouvez les lambeaux. 

DISTINGUO. 

(Je distinguo.) 

Ce mot est le pendant de concedo et de nego, et fait partie de l'arsenal 
de la scolastique. 

On avait parlé à un évèque d'un jeune diacre qui abusait du 
distinguo et trouvait moyen de l'introduire partout. L'évèquc se fit fort 
de lui poser une question de telle nature que distinguo n'eût aucun 
prétexte à se montrer dans la réponse. «Monsieur l'abbé, lui dit-il, 
peut-on baptiser avec du bouillon? — Distinguo, monseigneur! Si 
c'est avec celui de Votre Grandeur, non; mais si c'est avec celui du 
séminaire, oui . » 



FLORE LATINE. 61 

DIVIDE ET IMPERA. 

(Diviser pour régner.) 

Telle fut la politique du sénat de Rome; et Montesquieu, Bossuet 
et Polybe s'accordent à dire que ce principe contribua beaucoup à 
donner le monde à un petit peuple de l'Italie. Ce serait donc une 
erreur de dire que Machiavel a inventé cette maxime; il n'a fait 
■qu'étudier l'histoire de la conquête romaine et en a tiré le précepte 
« divide et impera, » précepte qui a été depuis bien souvent mis en 
pratique. Personne n'en fit usage plus fréquemment que Louis XI, 
pour abattre les grands vassaux; que Catherine de Médicis, pour 
conquérir et conserver le pouvoir. Dans des temps plus rapprochés de 
nous, l'Angleterre a été souvent accusée de trop bien connaître la 
maxime de Machiavel. 



DIXI. 

(J'ai dit.) 

Mot qui terminait autrefois une argumentation philosophique. — Mo- 
hère n'a pas manqué de clore par ce mot le double galimatias des deiix 
médecins qui traitent M. de Pourceaugnac. 



DOCTUS CUM LIBRO 

(SaTant avec le livre.) 

Se dit de ceux qui, incapables de penser par eux-mêmes, étalent 
une science d'emprunt, et puisent toutes leurs idées dans des livres. 



DONEC ERÎS FELIX^ MULTOS NU3IERABIS AMICOS. 

(Tant que vous serez henreui, vous aurez beaucoup d'amis.) 

Ainsi parle Ovide exilé, et il ajoute : 

« Si le ciel se couvre de nuages, vous serez seul. » 

Le vieux poète Rutebeuf a dit avec finesse : 

Ce sont amis que vent emporte, 

Et il ventait devant ma porte. , 

M. Ponsard en a donné aussi une heureuse traduction dans sa comédie 
l'ÎIomcur et V Argent . 

Heureux, vous trouverez des amitiés sans nombre, 
Mais vous resterez seul si le temps devient sombre. 

4 



62 FLORE LATINE. 

Cette idée de l'isolement qui se fait autour du malheureux a fomni 
au P. Félix une telle image. Après avoir parlé du renîment de saint 
Pierre, l'éloquent orateur compare Jésus-Christ, abandonné de tous, h 
un arbre dont le feuillage épais a longtemps servi d'asile à des milliers 
d'oiseaux ; le bûcheron arrive, et, au premier coup de hache, tout s'enfuit, 
l'arbre reste seul, solus eris. 



DULCES REMIXISCITUR ARGOS. 

(Il revoit ea souvenir sa chère Argos.) 

Anthor, le compagnon d'Hercule, l'ami d'Évandre, avait suivi Énée 
en Italie. Dans un comhat contre Mézeuce, l'infortuné Anthor reçoit 
Tin trait destiné au héros troj^en. 

« 11 tombe et, mourant, il revoit en souvenir sa chère Argos, » 
c'est-à-dire la patrie, le foyer paternel. 

Si le pathéticfLie est ce qui émeut le cœur et dispose à répandre des 
larmes , qu'y a-t-il de plus touchant que le tableau de ce jeune 
guerrier qui se rappelle en mourant sa douce patrie et jette vers elle 
un dernier regard! 

DULCIA LIIVQUI3IUS ARVA. 

(Nous abandonnons nos chères campagnes.) 

Après la bataille de Philippes, Auguste avait donné pour récom- 
pense à ses soldats les biens de ceux qui avaient embrassé le parti 
contraire. Le petit domaine du père de Virgile fut enveloppé dans ce 
partage, mais le jeune poète fut rétabli dans son modeste domaine. La 
première églogue est un chaut de reconnaissance et un remercîment à 
l'empereur. — Mélibée, chassé de son patrimoine, raconte ses malheurs 
à TitjTC, personnage allégorique qui n"est autre que le père de Virgile : 
« Assis à l'abri de ce hêtre touffu, tu essayes sur ton chalumeau des 
accords champêtres; nous, nous abandonnons les champs paternels 
et nos douces campagnes. » 



APPLICATION. 

Bans les phrases suivantes, Icléve remjilacera chaque tiret par Vune des 
locutions latines exidiquées ci-dessus. 

Le jeune Horace blessé, fuyant devant les trois Curiaces pour 
séparer ses adversaires , mettait en pratique la maxime : — . 



FLORE LATINE. 63 

Celui dont les titres sont de fraîche date n'est point vraiment 
noble ; un certain nombre de quartiers est absolument nécessaire 
pour la cérémonie du — . 

Ce qui frappe surtout dans Victor Hugo , c'est la hardiesse de 
son style, l'éclat et ToriginaUté de ses images ; retranchez la rime, 
détruisez les vers, vous retrouverez toujours — . 

Pamphile, — , recueille et note précieusement les bons mots 
qu'il trouve dans les livres ou dans les journaux, et ne manque 
pas de les répéter ensuite comme de lui. 

Il est d'heureuses contrées que le voyageur enchanté quitte à 
regret, et ce n'est pas seulement en s'éloignant de sa patrie qu'on 
répète avec un soupit : — . 

Pour la plupart des hommes , un ami est un complaisant qui se 
prête à leurs goûts, à leurs caprices, et partage leurs plaisirs. De 
tels amis disparaissent avec la fortune : — . 

Un grand nombre d'exilés venaient d'être embarqués; les uns 
se plaignaient amèrement, d'autres frémissaient de colère, d'autres 
disaient en pleurant : — . 

Grétry se présente à l'académie des pliilliarmoniqucs de Bo- 
logne, on le soumet aux épreuves, il en sort triomphant; et les 
philharmoniques chantent en chœur : — . 

Caton terminait tous ses discours au Sénat par ces paroles : « Et 
do plus il faut détruire Carlhage ! » Pour lui, ces mots rempla- 
çaient le — . 

Dans une visite au Jardin des Plantes, nous vîmes une lionne 
qui avait l'air mélancolique des nouveaux détenus. C'était triste à 
voir comm-e elle pleurait et comme elle semblait regrettor le sable 
absent de sa douce patrie : — . 

Tel hémistiche, tel vers, telle période de Lemercier, ne seraient 
pas désavoués par les grands maîtres. C'est quelquefois Piabelais, 
Aristophane, Lucien, Milton, — , à travers le fatras d'un parodiste 
de Chapelain. 

Dans toute espèce de discussion, c'est un grand mérite de poser 
les questions si nettement qu'elles ne laissent pas de place au — . 



64 FLORE LATINE. 

Oîdipe sur le trône était entouré de courtisans et de flatteurs; 
décliu et aveugle, il n'avait pour le conduire que sa fille Antigone: 

Supprimez le sentiment, les actions ne sont plus que des phé- 
nomènes physiques ; le devoir se résout dans les penchants, la 
vertu dans le plaisir : c'est la morale d'Épicure. — . 

Le souvenir de la patrie ne quitte jamais l'exilé : il la revoit 
dans sa pensée , dans ses rêves , dans ses espérances et à son der- 
nier soupir, — . 

Messieurs les jurés, livrez-moi lestement cette scélérate au bour- 
reau et vous ferez acte de citoyens vertueux, indépendants, fermes, 
éclairés. — . 

Les parties d'un édifice gothique cachées par les masures sont 
ordinairement fort laides; les parties dentelées, ouvragées, com- 
posées réellement avec harmonie, membres séparés d'une pensée 
j'ai-t^ — ^ demeurent au contraire exposées à l'admiration du pu- 
blic. 

Comment se fait-il que vous ayez mis une semaine à faire un 
voyage que vous pouviez faire en quelques heures ? « — : cela dé- 
pend du chemin que l'on choisit; j'ai pris celui des écoliers. » 

L'ancien adage : Fomente les divisions pour régner, — , est 
affreux. Il faut régner pour éteindre les divisions. 



LEÇON XIV. 

DURA LEX, SED LEX. 

(Loi dure, mais c'est la loi.) 

Maxime absolue, qui doit toutefois s'arrêter dans la limite de cet 
autre adage : « Summum jus, summa ivjuria, trop grande justice est in- 
justice. » 

ECCE HOMO! 

(Voilà l'homme !) 

Paroles que prononça Piîate, lorsqu'il montra aux Juifs Jésus-Christ 
ayant à la main un roseau pour sceptre et une couronne d'épines sur 
la tète. 



FLORE LATINE. 05 

Ces mots se disent au figuré et familièrement d'un liomme pâle et 
maigre : il a l'air d'un ecce homo: ou à Tarrivée d'une personne impa- 
tiemment attendue : Ecce homo. 



EGO SUM QUI SUM. 

(Je suis celui qui est.) 

C'est-à-dire l'Être des êtres, l'Être suprême. Paroles du Seignem' à 
Moïse. Employés allégoriquement, ces mots renferment une idée de 
persistance, de dm^ée, de constance. 



EliEU! FUGACES LABUNTUR ANNi! 
(Hélas! les années s'enfuient rapidement!) 

« Hélas ! s'écrie Horace, Posthume, cher Posthume, les années s'en- 
fuient rapidement ! » 
J.-B. Rousseau dit dans une de ses odes : 

Le moment passé n'est plus rien, 
L'avenir peut ue jamais être; 
. Le présent est l'unique bien 

Dont l'homme soit vraiment le maître. 

C'est la philosophie du temps, c'est celle d'Horace ; mais avec quelle 
grâce mélancolique Horace parle de la fuite des ans ! Quelle sensibilité 
dans cette strophe : « Il faut laisser ton champ, ta demeure, ton épouse 
hien-aimée î De ces arbres que tu cultives, nul, excepté l'odieux cyprès, 
ne te suivra, ô possesseur d'un jour ! » 



EJUSDE3I FARlIViî3. 

(De la même farine, de la même pâte.) 

Se dit presque toujours en mauvaise part ou sous forme de plaisan- 
terie. C'est ainsi que Molière fait dire à M- Purgon : « Ce qui me plaît 
en lui (Thomas Diafoirus, son fils), et en quoi il suit mon exemple, c'est 
qu'il s'attache aveuglément aux principes de nos anciens, et que jamais 
il n'a voulu comprendre ni écouter les raisons et les expériences des 
prétendues découvertes de notre siècle touchant la circulation du sang, 
et autres opinions de la même farine. » 



06 FLORE LATINE. 

ENSE ET ARATRO. 
(Par Yéiyée et par la charrue.) 

Devise du citoyen qui sert son pays, en temps de guerre par soi 
épée, en temps de paix par la charrue, c'est-à-dire par les travaux 
de l'agriculture. C'était la devise du maréchal Bugeaud. Cet homme 
illustre appliqua pendant plus de six années son génie à justifier sa 
nohle devise : Ense et aratro. Il écrasa la gi'aude insurrection excitée 
par Ahd-el-Kader, vainquit le Êlaroc à Isly, attira des colons euro- 
péens, fonda des villages, ouvrit des routes et poussa vivement la co- 
lonie dans la voie du progrès agricole. 



EriCUP»! DE GREGE PORCUM. 

(Pourceau du troupeau d'Epicure.) 

C'est ainsi qu'Horace ne craint pas de s'appeler, moins pour se ra- 
valer bénévolement au-dessous des brutes que pour enchérir ironique- 
ment sur le langage des stoïciens, dont l'austérité excédait le juste 
milieu où se retranchait sa philosophie. Cependant le mot est resté, à 
cause de son pittoresque, pour désigner les hommes ensevelis dans la 
matière et dans les jouissances grossières des sens. 

E PUR SI MUOVE! 

(Et pourtant elle se meut!) 

Galilée proclama le premier cette vérité aujourd'hui si vulgaire : « La 
terre est ronde et elle tourne sur elle-même. » Comme il semblait se 
mettre amsi en contradiction avec le passage des Ecritures qui nous 
montre Josué arrêtant le soleil, il fut condamné à rétracter ce qu'il 
avait dit. Il obéit à cette sentence, mais en répétant, avec la convic- 
tion du génie : « E pur si muove ! Et pourtant elle tourne ! » 

ERGO. 

(Donc.) 

Ce mot se rencontre à chaque ligne dans les disputes des scolasti- 
qiies; de là viennent ergoteur, ergoter, ergoterie. Aujourd'hui ergo se 
trouve le plus souvent dans des raisonnements présentés sous forme 
de plaisanterie. 



FLORE LATINE. G7 

ERITIS SICUT DU 

(Vous serez comme des dieux.) 

Paroles tirées de la Genèse : ' 

« La femrae répondit : Nous mangeons de tous les fruits du paradis; 
seulement le Seigneur nous a défendu de manger et mémr- de toucher 
à Tartre qui est au milieu du paradis, de peur que nous ne mou- 
rions. 

» Le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez nullement ; Dieu sait 
que le jour où vous m ingérez de ce fruit vos yeux seront ouverts, et 
vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. a 



APPLICATION. 

Dans les phrases suivantes, l'élève remplacera chaque tiret 'par Vune des 
locutions latines exiiliquées ci-dessus. 

Liicullus dépensait cent mille sesterces pour un seul repas; à 
quel titre ses concitoyens l'admiraient-ils ? — . 

Quelques médecins ont voulu innover et faire tout le contraire 
de ce qu'on avait fait jusqu'à eux; ils se sont dit : « On se sert 
dans les pansements, depuis la guerre de Troie, de bandes longues 
et étroites, — , il faut n'employer que de petits morceaux de linge 
larges et courts. » 

Tout en s'ccriant dans des moments de mélancolie : — , on 
continue à vivre comme si la vie devait durer toujours. 

Les charlatans, les acrobates et autres industriels — sont plus 
assurés d'avoir un auditoire que certains professeurs en Sorbonne. 

Dieu, qui sait tout, définit tout ; il parle, et en parlant il définit 
tout ce qu'il nomme , sans en excepter lui-même ; car il a dit en 
se définissant divinement : — . 

A vingt ans nous pouvons être aussi près de la mort qu'à soixante; 
le jour de demain ne nous appartient pas : — . 

Sardanapale avait composé son épitaplje ; « Je n'ai fait que man- 
ger et boire; tout le reste n'est rien. » Il aurait pu dire en moins 
de mots : — . 



68 FLORE LATINE. 

Après quelques années de séparation, deux amis sont tout éton- 
nés de se retrouver avec des rid'.'s au front et des cheveux blan- 
chis : — . 

Les Espagnols ont voulu coloniser le nouveau monde avec le 
premier cle ces mots « — , » en dédaignant le second, et ils ont 
fait de leur conquête une vaste solitude. 

L'inventeur ne se décourage pas, après mille essais infructueux, 
il se dit encore : « Je dois réussir ! » — . 

Les hommes faibles sont toujours à la merci des fourbes, qui 
font briller à leurs yeux un avenir plein de séductions menson- 
gères : — . 

L'homme est physiquement plus fort que la femme ; aussi, chez 
les peuples qui ne connaissent pas les délicatesses de la civiUsation, 
l'homme est le maître et ia femme obéit : — . 

Boileau lit passer sous le fouet de ses satires les Cotin , les Pra- 
don, les Chapelain et autres écrivains — . 

Admirez la force de ce raisonnement : « Il est prouvé que 
l'électricité ne diffère qu'en moins de ce terrible et mystérieux 
agent que l'on nomme la foudre ; — , ce n'est pas Dieu qui 
tonne. » 

Pie YI, prisonnier, était arrivé à Valence ; le peuple, entourant 
la maison , l'appelait à grands cris ; le vicaire de Jésus-Christ se 
traîne à une fenêtre et, se montrant à la foule, dit : « — ! » 

Quelques esprits chagrins nient le progrès ; pendant qu'ils dis- 
cutent entre eux si le monde marche, le monde répond par le fait, 
il continue de marcher : — . 

Après avoir versé son sang sur les champs de bataille pour dé- 
fendre sa patrie, riiabitant des campagnes rentre dans ses foyers 
pour la nourrir par son travail. Lui aussi pourrait prendre cette 
devise : — . 

Le dix-neuvième siècle est un siècle puissant et fort ; partout il 
cherche des instruments, dût-il après faire des victimes; irrésis- 
tible, impitoyable, il ne se laisse pas discuter, il s'impose en disant 
à tous : — . 



FLORE LATINE. 09 

Le luxe dit à tous, en exaltant l'imagination et surexcitant les 
désirs : « Soyez mieux nourris, mieux logés, mieux vêtus, et vous 
serez comme des dieux, — . » 



LEÇOxN XV. 

ERRARE HUMANU3I EST. 

(Il est de la nature de l'homine de faillir.) 

Paroles tirées de l'Écriture : 

« Faillir est de l'homme, mais persévérer est diabolique. » 

E SEMFRE BENE. 

(Toujours bien.) 

Locution familière aux Italiens, qui répond à l'axiome des opti- 
mistes, si spirituellement tourné en ridicule par Voltaire : Tout esti'Our 
le mieux dans le meilleur des rnondes possibles. 

EST MODUS IN REBUS. 

(En tout il y a des bornes.) 

« En toutes choses, dit Horace, il y a une mesure, des bornes fixées, 
au delà et en deçà desquelles ne peut être le vrai. » 

Cette pensée s'explique d'elle-même et répond à peu près à ce dis- 
tique trivial : 

Faut d' la vertu, pas trop n'eu faut : 
L'excès eu tout est un défaut. 



ETIAM PERIERE RUINiE. 

(Les ruines mêmes ont péri.) 

Paroles mélancoliques du poète Lucain, auteur de la Vharsale, racon- 
tant la visite de César aux ruines de Troie. 



70 FLORE LATINE. 

ETIAMSI OMNES, EGO NON. 

(Quand même tous, moi nou.) 

« Quand tout le monde vous renierait, je ne vous renierais point. » 
Paroles de saint Pierre à Jésus-Christ, dans le jardin des Oliviers. 



ET IX ARCADIA EGO! 

(Et moi aussi j'ai vécu en Arcadie !) 

L'Arcadie, chantée par les poètes anciens à cause de l'abondance de 
ses pâturages, de la beauté de ses trouppaux, de Imnocencc et de la 
pureté de ses mœurs, fut regardée comme un pays clir-ri des dieux. 
Parmi les tableaux du Poussin, celui qui a ces mots pour épigraphe 
mérite d'être distingué à cause de la philosophie poétique dont il est 
empreint. Aa milieu d'un paysage d'Arcadie est un groupe de quel- 
ques arbres, près desquels a été construit un tombeau qu'examinent 
attentivement plusieurs personnes, et sur lequel on a placé une inscrip- 
tion remarquable par sa simplicité : Et in Arcadia ego. De jeunes ber- 
gers, une femme, un vieillard viennent de la lire ; il semble que celui 
dont ils foulent les ossements leur adresse ces paroles : Et moi aussi 
fai vécu en Arcadie. Cette idée de la mort affecte chacun des person- 
nages et répand dans leur cœur une certaine mélancolie, par la pensée 
si naturelle qu'un jour aussi ils quitteront cette terre, où ils sont heu- 
reux. 



ET NUNC ERUDÏMINI. 
(Et maintenant soyez instruits.) 

Et nunc, reges, intelligite; erudimini, qui judicaîis terram! 
« Et maintenant, rois, comprenez; instruisez-vous, vous qui jugez 
la terre. » 

Ces paroles du Psalmiste, dont Bossuet s'est si éloquemment servi 
dans son oraison funèbre de la reine d'AngleteiTe, sont la consécration 
de cette vérité, que les malheurs des rois sont pour les autres rois la 
plus éclatante et la plus instructive des leçons. 

EURÊKA. 

(J'ai trouvé.) 

On raconte qu'Arcliimède , étant au bain , décourat la loi de la pe- 
santeur spécifique des corps , et que cette découverte lui causa tant de 



FLORE LATINE. 71 

joie qu'il se liâta de sortir du taiu et retourna chez lui à moitié nu, 
en Cîiant : Eurêka! c'est-à-dire j'ai trouvé! Ce mot grec est devenu 
proverbial. 



EX ABRUPTO. 

(Brusquement, saus préparation.) 

Ces mots désignent le brusque début d'un orateur qui , sûr des dis- 
positions de son auditoire ou dominé par une passion irrésistible, entre 
en matière sans préambule. L'exorde ex ahruyto est en réalité, comme 
le dit Cicérou, la suppression de l'exorde. 

EX ^QUO. 
(A titre, à mérite égal.) 

Ces deux élèves ont obtenu ex œquo le prix d'excellence. ^ 



APPLICATION. 

Dans les -phrases suivantes, Vélêve remplacera chaque tiret par l'une des 
locvAions lutines expliquées ci-dessus. 

Les multitudes sont inconstantes : les mêmes hommes qui 
criaient hier : Vive le Roi ! crient aujourd'hui : Vive la Ligue ! 
Demain ils crieront de nouveau : Vive le Roi ! — . 

Suivre une ligne de conduite que ne puissent modifier ni les 
circonstances, ni les personnes, et prendre pour devise : — , est 
la marque d'un caractère mâle et fortement trempé. 

On a blâmé certains hommes de ce qu'ils étaient plus royalistes 
que le roi ; l'excès de zèle est souvent plus dangereux que l'indif- 
férence : — . 

Parmi tous ces tombeaux somptueux qui renferment la dépouille 
des morts illustres, il n'en est pas un peut-être sur lequel on pût 
inscrire i'épitaphe du berger : « — ! Et moi aussi j'ai été heu- 
reux ! » 

La nouvelle de la mort d'une personne qui nous est chère peut 
amener les plus graves accidents, si elle est annoncée — , 



72 FLORE LATINE. 

Bossuet, seul de tous les politiques de son temps, a compris 
Cromwell ; le premier il a osé dire aux rois : — , instruisez-vous ! 

Il ne faut pas confondre l'énergie avec l'entêtement ; dire : 
— , lorsqu'un a contre soi le sentiment public et la raison, c'est 
agir en insensé. 

Lorsqu'on voit des hommes éclairés ajouter foi aux mensonges 
de l'astrologie, de la cartomancie, de la chiromancie, comment ne 
pas dire : — ? 

La maréchale d'Ancre avait fait tuer un coq blanc dans la pleine 
lune , fallait-il pour cela brûler la maréchale d'Ancre ? — . 

On ne régénère pas un peuple — ; on ne transforme pas ses 
mœurs, on ne corrige pas ses vices, on ne lui crée pas des forces 
avec une charte ou un décret. 

La plupart de ceux qui sont allés en Californie à la poursuite de 
l'or, y sont morts de misère ou en sont revenus plus pauvres qu"à 
leur départ : — . 

Que de villes, autrefois célèbres, ont entièrement disparu de la 
terre et n'ont laissé aucune trace qui puisse faire connaître positi- 
vement l'emplacement qu'elles occupaient ! Des palais, des monu- 
ments qu'elles contenaient, rien ne subsiste plus : — . 

— ! Et moi aussi j'ai bu aux bords des précipices du Taygète; 
et moi aussi j'ai entendu dans ce fortuné pays résonner la double 
mer d'Ionie et de Corinthe. 

Ce serait une histoire curieuse que celle des découvertes dont 
s'enorgueillit l'esprit humain ; le plus souvent le hasard seul aurait 
le droit de dire : — . 

Au jour du jugement dernier, l'ignorant et le savant, le pauvre 
et le riche seront jugés par Dieu — , leurs mérites pèseront seuls 
dans la balance. 

Si l'on pouvait avoir un dictionnaire des langues sauvages, on y 
trouverait certninement les restes d'une langue antérieure parlée 
par un peuple éclairé ; il en résulterait que la dégradation est ar- 
rivée au point d'effacer ces derniers restes : — . 



FLORE LAÏlxNE. 73 

Homère aveugle mendie son pain, le Tasse est exilé, Camoëns 
meurt à l'hôpital; mais on admire, on applaudit Pradon : — . 

L'égoïste se tient chaudement en hiver, boit frais en été, dort 
tranquillement et laisse aller le monde comme il va, — . 

Il faut accorder plus de conliance à la nature qui parle à nos 
yeux, qu'aux savants qui raisonnent; les savants sont des hommes 
et... — . 

Demandez à Newton ce que pèse n'importe quelle couronne 
d'empereur à côté de la découverte de l'attraction. Quand ce cri : 
— , put sortir enfin de sa poitrine dilatée par l'émotion, il'tomba 
évanoui et foudroyé par Vextase. 



LEÇON XYI. 

EX CATHEDRA. 

(Du haut de la chaire.) 

Cette locution, par allusion sans doute à la chaire des prédicateurs 
et des professeurs qui parlent avec autorité en dominant leur auditoire, 
s'emploie le plus souvent par ironie , à propos de rhomme qui parle 
d'un ton dogmatique et tranchant , avec morgue et pédantisme : Les 
demi-savants parlent toujours ex cathedra. 



EXEGI 3I0KUMENTUM. 

(J'ai achevé un monument.) 

Horace parle du monument, plus durable que l'airain, qu'il s'est élevé 
par ses écrits. 

Dans l'antiquité, les hommes célèbres se décernaient à eux-méme-s 
l'immoi'talité, sans blesser les convenances et les usages reçus. Ulysse, 
dans V Odyssée, dit devant Alcinoiis : «Je suis Ulysse, le fils de Laërte, 
connu de tous les mortels par mon adresse, et dont la gloire s'élève 
jusqu'aux astres. » Dans VÉnctde , le héros troyen dit de lui-même : 
« Je suis le pieux Énée ; la renommée a porté mon nom jusqu'aux 
astres. » 

Parmi les modernes, Comeille a dit avec fierté : 

Je ne dois qnï moi seul tente ma renomra'-'e. 

5 



74 FLORE LATINE. 

EXPENDE ANNIBALEM... 

(Pèse Annibal ..) 

Réflexion philosophique de Juvénal, qui répond au « Yanitas vanita- 
tum » de YEcclésiaste (vanité des vanités, tout est vanité), ou encore au 
« Sic transit gioria mundi » (ainsi pas?e la gloirp humaine). 

« Pèse Annibal , combien de livres de cendres dans ce grand capi- 
taine? » 

Victor Hugo a dit : 

Le pèlerin pensif, contemplant en extase 

Ce débris surhumain, 
Serait veau peser, à genoux sur la pierre, 
Ce qu'un Napoléon peut laisser de poussière 

Dans le creux de la main. [Ode à la Colonne.) 



EXPERTO CREDE. 

(Croyez-en celui qui en a fait l'expérience.) 

On ajoute ordinairement Roherto, croyez-en Robert 

Est-ce en souvenir de Robert Sorbon, fondateur de la Sorbonne ? La 
chose n'est pas invraisemblable, si l'on considère l'immense renonmiée 
de science, de judicieuse sagesse et de haute raison que la docte com- 
pagnie conserva pendant des sif-cles. Ce qui appuie cette opinion, 
G"est que la thèse pour être reçu docteur en Sorbonne, se nommait 
hoberîint. 



EX FROFESSO. 

(Eu homme qui connaît parfaitement la matière.) 

Traiter une question tx professe, c'est l'exposer avec toute l'exactitude 
possible, comme un professeur le fait pour un sujet qu'il a étudié spé- 
cialement. 



EXTRA MUROS. 

(Hors des murs.) 

Maison située extra mures, hors des murs, hors de l'euceinte d'une 
ville. 



FLORE LATINE. 75 

EX UNGUE LE ON EU. 

(Ou reconuaitle lion à la giiffe.) 

On reconnaît le lion à la profondeur des blessures faites par sa 
griffe puissante; on reconnaît à certaines traces particulières laissées 
dans leurs créations diverses, le poète, le peintre, le sculpteur, l'iiomme 
de génie ; dans un sens plus général, ou reconnaît un grand peuple aux 
ruines qui lui ont survécu. Telle est la signification allégorique du 
proYerbe latin ex ungue leonem. 



EX VOTO. 

(Par suite d'iia vœu.) 

Les ofFi'andes ex voto ont été léguées au christianisme par les peuples 
de l'antiquité, qui en consacraient un grand nombre à lears divinités, 
avec une inscription destinée à en rappeler l'origine. Ce mot est devenu 
français. 

FACIT INDIGNATIO VERSU3I. 

(L'indignation fait jaillir le vers.) 

Juvénal, bnilant d'.écrire contre la corruption des mœurs de son 
temps, débute ainsi : 

Si natura negat, facit indignatio versum. 
« Si la nature ne m'a pas fait poète, l'indignation fera jaillir le vers. » 
BoileaUj dans sa première satire, a paraphrasé ainsi Juvénal : 

Et quel homme si froid ne serait plein de bile 
A l'aspect odieux des mœiirs de cette ville ? 
Qui pourrait les souffrir? et qui, pour les blâmer, 
^Malgré Muse et Pliébus n'apprendrait à rimer? 
IS'on, non, sur ce sujet, peur rimer avec grâce, 
Il ne faut point monter au sommet du Parnasse; 
Et sans aller rêver dams le douMe vallon, 
La colère suffit, et vaut un Apollon. 

Le satirique latin exprime tout autant et plus fortement en un seul 
vers. Juvénal s'attaque à la corruption de son siècle, ce sont les mau- 
vais poètes qui échauffent la bile de Boileau; et les mœurs d"une 
Messriline inspirent une indignation plus forte que les méchants vers 
de Pradon. 

Régnier a aussi imité le poète latin : 

Et souvent la colère inspire de bons vers. 



76 FLORE LATINE. 

FAMA VOLAT. 

(Le bruit, la renommée vole.) 

La Renommée, pour les anciens, était une déesse au vol puissant, 
infatigable, et dont les cent bouches faisaient retentir autant de trom- 
pettes. 



APrilCATION. 

Bans les iihrases suivantes, l'clcve remplacera chaque tiret par l'une des 
loculions latines expliquées ci-dessus. 

Nous entrons tout neufs dans la vie, a dit un écrivain, et Tex- 
périence des pères est perdue pour les fils; c'est en vain qu'ils leur 
répètent : — . 

— , peut-on dire à chaque page de ce recueil qui ne parut 
qu'après la mort de Pascal sous le titre de Pensées. 

Je reconnais que vous parlez avec assurance, comme un doc- 
teur — , mais je trouve vos poumons plus solides que vos argu- 
ments. 

Un des discours en vers de Lefranc de Pompignan est tout entier 
contre la calomnie, et il se distingue des autres par la chaleur et 
la véliémence que l'auteur y répand. C'est sa propre cause qu'il 
défend et ses ennemis qu'il combat : — . 

Si l'on consulte le Moniteur après le départ de l'île d'Elbe, on y 
trouvera la marche graduée de Napoléon vers Paris, avec les mo- 
difications que son approche produisait dans les opinions des jour- 
naux. « L'antliropophage est sorti de son repaire. » « L'ogre de 
Corse vient de débarquer au golfe Juan. » « Le tigre est arrivé à 
Gap. » (( Le monstre a couché à Grenoble. » « Le tyran a traversé 
Lyon. » « L'usurpateur a été vu à soixante lieues de la capitale. » 
« Bonaparte s'avance à grands pas, mais il n'entrera jamais à Paris. » 
« Napoléon sera demain sous nos remparts. » « L'Empereur est 
arrivé à Fontainebleau. » « Sa Majesté Impériale a fait son entrée 
hier au château des Tuileries, au milieu de ses fidèles sujets. » 

C'est r — du journalisme; il aurait du ne rien faire depuis, car 
il ne fera rien de mieux. 



FLORE LATINE. 77 

La plupart des folles prodigalités des Romains, au siècle d'Au- 
guste, s'exécutaient fort sérieusement; la gourmandise avait se;3 
lois : Apicius en avait rédigé le code dans un ouvrage — . 

La religion' catholique a compris la nécessité d'attacher les âmes 
par des signes matériels : elle ne laisse pas une place dans s-'s 
temples sans la couvrir de tahleaux, de statues, de sentences ou 
d'— . 

Si vous avez confié votre secret à quelqu'un , ne vous étonnez 
pas qu'il soit divulgué; quelques heures suffiront pour qu'il soit 
répandu en cent lieux divers , — • 

Que reste-t-il, dix ans après leur mort, des hommes qui ont 
rempli le monde du bruit de leur nom? Un peu de poussière : — . 

On voit tous les jours des hommes se prononcer — sur des ques- 
tions dont ils ne savent pas le premier mot, et dont ils ne prennent 
pas la peine de s'instruire. 

Un des grands bonheurs des boutiquiers parisiens, c'est de faire 
le dimanche une promenade — . 

La morale doit avoir une grande place dans les cours des profes- 
seurs, et, sans l'enseigner — , ils doivent la mêler à leurs leçons 
de littérature ou d'histoire. 

Il ne suffit pas d'avoir en soi le germe du génie, il faut en- 
core que des circonstances heureuses lui viennent en aide et le 
développent. Il n'est pas de grand homme qui ne doive un — à la 
fortune. 

Ce qui donne tant de force à la calomnie, c'est la rapidité avec 
laquelle se répandent les discours malveillants : la renommée a des 
ailes, — . 

Occupons-nous de notre âme et négligeons les biens matériels, la 
gloire, la richesse, les honneurs! Qu'est-ce que tout cela aux portes 
du tombeau ? — . 

Parmentier, qui a vulgarisé la culture de la pomme de terre, 
peut dire mieux que les Alexandre et les César : — . 

Souvent deux paysages, situés à de grandes distances, se res- 
semblent dans tous leurs détails : les animaux mêmes y sont trom- 
pés. Une girafe, débarquée à Marseille, fut dupe d'une pareille 
illusion en se promenant — . 



78 FLORE LATINE. 

II n'est pas de douanes moins tracassières que les douanes autri- 
chiennes. Glissez vingt sous dans la main du plus farouche doua- 
nier^ — , il ouvrira à peine vos malles. 

Beaumarchais n'était pas habitué aux luttes judiciaires, mais la 
nécessité de se défendre lui inspira un chef-d'œuvre d'éloquence 
et d'esprit : — . 

Quand même le tableau d'un grand maître ne porte ni date, ni 
signature, les gens de l'art le reconnaissent au premier coup d'œii ; 



LEÇON XYII. 

FAR NIEIVTE, 

(Ne rien faire.) 

Charme résultant d'une inaction absolue de corps et d'esprit. C'est 
surtout dans les climats chauds qu'on peut en sentir toute la douceur. 
Le lazzarone de Naples est le plus parfait modèle du far nienîe. Les 
Orientaux ont le kùf, qui ne diffère que par le nom du far niente des 
Italiens et des Espagnols. 



FAVETE LINGUIS. 

(Faites silence.) 

On trouve dans le cinquième livre de VÉncide : Ore favete omnes, 
mots qui ont le même sens : c'était la formule que prononçait le prêtre 
avant de commencer le sacrifice, pour commander, sinon un silence 
absoluj du moins l'abstention de toute parole profane. 

— fee'^ ^Do ■■ 

FELIX CULPA! 

(Heureus3 faute!) 

Paroles transportées d'une homélie de saint Augustin dans l'hymne 
Exxdtet jam angelica turba cœlorum, qui se chante le samedi saint, pen- 
dant la bénédiction des cierges : 

felix culpa, quœ lalem ac Uintv.m ineruit habere redemi)torem! 

« Heureuse faute, qui a mérité un si giand rédempteur ! » 



FLORE LATINE. 1<3 

Saint Augustin appelle une henreiise faute le pécbé originel, qui a 
mérité aux hommes la gloire d'être rachetés par le Fils de Dieu. 



FERVET OPUS. 

(Le travail marche activement.) 

Expression employée par Virgile pour peindre le travail empressé 
des abeilles. 

FESTIÎSA LENTE. 

(Hâtez-vous lentement.) 

Cette pensée se retrouve dans ce vers d'un sens profond : 

Le temps n'épargne pas ce çpie l'on fait sans lui. 

Boileau a dit : 

Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage, 
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. 

... Il laisse la tortue 
Aller son train de sénateur; 
Elle part, elle s'évertue, 
Elle se hâte avec lenteur. 

La Fontaest:, le Lièvre et la Tortue, 



FIAT lux! 

(One la linnière soit faite !) 

« Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière fut, » 
Cette parole créatrice est devenue la devise de toute grande dé- 
couverte. 

On représente généralement l'inventeur de Timpiimerie tenant un 
rouleau de papier à demi déployé sur lequel on lit ces mots : ¥iat lux. 
— Le discours sur la Méthode a été, au dix-huitième siècle, le f.at lux 
de la philosophie. 

FIDUS ACHATES. 

(Le fidèle Achate.) 

Achate était le plus fidèle et le plus assidu des compagnons d'Énée. 
Aassi dit-on, le plQS souvent en plaisantant, un fidèle Ach-de, pour 
désigner un ami très intime. 



80 FLORE LATINE. 

FINIS COKONAT OPUS, 

(La fin couronne l'œuvre.) 

S'emploie en honne et en mauvaise part pour marquer que la fin 
d une chose est en rapport avec le commencement. 



FLUCTUAT IVEG MERGITUK. 

(Il flotte sans être. submergé.) 

Devise de la ville de Paris. Construite dans une île dont la forme offre 
quelque ressemblance avec la coque d'un navire^ la ^ieille Lutèce avait 
pris pour armes un vaisseau. A une époque beaucoup plus rapprochée 
de nous, une devise fut ajoutée à ces armes -parlantes : Flucluat nec mer- 
(jit'jr. C'était une allusion aux nombreux orages qui avaient soulevé 
les flots contre les flancs du navire sans pouvoir le sulDmerger. 

Le choix d'un vaisseau est aussi attribué à une autre cause : les 
mutes ou mariniers parisiens, contemporains de César, furent l'origine 
de la puissaate coi'poration des Marchands de Veau, qui prit plus tard 
la dénomination de hanse, et forma, par la suite, le corps municipal de 
Paris. 



FORTUNATE SEjXEX! 
(Ilenreux vieillard I) 

C'est Mélibée, le pasteur exilé, qui adresse ces paroles à Tityre: 
« Heureux vieillard! ainsi tes champs te resteront! Ils te suffisent, bien 
que resserrés d'un côté par un rocher stérile^ de l'autre par un marais 
fangeux et couvert de joncs. » 

Ce champ dont parle Virgile, ce petit domaine, c'était son propre 
patrimoine. 

« Malheur à celui qui ne sent pas le charme de ce vers et peut le 
lire sans verser quelques larmes, » a dit Fénelon. 



APPLICATION. 

dans les phrases suivantes, Vélève remijUcera chaque tiret par Vune des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

Les vers que Racine met dans la bouche du grand prêtre , au 
moment où il est saisi de l'esprit prophétique, sont une majes- 
tueuse paraphrase du — des anciens. 



FLORE LATINE. 81 

Un soir, au réfecluire, au lieu d'une leelure insipide que li.s 
quatre cents élèves s'apprêtaient à ne pas écouter, on entend lire 
un bulletin de victoire daté de Lutzen , oiî les grands noms de 
l'histoire moderne se croisent et s'entrechoquent comme dans un 
conflit d'armées ; le champ de bataille est décrit, les mouvements 
militaires esquissés à grands traits, et le tout est accompagné d'une 
proclamation oi^i l'auditoire croit reconnaître le grand style de l'Em- 
pereur. Le lendemain tout se découvrit; l'auteur du récit, du bul- 
letin, de la proclamation et de la bataille, c'était l'élève Salvandy. 
Il y avait là une de ces fautes , — ! qu'il n'est pas donné à tous 
de commettre, et qu'on punit en les admirant. 

C'est un grand bonheur pour un jeune homme d'avoir un ami 
de son âge, un — , avec lequel il met tout en commun, joies et 
chagrins, bien-être et privations, idées, sensations, espérances. 

L'homme qui met sa confiance en Dieu supporte les coups de 
la fortune sans jamais se laisser abattre : — . 

Le dix-neuvième siècle est le siècle de la vapeur et de la grande 
vitesse : — n'est point sa devise. 

Ami à l'excès du — , Rivarol avait laissé passer le terme où son 
dictionnaire devait être achevé, qu'il n'avait pas encore fait un 
seul article. 

L'Assemblée constituante conçut et organisa du premier coup 
l'instruction publique dans toute sa grandeur ; le — fut prononcé 
sur la tète du pauvre , et la lumière se fit. 

Nous marchons à grands pas, écrivait un conspirateur, et chaque 
jour nous incorporons de nouveaux et fei'vents néophytes dans le 
complot : — . 

A toutes les époques de notre histoire, Paris a fait lionneur à 
cette glorieuse devise, toujours vraie, malgré tant d'orages, — . 

Malherbe avait écrit : 

Et Rosette a vécu ce que vivent les roses... 

Vne faute typogpaphique , — , lui fit dire : 

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses... 

5. 



82 FLORE LATINE. 

C'est seulement lorsqu'il a traversé les orages de la vie, que 
l'homme trouve avant de mourir quelques instants de repos et de 
bonheur sans mélange : — . 

Les Anglais, les Hollandais, et en général tous les peuples Hvrés 
à l'activité commerciale, ne connaissent pas le — . 

La forge est en feu, les soufflets grondent bruyamment, les mar- 
teaux retombent en cadence sur l'enclume, — . 

Les rois comme Louis XI n'ont point de — , et ils ne sauraient 
en avoir ; ils ne croient pas au dévoûment. 

Mes bons amis, — ; ne m'accablez pas de questions. Pour vous 
donner des détails, il faut d'abord, selon tous les principes de la 
logique, que je les connaisse moi-même. 

Il ne reste rien à désirer au vieillard qui voit grandir autour de 
lui ses enfants et ses petits enfants, — ! 

Ce siècle a vu naître la navigation à vapeur, les chemins de fer, 
la photographie, la télégraphie électrique ; il cherche l'art de diri- 
ger les ballons : ce sera le couronnement de l'œuvre, — . 

C'est surtout au moment d'entreprendre une gueM"e qui coûtera 
la vie à des milliers d'hommes qu'un sage monarque doit se sou- 
"venir du précepte : — . 

La première fois que l'enfant fait usage de la parole, une lu- 
mière nouvelle entre dans les ténèbres de son intelligence, un 
— s'opère en lui. 



LEÇON XYIII. 

-^FRONDE SUPER VIRIDI. 

(Sur le vert feuillage.) 

Tityre offre rhospitalité à Mélibée errant : « Cette nuit, tu peux la 
passer avec moi, couché sur un vert feailluge. Nous avons des fruits 
mûrs, des châtaignes douces et du laitage en abondance. » 



FLORE LATINE. 8S 

ERONTI NULLA FIDES. 

(Il ne faut avoir aucune confiance au front de l'homme.) 

Juvénal flétrit l'hypocrisie et s'élève contre de prétendus philosophes 
qui osaient s'ériger en censeurs des mœurs puhliques, tandis qu*ea 
secret ils se livraient aux plus honteux désordres. 

FUGIT IRREPARABILE TEMPUS. 

(Le temps s'enfuit, perdu pour toujours.) ' 

Fin d'un vers de Virgile. 

Dans la fable qui a pour titre le Lièvre et la Tortue, La Fontaine 
a mis en action le vers de Virgile. Le lièvre compte sur sa vitesse, ii 
s'amuse, mais le temps perdu ne se répare pas... et la tortue arrive au 
hut avant lui. 

La pensée de Virgile se retrouve dans ce vers de Perse : 

... Hoc quod loquor inde est, 
traduit ainsi par Boileau : 

Le moment où je parle est déjà loin de moi. 

L'imitation de Boileau frappa -vivement , si l'on en croit Brossette, 
le grand Arnauld, à qui 1 epitre est adressée. Voici ce qu'il raconte : 
« Boileau, qui se levait ordinairement fort tard, était encore au lit la 
première fois qu'il récita cette épItre à M. Arnauld, qui était venu le 
visiter. Quand le poète en fut à ce vers, il le prononça d'un ton léger; 
tout à coup Arnauld se leva de son siège et se mit à marcher fort \\Xe. 
par la chambre, répétant à plusieurs reprises : « le moment où je parle 
est déjà loiyi de moi^ » 

« Ménagez le temps, c'est Vétoffe dont la vie est faite, » disait h 
bonhomme Richard. 

On raconte que le chancelier d'Aguesseau, habitué à se rendre dans 
la salle à manger aussitôt qu'on l'avertissait, et ayant remarqué que 
sa femme le faisait attendre régulièrement quelques minutes, fit 
disposer dans un coin, sur un pupitre, de petits carrés de papier qu'il 
remplissait pendant cet intervalle. Au bout d'un certain temps, les 
petits carrés de papier formaient un livre. 

FURIA FRANCESE. 

(La furie française.) 

Gilbert Cousin a donné pour origine à cette expression italienne la 



84 FLORE LATINE. 

remarque faite par César et par quelques autres historiens, que « les 
habitants des Gaules ont toujours été à la guerre plus que des hommes, 
surtout dans le premier choc. » 

Aristote donne le nom à'audace cellique à cette intrépidité qui fait 
qu'on se précipite dans le danger en se jouant de la vie. 



GENUS IRRITABILE VATUM. 

(La race irritable des poète?.) 

Expression d'Horace. 

Eu ridiculisant Pradon, Cotin, Pelletier, Cassagne, Chapelain et tous 
les mauvais poètes de son temps, Boileau s'attendait au genus irritabile 
xatum d'Horace : « Quaud je donnai pour la première fois mes satires 
au public, dit-il dans une préface, je m'étais bien préparé au tumulte 
que rimpression de mon livre a jeté sur le Parnasse. Je savais que la 
nation des poètes, et surtout des mauvais poètes, est une nation farouche 
qui prend feu aisément. » 

GOD SAVE THE KING! 

(Dieu sauve le roi !) 

Chant national des Anglais. La loi salique n'existant pas en Angle- 
terre et les Anglais pouvant avoir une femme pour souveraine, le 
dernier mot est tantôt king, roi, tantôt que-^n, reine. 

GRAMMATICI CERTANT, 

(Les savants ne sont pas d'accord.) 

Grammatici , chez les anciens, avait un sens beaucoup plus étendu 
que chez nous le mot grammairien. Le mot grec gramma signifie lettre, 
et par conséquent grammaticus désigne celui qui s'occupe des lettres, 
un liUéraUur, 



GROSSO MODOt 

(En gros.) 

Se dit de tout ouvrage ébauché, qu'on se réserve d'achever, de per- 
fectionner plus tard. 



FLORE LATINE. S5 



UAliEAS CORPUS. 

(Aie ton corps, garde ton corps } 



Premiers mots dune loi célèbre, qui, en Angleterre , donne à tout 
accusé le droit d'attendre en liberté son jugement moyennant caution. 
En France, la loi n'accorde pas à l'accusé le bénéfice de l'habeas corpus. 



HABEJiUS CONFITEIVTEM REUJf. 

(Nous avons un accusé qui avoue.) 

Après le triomphe de César, un grand nombre des partisans de 
Pompée furent rappelés à Rome. Les frères de Ligarius conçurent 
l'espoir d'obtenir pour lui la même faveur. Jlais sa cause était bien 
différente : il avait été fait prisonnier en Afrique, peu de jours après 
la bataille de Thapsus. Or, le dictateur, clément envers les citoyens 
qui avaient suivi Pompée et combattu à Pharsale, conservait un vif 
ressentiment contre ceux qui s'étaient attachés à Métellus Scipion, à 
Varus et à Juba, roi de Mauritanie, pour lui faire la guerre en Afrique, 
S'il leur avait laissé la vie, c'était en leur défendant de jamais repa- 
raître à Rome. Cependant les sollicitations des frères de Ligarius, auxquels 
s'étaient joints Cicéron et plusieurs sénateurs, n'avaient pas été sans 
effet, et ils. commençaient à espérer, lorsque Tubéron, ennemi per- 
sonnel de Ligarius, connaissant les vrais sentiments du dictateur, se fît 
publiquement l'accusateur de Ligarius, et, secrètement encouragé par 
César, porta l'affaire devant les tribunaux. Le dictateur se réserva le 
jugement. Cicéron défendit Ligarius. Vainement le juge s'était promis 
d'être inflexible : l'éloquence triompha d'un vainqueur irrité et lui 
arracha la grâce de l'ennemi le plus odieux. 

Le discours de Cicéron, animé, rapide, inspiré, le plus pathétique et 
le ijlus entraînant peut-être que nous ait laissé l'antiquité, passe pour 
un des plus beaux monuments de l'habileté et de l'adresse insinuante 
de l'orateur romain. 

César se fait un plaisir d'écouter Cicéron; depuis plusieurs années 
il n'a pas entendu le grand orateur; mais il est en garde contre les 
séductions de l'éloquence. 11 est sûr de sa haine; la condamnation de 
Ligarius est signée, et les tablettes qu'il a dans ses mains contiennent 
l'arrêt de l'accusé. Cicéron sait que César, loin de lui donner l'atten- 
tion d'un juge, ne l'écoute qu'avec la maligne curiosité d'un auditeur 
prévenu. Il entre tout d'abord en matière, et sans entreprendre ni de 
justifier Ligarius, ni de contester les faits, il avoue tout, il reconnaît 
Ligarius coupable; il déclare qu'il n'attend rien de la justice, il ne 
compte que sur la clémence du juge. S'adressant dès le début à Tac- 



86 FLORE LATINE. 

cusateur, il lui dit : « Eabes igitur, Tubero, quod est accusatori maxime 
optandum, confitcntem reum. — Ainsi, Tubéron, vous avez ce qui est le 
plus à désirer pour un accusateur, l'aveu de l'accusé. » 



APPLICATION. 

Dans les ^phrases suivantes, Vélève remplacera chaque tiret ^ar Vune des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

Dans les livres de tous les temps et de tous les peuples, on trouve 
répété à chaque instant le — ; ce qui n'empêche pas ceux qui écri- 
vent, lisent ou répètent ces mots, de se plaindre des heures qui 
durent un siècle. 

A moins d'avoir été témoin d'une bataille , il est impossible de 
se faire une idée de l'irrésistible puissance de la — . 

La médecine n'est pas toujours d'accord avec la poésie : passez 
la nuit comme Méiibée, — , et vous aurez chance de vous réveiller 
avec une courbature et un violent mal de tête. 

Napoléon , qui s'était remis volontairement au pouvoir de l'An- 
gleterre, invoqua en vain 1' — comme un moyen de se soustraire 
à la déportation. 

L'écolier pris sur le fait cherche encore à nier sa faute, et il est 
bien rare que le maître puisse dire ; — . 

Ceux qui voudraient voir introduire dans nos lois cette faculté 
de r — dont les An^ilais se montrent si fiers n'ont pas remarqué 
peut-être que, si elle paraît belle en effet au point de vue de la 
liberté, elle choquerait nos principes d'égahté, puisque ceux-là 
seuls à qui leur fortune permet de fournir une caution, quelque- 
fois fort élevée, peuvent en faire leur profit. 

L'homme au masque de fer était-il un frère de Louis XIV, ou' 
Marchiali, ou le duc de Monmoulh, ou même le surintendant 
Fouquet ? — . 

En été, l'on voit dans la campagne les amis de la belle nature 
assis en cercle autour de provisions étalées — et se livrant aux 
charmes du repas cliampêtre. 



FLORE LATINE. 87 

Longtemps avant Molière et même avant Horace, on voyait des 
auteurs se fâcher tout rouge quand on se permettait de critiquer 
leurs œuvres : — . 

L'école moderne de philosopliie a mis en pratique les principes 
qui avaient été posés — par Bacon et par Descartes. 

En Orient, le bain dure une iieure, et les Turcs, qui ne se tour- 
mentent pas comme nous du — , passent ensuite une heure ou 
deux à sommeil. er dans une placide indolence. 

— ; la vieille souris le savait, lorsqu'elle conseillait à son jeune 
souriceau de se métier des airs doucereux- du chat. 

Une circonstance qui ajoute à l'horreur du meurtre des enfants 
d'Edouard, c'est que l'homme chargé d'avertir les assassins devait 
pour signal chanter le — . 

Nous entrons dans Je couvent; nous remplissons de bruit cette 
demeure du calme et du silence. Les bons pères, qui sont tous 
Espagnols, sont un peu étonnés... Des Français! disent-ils, la — . 

A Waterloo, les deux armées victorieuses échangèrent leurs 
félicitations mihtaires ; les Prussiens jouèrent le — , et les Anglais 
rendirent les compliments par trois acclamations en l'honneur des 
Prussiens. 

Qu'était-ce au juste que la nymphe Égérie? Une ruse de Numa 
ou une allégorie imaginée par les historiens? — . 

Tout auteur est poète , en ce sens qu'il appartient au — , à cette 
race irritable qui veut bien qu'on la loue , mais que la moindre 
critique indispose. 

11 existe chez l'homme un intérieur qu'il faut approfondir; la 
plupart des défauts se couvrent de l'extérieur de l'honnêteté et du 
manteau de Thypocrisie. il serait donc imprudent de choisir ses 
amis à la mine : — . 

Ce n'est pas gagner du temps que de faire les choses — ; car 
le plus souvent on est obligé de les recommencer. 



88 FLORE LATINE. 

LEÇON XIX. 



IIABENT SUÀ FATA LIBELLI. 

(Les livieà ont leur destinée.) 

Ce mot, attribué tour à tour à Horace, à Ovide, à Martial, appar- 
tient au grammairien Terentianus Mauius, autem^ du poème de Syllabis 
(des Syllabes). 

Ces mots ne s'appliquent pas seulement aux livres, mais à toutes 
choses sujettes à éprouver l'inconstance de la fortune et les caprices 
du sort. 

HIC. 

(Ici, c'est ici.) 

Quand les lin-es étaient rares, les lecteurs mettaient souvent à côté 
des endroits remarquables, le monosyllabe hic, abrégé de hic sisten- 
dum, hic adverlendum. (Ici il faut s'arrêter, faire attention); de cet 
usage est venue la façon de parler proverbiale : c'est là le hic ; c'est- 
à-dire la principale difficulté de l'affaire, l'argimient le plus fort de la 
cause. 



HIC ET NUNC. 

(Ici et maintenant.) 

C'est-à-dire : immédiatement et sans délai. 



HIC JACET. 

Kicigit.) 

Inscription tumuiaire. Toutes les grandeurs du monde, tout le bruit 
qui se fait autour d'un homme pendant sa vie aboutissent à ces deux 
mots : Hic jaat. 

HOC ERAT IN VOTIS. 

(Voilà ce que je désirais.) 

o Voilà ce que je désirais, dit Horace : un petit bien de campagne 
d'une étendue modeste, avec un jardin, une source d'eau vive près de 
la maison, et un petit bois... » 



FLORE LATINE. 89 

HOC OPUS, UIC LABOR EST. 

(C'est une entreprise, c'est un travail difficile.) 

Énée s'apprête à descendre aux Enfers. Il consulte la sibylle de 
Gumes^ qui lui répond : « La descente aux Enfers est facile; la porte 
du noir empire est ouverte nuit et jour. Mais, revenir sur ses pas et 
revoir la lumière, c'est une entreprise, c'est un travail difficile... » 

HODIE MIHI, CRAS TIBI. ♦ 

(Aujomd'luii moi, domain toi.) 

Locution proverbiale; une des mille formes sous lesquelles se pré- 
sente cette idée si comnmne des vicissitudes liumaines, de la mort. 



HOMO HOMIÎVI LUPUS. 

(L'homme est un loup pour Tliomme.) 

Pensée de Plante, dont la justesse n'est que trop évidente. 



H03IO SUM, ET HU3IAM MlilL A 3IE ALlE.\'Ux>I PUTO. 

(Je suis liomme, et rien de ce qui touche un homme ne m esi étranger.) 

Vers célèbre de Térence. 

La page suivante d'un moraliste est comme l'historique de ce beau 
vers : 

« Il faut descendre jus(iue vers le temps où parut Jésus pour trouver 
chez les anciens quelques accents d'humanité analogues à son Évan- 
gile. Hormis un vers de Térence, quelques mots de Cicérou, quelques 
phrases de Sénècpie, l'antiquité tout entière n'a rien d'où l'on puisse 
conclure , je ne dis pas la solidarité réciproque du genre humain et 
l'unité de l'espèce humaine, mais la fraternité des hommes, dans l'ac- 
ception la plus A^ulgaire. La première fois que le sentiment de l'hu- 
manité collective s'exprima à Rome, ce fut un affranchi, un enfant de 
Carthage, enlevé à sa famille et nourri parles Romains comme esclave, 
f|ui le formula, et cette formule était si nouvelle qu'elle frappa d'éton- 
nement tout le monde. « La preiidère fois, dit saint Augustin, qu'on 
» entendit prononcer à Rome ce beau vers de Térence : 

Homo sum, et hamani nihil a me alienum puto, 

» il s'éleva dans l'amphithéâtre un applaudissement universel ; il ne 
» se trouva pas un seul homme dans une assemblée si nombreuse, corn- 



90 FLORE LATINE. 

» posée (le Romains et des envoyés de toutes les nations déjà soumises 
» ou alliées à leur empire, qui ne parût sensible à ce cri de la nature.» 
Ce cri était nouveau, en effet, et il est remarquable, je le répète, que 
ce soit un affranchi qui ait fait entendre aux Romains ce cri précur- 
seur de l'Évangile. » 
Le vers suivant de Méro^^e peut être rapproché de celui de Térence. 

C'est un infortuné que le ciel me présente : 

7/ suffit qu'il soit homnie et qu'il soit malheureux. 



H ors OS ALiT ART ES. 

(L'honneur nourrit les arts.) 

Un souverain n'est véritablement grand qu'à la condition de faire 
tri lier sous son règne les lettres ei les arts. 



APPLICATION. 

Dans les phrases suivantes, Vélève remf lacera chaque tiret par l'une dei 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

Les Romains, qui n'avaient qu'un seul et même mot, hûstis, 
pour dire étranger et ennemi^ ces Romains, qui ri;»ent au Cirque, 
pleuraient pourtant, cUt-on, comme pouvaient pleurer de pareils 
hommes, en entendant au théâtre l'acteur s'écrier : — . 

Égaler, surpasser Corneille, tel fut le désir constant de Racine, 
telle fut l'ambition de toute sa vie : — . 

— , c'est ce que le cercle de Popilius faisait entendre à Antio- 
chus d'une manière aussi énergique qu'originale. 

L'écrivain qui ferait un recueil des erteurs de ses confrères en 
littérature pourrait prendre pour épigraphe l'inscription qui se lit 
sur la porte des cimetières : — . 

Il en est de certains pays comme de certains livres, qui, jetés 
dans le monde avec toutes les conditions possibles de succès, res- 
tent oubliés et méconnus jusqu'à ce qu'un heureux hasard les ar- 
rache à leur obscurité : — . 

Si Louis XIV a vu naître sous son règne tant de génies divers, 
c'est que jamais priuce n'a su plus noblement les encourager : — . 



FLORE LATINE. 91 

C'est sur un champ de bataille couvert de morts et de mourants, 
de membres sanglants et dispersés, que l'un se sent porlé à répé- 
ter : — ! 

La certitude d'une résurrection future diminue considérable- 
ment aux yeux d'un chrétien i'horreur naturelle qu'inspire cette 
inscription fatale qui nous attend tous ; — . 

Faire un livre est chose assez facile ; mais faire un bon livre , 
voilà le — . 

Rencontre-t-on dans un livre une belle pensée rendue avec na- 
turel , pas un lecteur qui ne di-e : « Cela est beau , j'en aurais 
fait autant. » Cette présomption prouve bien que la pensée est 
naturelle, mais non qu'elle serait venue à Tesprit de toute espèce 
d'écrivain. Ce n'est pas assez qu'une belle pensée soit dims un 
sujet, il faut l'y voir et l'en tirer, et voilà le diflicile : — . 

L'homme n'a pas plus tôt atteint ce qu'il désirait qu'il dé.-ire autre 
chose ; c'est pour cela que si peu d'hommes peuvent délinir d'une 
manière précise leur — . 

Le débiteur redouterait moins la visite de son créancier s'il ne 
voyait suspendus sur sa tèt':^., comme une épée de Damoclès, ces 
mots terribles : Il faut me payer — . 

— ; cette belle maxime a été comme un éclair précurseur du 
christianisme; car les anciens n'avaient jamais prononcé de parole 
aussi large et qui s'appliquât comme celle-là à l'humanité entière. 

Raphaël, le Titien, Léonard de Vinci ont dû à la faveur de puis- 
sants princes une grande partie de leur gloire et de leurs succès : 



N'insultons jamais au malheur, de peur que celui qui en est 
victime ne nous réponde : — . 

Ces deux mots^ — , disent plus éloquemment que tous les dis- 
cours le néant et la vanité des choses de ce monde. 

L'art de régner par le discours eit tout entier dans l'art de re- 
muer les passions. C'est donc à toucher les cœurs que l'orateiu' doit 
surtout s'appliquer : — • 



92 FLORE LATINE. 

Les ballons s'élèvent majestueusement dans les airs; poussés 
par le vent, ils franchissent avec rapidité les distances et ne sont 
arrêtés par aucune barrière ; mais il faudrait pouvoir les diriger 
vers le but qu'on veut atteindre : voilà le — , et voilà peut-être 
ce qui rendra toujours la découverte des frères Montgolfier plus 
curieuse qu'utile. 

Si nous considérons le monde , nous y voyons tout en guerre : 
les espèces se dévorent, les éléments luttent ensemble; la société 
humaine est à bien des égards une lutte continuelle. Combien de 
philosophes ont trouvé que le plus cruel ennemi de l'homme était 
l'homme : — î 

Au Muséum d'histoire naturelle à Paris, le masque de Cartouche 
se trouve placé entre ceux de Voltaire et de Rousseau : — . 



LEÇON XX. 



HOPiRESCO REFEUENS. 

(Je frémis eu le racontant.) 

Exclamation doulomeuse d'Énée au moment où, dans son récit des 
malheurs de Troie, il arrive à la mort de Laocoon étouffé avec ses fils 
par deux serpents. Ces deux mots font un bel effet : ce qu'on raconte 
avec effroi produit plus sûrement l'effroi. 

Dans Ipliigéiiie, Achille parle ainsi à Agamemnon : 

On dit, et, satis horreia- je ne puis le redire, 
Qu'aujourd'hui, par votre ordre, Iphigénie expire. 

Quand Cléry, valet de chambre de Louis XYl, rédigea le journal de 
la captivité de son maître à la tour du Temple, il prit ces mots pour 
épigraphe. Jamais Vhonesco refercns du poète n'avait trouvé une appli- 
cation plus vraie et plus saisissante. 

Dans l'usage, ces mots, comme beaucoup d'autres empruntés à la 
muse antique, ne s'emploient guère que sur le ton de la plaisanterie. 



UOSTES nOSTÏS. 

(Tout étranger est un emiemi.) 

Maxime politique qui n'est autre chose que l'exagération d'un patrie- 



FLORE LATINE. 93 

tisme aveugle et exclusif. Nous aimons beaucoup mieux ce langage de 
routeur de Télémaque : « Je préfère mes amis à moi-môme , mes pa- 
rents à mes amis, ma patrie à mes parents, l'humanité à ma patrie. » 
Fénelon traduisait ainsi, avec un esprit éclairé par la charité chré- 
tienne, Vhomo sum de Térence. 

Comment ne pas se rappeler ici la plaisanterie qui se mêla, il n'y a 
pas encore beaucoup d'années , à de grands malheurs publics ? En 
France, on se console de tout par des chansons, et en 1815 on chan- 
soima nos amis les ennemis. 

Pour La Fontaine l'ennemi ce n'était pas V étranger, c'était le maitre, 
et il le disait en bon français. 

ILLICO. 

(Sur-le-champ.) 

Mot latin à peu près francisé : Il faut partir illico. 



IMPAVIDUM FElllENT RUIN/E. 

(Les ruines — du monde — le frapperont sans rémonvoir.) 

Telle est, dit Horace, l'inébranlable fermeté de l'homme juste, du 
sage. 

Que la mer se mutine, on que la foudre gronde, 
Que le ciel pleuve en feu sur ce globe écroulé, 

Battu des ruines du monde. 
Le juste aura péri, mais n'aura point tremblé. Lefèvre, 

Le baron des Adrets osa prendre cette belle maxime pour devise. 
C'est ici le cas de dire : Corruptio optimi itessima. 



I3IPERIU3I I>' IMPERIO. 

(Un État dans l'État.) 

Former mi État dans l'État se dit de tel ou tel parti politique qui 
cherche à se mettre au-dessus des lois communes et qui lutte avec le 
pouvoir constitué. 

IN ANIMA VILI. 

(Sur une âme vile.) 

Les expérimentations scientifiques se font d'ordinaire sur des ani- 



94 ~ FLORE LATINE. 

m.iux , c est-à-dîre sur de.« êtres dont la vie est regardée par rhorome 
comme de peu d'importance ou plutôt comme rieû. 

Voici une anecdote qui prouve qu'il est bon quelquefois de savoir le 
latin : 

Muret, érudit du seizième siècle, fut oMigé de fuir en Italie; sa 
pauvreté le força d'entrer dans un hôpit'il pour s'y faiie traiter d'une 
maladie trf'S-sérieuse. Les médecins dissertaient en sa présence, et, 
voulant tenter sur lui une expérience dont le sricccs était douteux, ils 
dirent en se servant d'un langage quMs supposaient imntelligiWe pour 
Muret : « Faciamus experimentum in anima viti. Faisons une expérience 
sur cette âme vile. » Mur t, se tournant vers celui qui avait parlé, 
lui dit avec indignation : « Appella^i vilem avimam pro qna mortmis est 
Christus ! Tu appelles vile une âme pour laquelle est mort Jésus-Christ I » 



IN ARTICUI.O MOPiTIS. 

(A Tarticle de la mort.) 

Donnerj recevoir l'aLsolution in articv.lo mortis. 

' ÏN CAUDA TENENUai. 

(Dans la queue le venin.) 

Le venin du scorpion est renfermé dans sa queue. Cette circonstance 
fit naître chez les Romains le proverbe in cauda venenum ; ils rarpli- 
quai^nt à la dernière partie d'une lettre ou d'un discours , qui , débu- 
tant sans fiel et sans malice, ne caressait d'abord que pour mieux 
frapper ensuite. 

INDE IR^. 

(le là la colèie.) 

« Lorsque l'ardent Lucilius, dit Juvénal à la fin de sa première sa- 
tire^ s'arme de sa plume comme d'un glaive mpnaçant, le criminel 
rougit et sent son cœur se glacer; la supur des remoids se répand 
dans son sein : de ià cdte colère et ces pleurs, avant- com'eurs de la 
vengeance. » 

IN EXTENSO. * 

(En entier.) 

C'est-à-dire dans toute son étendue : Transcrire un acte, un traité in 
extenso. 



FLORE LATINE. 95 



APPLICATION. 



Dans les pkras^'S suivantes, l'élève remplacera chaque tiret par Vune des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

Aucune catastrophe n'égale les horreurs d'un naufrage ; les mal- 
heureux échappés à la perte de îa Méduse ne dev-aient jamais com- 
mencer le récit de leurs souiïrances sans penser à 1' — du poète. 

Le sage, modeste dans la prospérité, ne se laisse pas abattre par 
l'adversité, par l'injustice ou l'ingratitude des hommes; les hommes 
et les choses peuvent changer, lui seul ne change jamais ; — . 

En écrivant les annales sanglantes de la Révolution, riiistorien 
est tenté de s'écrier à chaque instant : — . 

La belette et le lapin furent bien mal avisés de prendre pour 
juge Raminagrobis ; car ils ne furent pas plus tôt à sa portée quïl 
les étrangla — pour les mettre d'accord. 

On a dit avec raison que, dans une lettre écrite par une femme 
irritée, la vérit^We pensée se trouve toujours dans le post-scriptum : 

L'ancienne Université de France au moyen âge était si puissante, 
elle jouissait de tant d'immunités et de privilèges, qu'elle était vé- 
ritablement — . 

Les chefs des Grecs décernent à Ulysse les armes d'Achille, 
qu'Ajax lui disputait : — , de là les transports furieux du mal- 
heureux Ajax, qui finit par se donner la mort. 

Depuis quelques années, les savants font des expériences sur des 
animaux vivants, qu'ils soumettent à des tortures effroyables : — , 
disent-ils; soit, mais non pas sur des âmes insensibles. 

Rien ne pouvait émouvoir don Quichotte, ni les moulins à vent, 
ni les hôtelleries enchantées ; il aurait vu la terre s'entr'ouvrir 
sous les pas de Rossinante qu'il n'aurait pas tremblé : — . 

Si lùus les gouvernements ont proscrit et combattu les sociétés 
secrètes, c'est qu'elles menacent kiir sécurité en échappant à leur 
surveillance et en formant — . 



90 FLORE LATINE. 

Certains liommcs d'État ne connaissent qu'une vertu, le dévoû- 
nient à la patrie , la grandeur de la patrie poursuivie par tous les 
moyens, sans réserve des droits de l'étranger ni des droits de l'hu- 
manité : — . 

Quand , pour les besoins de sa cause , on veut invoquer, en le 
dénaturant, tel passage d'un grand écrivain , on se garde bien de 
le citer — . 

Rien n'est plus triste que le spectacle d'un homme condamné 
au dernier supplice et qui , plein de vie et de santé , n'en est pas 
moins — . 

Un malheureux mouton, auquel on ne pouvait reprocher aucun 
crime, fut la première victime de l'invention du docteur Guillotin, 
dont on fit l'essai — . 

En temps de guerre, un espion, quand il est pris, ne doit espé- 
rer aucune miséricorde; il est jugé, condamné et exécuté — . 

Dans les histoires de France les plus complètes, les traités de 
paix, les chartes, les traités d'alliance ne sont jamais rapportés — :' 
les historiens se contentent d'en donner des extraits. 

Paris, le berger troyen, donne à Vénus le prix de la beauté : — , 
de là le long ressentiment de Minerve et de Junon ; de là tous les 
malheurs de Troie. 

Si nous appartenons tous à la même famille, si tous les hommes 
sont frères, comment ne pas condamner cette maxime que des na- 
tions civilisées n'ont pas rougi d'adopter : — ? 

Vadius et Trissotin commencent par se combler mutuellement 
d'éloges et finissent par s'accabler d'invectives et d'injures : — . 

Le monde approcherait de la perfection si les hommes accom- 
plissaient pendant leur vie le quart des résolutions qu'il» prennent 



FLORE LATIN K. 97 

LEÇON XXI. 

o 

IN EXTRE3IIS. 

(Au dernier moment.) " 

Se confesser in exiremis : se marier^ faire son testament in extremis, 
c'est-à-dire à l'article de la mort. Dans un sens figuré, in extremis se 
dit d'une situation désespérée. 



IIS' FLAGRANTE DELICTO. 

(En flagrant délit.) 

Surprendre un coupable in flagrante delicto , c'est-à-dire au moment 
même où le délit est commis et par conséquent ne peut être nié. 



IN GLOBO. 

(En masse, en bloc.) 

Considérer,, apprécier une chose in glvbo, c'est-à-dire sans entrer dans 
les détails. 



IN HOC SIGNO VINCES. 

(Tu vaincras par ce signe.) 

Au moment où Constantin allait marcher contre Maxence, une croix 
de feu parut dans le ciel entourée de cette inscription : In hoc signo 
viaces. Constantin plaça ce signe mystérieux sur son étendard, et le fît 
peindre sur les boucliers, les casques et les armes de ses soldats. 



IN MANUS TUAS, D03IINE... 

(Entre vos mains, Seigneur...) 

Évangile selon saint Luc, ch. xxiv, yerset 47. 

« Alors Jésus, criant à haute voix, dit : « Mon père, je remets mon 
» âme entre vos mains. {In manus tuas, domine, commendo spiritum. 
» mevM. ) » Et, ayant dit c«la, il expira. » 

Le cri suprême du Sauveur a été répété par l'infortunée reine 



98 FLORE LATINE. 

d'Ecosse : Marie Stuart, au moment de se livi'er à la hache du bour- 
reau, se mit à genoux, et, s'inclinant sur le billot, elle prononça à 
haute voix ces paroles : In nianus tuas. Domine, coinmendo spirilum 
vièum. 



ÎN MEDIAS P*ES. 

(En plein sujet.) 

Horace dit dans son Art poétique : « Homère, dans son récit, vole 
vers le dénoùment et jette tout d'abord son lecteur au milieu de l'ac- 
tion. » 

IN MEDIO STAT VIRTUS. 

(La vertu est éloignée des extrêmes.) 

Même sens que notre pro-s^erbe : 

L'excès en tout est lui défaut. 



IN NATURALÎBUS. 

(Dans l'état de nudité.) 

Racine a su ennoblir cette pensée vulgaire en disant : 

Dans le simple appareil 
D'une beauté qu'on vieut d'arracher au sommeil. 

IN PACE. 

(En paix.) 

Nom qu'on donnait autrefois à un cachet où Ton enfermait pour 
toute leur vie ceux qui avaient commis quelque grande faute. Mettre 
un rehgieux in pace. — Les cachots de la Bastille étaient de véritables 
in ]^ace» 

IN PARTIBUS INFIDELIUM. 

(Dans les pays occupés par les infidèles.) 

Le titre d'évcque in partibus infidcliiim est purement honorifique et ne 
donne droit à aucune juridiction. On emploie ces mots, par extension 
et ironiquement, poiu^ désigner un dignitaire sans fonctions. Jacques II, 
à la cour de Louis XIV, était roi m imrîibus. 



FLORE LATINE. 90 

APPLICATION. 

Bans les phrases suivantes, Vclève remplicera chnque tiret par Twie des 
locations latines exidiquces ci-dessus. 

Les Spartiates, peuple essentiellement guerrier, s'habituaient de 
bonne heure au pillage par le vol; aussi ne punissait-on un voleur 
à Sparte que s'il se laissait prendre — . 

Fernand Cortez montra à ses soldats une statuette en bois de la 
Vierge, et leur annonça qu'elle lui avait été envoyée du Ciel comme 
un témoignage de grâce, comme une promesse de salut : — . 

La société se compose presque exclusivement d'optimistes , qui 
trouvent tout bien, et de pessimistes, qui trouvent tout mal; la 
vérité et le bon sens sont entre ces deux extrêmes : — . 

Talleyrand était — lorsque Louis-Philippe alla lui faire une 
visite. « Ah! sire, dit le célèbre diplomate, je souffre comme un 
damné. — Déjà ! » répondit le roi. 

L'historien ne doit pas se borner à définir — les grands siècles, 
mais il doit en raconter, en peindre successivement Ls diverses 
périodes. 

La Révolution française a fait disparaître pour toujours les ac- 
cusations illégales, les procédures secrètes, les tortures souter- 
raines, les cachots perpétuels, les — . 

Le vrai chrétien doit lutter avec énergie cimtre le danger, pour 
conserver cette vie qu'il tient de Dieu ; mais, quand il se voit sur 
le point de succomber, il doit oubUer son corps et penser à son 
âme : — ... 

Le roi de Sardaigne ajoute à ses titres celui de roi de Chypre et 
de Jérusalem ; on peut dire que c'est là une royauté — . 

Quelques banquiers ont des caisses munies d'un appareil qui 
fait partir un coup de pistolet et met en mouvement un carillon, 
et le voleur est saisi — . 

Les chevaliers, non moins pieux que vaillants, toujours exposés 
à trouver la mort sur un champ de bataille , demandaient à Dieu 
la grâce de ne pas expirer avant d'avoir dit leur — . 

>\( BI81I0THECA 



f 






X * 



iOO FLORE LATINE. 

11 y a des phares qui sont bâtis sur des rochers isolés au milieu 
de la mer ; le veilleur ne les quitte jamais : il vit dans sa solitude 
«3omme dans un — , sans autre distraction que le spectacle de la 
tempête. 

Le livre du père Quesnel fut d'abord condamné — ; la fameuse 
bulle Unigenitits fulminée par le pape Clément XI, signala ensuite 
cent une propositions de ce même livre. 

Les auteurs de mémoires se gardent bien de suivre le précepte 
d'Horace ; au lieu d'entrer tout de suite au cœur de leur sujet, — , 
ils font un long préambule. 

Les montagnards écossais ont conservé jusqu'à nos jours Tan- 
tique coutume de combattre presque — les ennemis de la Grande- 
Bretagne. 

Ceux qui veulent sincèrement réformer les abus doivent tout 
ramener à ce principe du christianisme : 'Aimez-vous les uns les 
autres ; on peut leur dire qu'en prenant cette maxime pour ban- 
nière , leur triomphe est assuré : — . 

Dans certaines circonstances, les gouvernements ont recours — 
à des expédients par lesquels ils s'efforcent de dissimuler une situa- 
tion désespérée , et de ramener un simulacre de crédit. 

L'esprit de parti conduit certaines personnes, d'ailleurs très-sen- 
sées, à condamner — tous les actes bons ou mauvais de leurs ad- 
versaires politiques. 

Aucune formule mathématique n'est plus exacte que la formule 
— , qui place la raison entre les extrêmes. 

Certains marquis ruinés sont de véritables marquis — : ils por- 
tent le nom d'une terre dont un autre mange les revenus. 

Ulysse, abordant — dans File des Phéaciens, devait avoir perdu 
beaucoup de ce caractère majestueux que le divin Homère donne 
à son héros. 



«.'f "•.•>{ Vf ♦*^1,#^ 



FLORE LATINE. 101 

LEÇON XXII. 



IN PETTO. 

(Intérieurement, dans le secret de la pensée.) 
Locution empruntée à la langue italienne. 



IN RERUM NATURA. 

(Dans la natui'e, dans la réalité.) 

Les Latins ne disaient jamais naiura pour signifier la nature, ils 
ajoutaient toujours le mot rennn, c'est-à-dire des choses. Mais, en fran- 
çais, natura rerum doit se traduire par : la nature. 



IN SECULA SECULORUM. 

(Dans les siècles des siècles.) 

Dans la liturgie latine , ces mots se retrouvent à la fin de presque 
tous les chants, de presque toutes les prières. On les emploie figuré- 
ment pour exprimer la longue durée d'une chose. 



INSTAR 031NIUM. 

(Comme tout le monde.) 

C'est-à-dire en suivant la foule, comme les moutons de Panurge. 



IN TENUI LABOR, AT TENUIS NON GLORIA. 

(Mince est le sujet, mais non la gloire de le traiter.) 

C'est le début du iv« livre des Gêorgiques , consacré aux aheiUes. 
L'iiistoire de ces petites républiques, qui vivent dans les ruches, his- 
toire si féconde en merveilles d'industrie, en traits de courage, en ca- 
tastrophes de guerre, est toute une Iliade en miniature, in tenui lahor, 
at tennis non gloria. 

On retrouve la même pensée dans ces deux vers de Voltaire : 

Qui dit sans s'avilir les plus petites choses, 

Fait des plus secs chardons des œillets et des roses. 

6. 



i02 FLORE LATINE. 

I^TER NOS. 

(Entre d6iis, dans rintimité.) 

C'est-à-dire : Confidentiellement. — Je ne voiidrais pas que cette 
histoire fût répétée, mais je puis vous la conter inter nos. 

INTEP» POCULA. 

(Le verre en main.) 

Pensée empruntée aux satires de Perse : « C'est le verre en main 
que les fils de Romulus, une fois repus, jugent les œuvres des poètes 
divins. » 

Boileau n*a pas outlié ce trait dans sa peinture du repas ridicule : 

Là, tons mes sots, enflés d'une nouvelle audace, 
Ont jugé des auteurs en maîtres du Parnasse. 



INTRiW MUROS. 

(Dans Tintérieur des murs.) 

Demeurer intra muros , dans l'intérieur de la ville. 

IN VINO VERITAS 

(Dans le vin la vérité.) 

L'homme est expansif dans l'ivresse; la vérité, qu'il ne dirait pas à 
jeun, lui échappe alors. 

INVITA WINERVA. 

(Malgré Minerve.) 

Expression tirée de VArt poétique d'Horace. 
Rimer malgré Minerve, se dit d'un auteur sans talent, sans inspira- 
tion , qui s'obstine à vouloir écrire quand même. 
Boileau a dit de Chapelain : 

Maudit soit l'auteur dur, dont l'âpre et rude verve. 
Son cerveau tenaillant, rima muUirè Minerve, 
Et, de son lourd marteau uiarte'.ant le bon sens, 
A fait de méchants vers douze fois douze cents. 



FLORE LATINE. 103 

Les six premiers vers de VArt poétique sont aussi le développement 
de la même idée : 

C'est en vain qn'an Parnasse un téméraire anteur 
Pense de l'art des vers atteindre la hauteur. 
S'il ne sent po'nt du ciel l'influence secrète. 
Si son astre, en naissant, ne l'a foimé poète, 
Dans son génie étroit il est toujours captif. 
Pour lui Phébus est sourd, et Pégase est réti^ 



APPLICATION. 

Bans les 'phrases suivantes, l'élève remplacera chaque tiret par Vune des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

La Chimère, les Sirènes, les Harpies et autres êtres monstrueux 
créés par le paganisme, n'ont jamais existé —, mais seulement 
dans l'imagination des poètes. 

Parmi les sciences humaines il en est dont l'étude a toujours 
,été, est et sera toujours, — , aride et ennuyeuse. 

Messieurs, dit un des convives, je ne puis m'associer à toutes 
les santés que vous venez de porter, et, bien que je trouve inu- 
tile d'être rigoriste — , je crois devoir faire mes réserves. 

Le conte, la fable, la nouvelle n'appartiennent pas à la haute 
littérature; c'est un petit genre, qui, tout petit qu'il est, contribue 
beaucoup à la gloire des lettres : — . 

François P"", prisonnier de Charles-Quint, signa le traité de 
Madrid, en se promettant — de n'en observer aucun article. 

Au moyen âge, quand une ville avait à soutenir un siège, on 
commençait par faire sortir les femmes, les enfants et les vieillards, 
et l'on ne gardait — que les hommes en état de porter les armes. 

— est une petite précaution oratoire qui annonce presque tou- 
jours une calomnie ou au moins une médisance. 

Singulier usage que celui des éloges académiques, où le plus sou- 
vent le panégyriste se bat les flancs pour élever, — , une statue à un 
brave homme tout au plus digne d'une miniature. 



104 FLORE LATINE. 

On a beau s'élever contre les préjugés, qui ne sont autre chose 
que des erreurs générales ; on déclame, on moralise;, et, à la pre- 
mière occasion, on obéit au préjugé — . 

Titius poursuit Mœvius pour un cheval noir prêté à Mœvius; 
certes^ il obtiendra jugement; mais s'il lui demande un cheval vert 
ou cramoisi, il faudra d"abord qu'il prouve qu'un tel cheval existe 
— ... Personne n'est tenu de plaider contre un non-sens. 

Quand vous verrez un homme assis en face d'un autre et lui 
verser force rasades, soyez sûr qu'il a besoin de le faire parler et 
qu'il sait que le vin est indiscret : — . 

Il y a des choses que tout le monde dit, parce qu'elles ont été 
dites une fois; par exemple, qu'après la bataille de Cannes, Annibal 
ne sut pas profiter de la victoire; on le répétera — . 

Les habitants des campagnes ne savent guère traiter les affaires 
autrement qu'à table, — . 

Quand on a le malheur d'être consulté par un prétendu poète, 
sur le mérite de ses vers, il est toujours assez difficile de lui faire 
entendre qu'il a tort de rimer — . 

Éviter les expressions communes, ne pas répéter les mêmes mots, 
savoir se servir à propos des conjonctions, des adverbes, voilà des 
finesses imperceptibles qui font en même temps la difficulté et la 
perfection de l'art d'écrire : — . 

Il est permis de constater historiquement, tout en respectant 
certaines convictions conservées — par quelques médecins, que la 
phrénologie est définitivement exclue du domaine de la science. 

Quand une personne confie un secret à une autre sous la sauve- 
garde de ces mots : — , on peut être sûr qu'il sera aussi bien gardé 
que celui de l'homme qui a pondu un œuf. 

Encore aujourd'hui, Thabitant d'une ville fortifiée, s'il se pré- 
sente après la fermeture des portes, risque fort de ne pas coucher 

L'homme supérieur ne se laisse jamais aller au plus léger excès 
de table; il ne veut pas s'exposer à dire ce qu'il doit tenir secret ; 



FLORE LATINE. lOiî 

LEÇON XXIIÏ. 



IPSO FACTO. 

(Par le fait seul.) 

Celui qui frappe un prêtre est excommunié ipso facto, c'est-à-dire 
sans qu'il y ait besoin d'un jugement, d'une condamnation. 



IRA FUROR BREVIS EST. 

(La colère est une courte folie.) 

Hémistiche emprunté à une épitre d'Horace : « La colère est une 
courte folie; maitrisez vos passions ; si elles n'obéissent pas, elles com- 
mandent. » 

IS FECIT CUI PRO»EST. 

(Celui-là a commis le crime, à qui le crime est utile.) 

Maxime de jurisprudence qui indique , pour ainsi dire , le premier 
jalon à poser dans la recherche des auteurs d'un crime, et qui dordi- 
naii'e se formule ainsi en français : « Cherchez à qui le crime profite, 
et vous trouverez le coupable. » 

Un homme est accusé d'un crime ; s'il est établi que ce crime lui a 
été et lui sera complètement, absolument inutile, les juges, en dehors 
du cas de folie ou d'ivresse , peuvent conclure que raccusallon est 
fausse. 



ITA DUS PLACUIT. 

(Ainsi Tout voulu les Dieui.) 

Formule de résignation passive qui a quelque analogie avec le mot 
fataliste des mahométans : C'était écrit. 



ITALIAM! ITALIA3I! 

(L'Italie! l'Italie!) 

Les Troyens, conduits par Énée, décomTent enfin les rivages de 
l'Italie, but de leurs longues courses : « Nous voyons au loin des col- 



106 FLORE LATINE. 

Unes obscures , et l'Italie sortant du sein des eaux. Italie ! s'écrie le 
premier Acliate; Italie ! répètent nifs compagnons, saluant cette teiTe 
d'un long cri de joie » Cette exclamation rappelle le cri des compa- 
gnons de Xénoplion , sortant enfin des longues solitudes de l'Asie : 
Thalassa ! Ihalassa ! La mer ! la mer ! 

L'ITHOS ET LE TA^TIIOS. 

(Les mœnrs oratoires et le pathétique.) 

L'orateur, comme le poète, doit mériter la confiance et la sympathie^ 
joindre l'autorité de la vertu à celle du talent, enfin donner une bonne 
opinion de ses actions, de ses principes, de ses mœurs. De là les mœurs 
oratoires, qui fournissent à l'orateur les mouvements affectueux, doux, 
insinuants, qui vont au cœur et y portent la confiance, et sont les auxi- 
liaires puissants de ces autres mouvements impétueux qui renversent, 
qui entraînent, et qu'on appelle les passions ou le pathétique. 

Les mœurs et les yasnons tenaient une grande plac^ dans les préceptes 
des anciens rhéteurs, parce qu'elles dominaient partout dans l'élo- 
quence ; çt la réunion de ces deux qualités , la douceur et la véhé- 
mence, constitue la perfection de Tart oratoire. Aussi Molière, voulant 
mettre dans la bouche de Vadius un compliment très-flatteur à l'adresse 
de Trissotin, ne trouva-t-il rien de mieux que-: 

On voit léguer chez vous VitJios et le pathos! 

Mais on abuse des meilleures choses, et, grâce aux Vadius et aux 
Trissotins, ces deux mots grecs sont devenus synonymes de galimatias, 
de style ampoulé, de langage prétentieux. 



JURAÎVE IN VERBA MAGISTRI. 

(Jurer par l'autorité du maître.) 

Horace proclame son indépendance littéraire et philosophique, et 
déclare qu'il n'accepte aveuglément l'antorité d'aucun maître, faisant 
allusion au mot célèbre des disciples de Pythagore, qui, pour soutenir 
ce qu'ils avançaient, se contentaient de cet argument : « Le maître l'a 
dit. » 

JURE ET FACTO. 

(De droit et de fait.) 

Le droit n'est pas toujours d'accord avec le fait; ainsi, pendant que 
Louis XVIII en exil se considémit comme étant de droit souverain de 

la France, Napoléon, à Paris, Tétait de fait. 



FLORE LATINE. 107 

JUUO. 

(Je le jure.) 

Mot qui rappelle en mènie temps une des scènes les plus comiqnes 
du Malade imaginaire et un tdste souvenir. Le malade imaginaire, au 
comble de ses vœux, est reçu docteur; il prête serment, et, à chaque 
promesse saugrenue que lui demande le président, il répond solen- 
nellement : Juro ! C'est en prononçant ce mot que Molière, déjà souf- 
frant, se rompit un vaisseau dans la poitrine, et quelques jours plus 
tard il était mort. Juro est donc le dernier mot qu'ait prononcé ce grand 
homme sur la scène. 

JUS ET NORMA LOQUENDI. 

(La loi du langage.) 

Fin d'un vers de VArt ipoêiique d'Horace : « Beaucoup de mots renaî- 
tront qui ont péri, et beaucoup périront qui sont maintenant en hon- 
neur, si tel est le caprice de l'usage, qm décide en maitre et qui règle 
les lois du langage. » 



APPLICATION. 

Bans les phrases suivanles, Vélève remidacera chique tiret par Vune des 
locutions, latines expliquées ci-dessus. 

Longtemps avant Boileau, on pouvait voir « l'honnête homme 
à pied et le faquin en litière; » la fortune est aveugle : — . 

Dans son discours de réception à l'Académie, l'évêque de Noyon 
étala dans toute sa splendeur V — : il comparait la Sorbonne à la 
montagne de Sion, le cardinal Richelieu à Moïse, le chancelier 
Séguier au prophète Élie. 

Vous jurez, dit-on au récipiendaire, de ne vous servir d'aucun 
remède, si ce n'est de ceux qui sont approuvés par la faculté? 
Je le jure; — ! 

Molière et Boileau portèrent le dernier coup à cette espèce de 
jargon précieux que Ihôtel de Rambouillet avait mis à la mode, et 
qu'on appela 1' — . 

De toutes ces morts violentes qui frayaient la route à César 
Borgia, qui aurait osé l'accuser, sans avoir des preuves à donner? 
Or^ il n'y avait contre lui que la maxime : — . 



lOS FLORE LATINE. 

Cliez les anciens, celui qui ne pouvait justifier de sa noblesse 
par su propriété était réputé esclave — ; Tindigence était le signe 
de la servitude. 

Dans le 3L.dade imaginaire , Thomas Diafoirus est un modèle 
de soumission et d'obéistiance passives. Ce n'est pas lui qui refu- 
serait de — . 

Henri IV, héritier des Valois, était de droit roi de France, mais 
il s'en fallait beaucoup qu'il le fût de fait. Il dut conquérir son 
royaume les armes à la main et devint enfin roi — . 

L'archevêque de Paris, exilé à Conflans, déclarait excommunié 
— quiconque lirait les arrêtés du parlement favorables aux jansé- 
nistes, et le parlement, par représailles, faisait brider les man- 
dements de l'archevêque par la main du bourreau. 

Un homme met le feu à sa maison après l'avoir assurée pour 
une somme au-dessus de sa valeur; les soupçons se portent d'abord 
sur lui en vertu de l'axiome : — . 

Certains mots sont voués au martyre: témoin mairie, que le 
peuple, auquel, dii-on, appartient — , prononce et écrit journelle- 
ment mai?,mie. 

Lorsque Virgile eut conçu l'idée de fondre les légendes naïves 
du Latium dans la brillante mythologie des Hellènes, et de faire 
remonter les origines de Rome jusqu'au fds de Vénus et d'An- 
chise, son poème fut trouvé. : — ! L'Enéide était créée. 

C'est sous l'empire de la colère qu'Alexandre tue Clitus, Tun 
de ses plus anciens et ses plus fidèles compagnons d'armes : — . 

Jamais école littéraire n'inspira plus d'enthousiasme que celle 
qu'on a appelée de nos jours l'école romantique : celte ardeur pas- 
sionnée, cette admiration sans bornes pour le maître rappelait les 
plus beaux temps de l'antiquité : — . 

Suivant certaine philosophie, les plus petits évéïiements du 
monde moral, comme les plus grands phénomènes du monde phy- 
sique, se succèdent nécessairement dans un ordre auquel nous ny 
pouvons rien changer : — . 



FLORE LATINE. i09 

Hors certains cas d'aliénation (et toute passion violente constitue 
une véritable aliénation momentanée, — ), l'homme a toujours le 
pouvoir d'obéir aux lois. 

Tant que se maintint en France l'antique principe de la légi- 
timité, les rois, investis d'une autorité absolue, furent vraiment 
rois — . 

Le fusil était d'abord un morceau de fer fondu , un simple bri- 
quet; l'arme à feu qui porte ce nom l'a tiré de la plaque de métal 
ibndu qui fait jaillir l'étincelle. Cet appareil a cessé d'être en usage 
et l'arme garde le nom de fusil, qui d'autre part ne s'applique plus 
au briquet, le tout en vertu de l'usage, — . 

En janvier 1794, Napoléon passa une nuit sur le col de Tende, 
d'où, au soleil levantjil découvrit ces plaines de la Lombardie qui 
étaient déjà l'objet de ses méditations : — ! 



LEÇON XXIV. 

JUSTUM AC TENACEM PROPOSITI VIRUM... 

(L'homme juste et ferme en son dessein...) 

Commencement d'une ode d'Horace, célèbre à plusieurs titres. 
(( Quand le monde brisé secroulerait , ses ruines accableraient sans 
l'émouvpir l'homme juste et ferme en son dessein. » Voir impavidum 
ferienî ruinœ. 

Un homme que les plus émînentes qualités ont recommandé à la 
postérité, Corneille de Witt, victime de la fureur des partis, fat, pour 
prix de ses longs services, livré aux tortures de la question et déchiré 
par les plus cruels tourments. On dit que, dans cette situation, il récita 
à haute voix la belle strophe d'Horace : Juslum ac tenacem... 

Cette strophe célèbre ofifre un rapport frappant avec ce beau passage 
du Psalmiste : 

« Quand même le globe chancellerait et que les montagnes se préci- 
piteraient vers la mer, nous ne craindrions point. » (Ps. XLV, verset 3.) 

J.-B. Rousseau a dit : 

Et si la nature fragile 
Etait à ses derniers moments, 
Nous la verrions d'un œil tranquille 
S'écrouler dans ses fondements. 



JIO FLORE LATINE. 

Voltaii'e a développé la même pensée : 

Les torrents impétnens, 
La mer qui gronde et s'élance, 
La fureur et l'insolence 
D'un peuple tumultueux, 
Des :Sers tyrans la vengeance, 
îs'ébranleut point la constance 
D'un cœur ferme et -vertueux. 



LABOR IMPROBUS OMNIA TINCIT. 

(Un travail opiniâtre vient à boat de tout.j 

Pensée tirée des Géoryiqves de Virgile. « Bientôt le fer retentit sur 
J'enclume, la lime aigiiisa les dents de la scie mordante; pour fendre 
le bois , les prenjiers hommes ne se servaient que de coins. Vinrent 
ensuite tous les arts ; un travail opiniâtre triompha de toutes les diffî- 
ailtés, et la nécessité enfanta l'industrie. » 



LAPSUS CALAMI. 

(Faute échappée à la plume.) 

Littéralement glkaade de la plume . comme lopsv.s Ungnœ vent dire 
glissade de la langue^ c'est-à-dire faute échappée à la langue dans la 
rapidité du discours. 



LAPSUS LINGUiE. 

(Fauta échappée à la langue.) 

Un homme d'esprit avait réuni à sa table quelques amis, parmi les- 
quels se trouvait un gros financier fort vain et fort ignorant , deux 
choses qui marchent souvent de compagnie. Au milieu du repas, un 
valet maladroit apporta sur un plateau d'argent une langue de veau 
à la sauce; maladroit, en effet, car en posant le mets sur la table, il 
répandit une partie de la sauce sur l'habit de son ma-tre. En homme 
î)ieu élevé, celui-ci cacha le reproche sous un .bon mot : v Messieurs, 
dit-il, c'est un lapsus lingv.œ. » Et tous les convives d'applaudir. Notre 
financier, qui ne comprit de ce trait que les applaudissements, le retint 
fidf'lement, bien résolu d'en faire usage à l'occasion. Un jour donc qu'il 
traitait à son tour, il fit à ^on domestique la recommandation expresse 
de l'inonder de sauce : il pensait, comme Ilemi IV, que l'honneur d'un 
ton mot vaut bien un habit. 



FLORE LATINE. Ht 

Or, parmi les plats offerts par notre amphitryon, figurait un magni- 
fique gigot de pré salé. «Voici le moment,» se dit le valet. Au même 
instant, une cascade d'un jus X'eu limpide tomba sur le financier. 
« Bah ! bah ! s'écria notre homme, c'est un laji^us lingaœ. » Chacun se 
regarda, étonné, car personne ne comprit. 

L'amphitryon 
rrétait pas conteut, ce dit-on. 



LASCIATE OGM SPKP^ATSZA, VOI CHE'NTRATEI 

(Laissez toute espérance, vous qui entrez!) 

Vers célèbre du Dant^e, çui est à la fois une imitation de Virgile et 
la fidèle expression du dogme de l'Eglise sur l'éternité des peines de 
l'enfer. L'Evangile -avait dit : Allez au feu éternel] 

Rivarol, paraphrasant le vers du Dante^ prête ce langage à la Porta 
des Enfers ; 

C €st moi qui tIs tomber les légions rebelles.; 
C'est moi qui vois passer les races crimineUesi 
C'est par moi qu'en arrive aux douleurs éternelles; 
La main qui fit les cienx posa mes fondements; 
3'ai de Thomme et du jour précédé la naissance, 
Et je dure au delà des temps; 
■ Entre, qui que lu sois, et iaisse l'espérance. 



LAUDATOPi TEMPORIS ACTI. 

(Faisant l'éloge du temps passé.) 

Fin d'un vers d'Horace. 

... Le vieillard, 
Difficile, grondeur, fàclieux dans ses discours. 
Champion du vieiu temps, prôneur des anciens jours, 
Blâme, pour les vanter, un présent qu'il envie. 

Traduction de RagoD. 

Horace , dans iine peinture dps différents caractères , rappelle ainsi 
d'mi trait un des défauts les plus habituels de la vieillesse. Quel homme 
n'est pas porté à faire comme le vieillard de Boileau, qui 

Toujours plaint le x^ésent, et vante le passé. 

« De mon temps, dit-on sans cesse, de mon temps tout allait mieux. »■ 
L'homme ne s'aperçoit pas que rien n'est changé que lui-même. « Le 
temps ne passe pas, a dit Pascal, c'est nous qui passons. » 



112 FLORE LATINE. 

LUCIDUS ORDO. 

(Ordre clair comme le jour.) 

« Si vous possédez bien votre sujet, dit Horace {Art poétique, vers 41), 
l'expression ne vous fera pas défaut, ni la clarté, lucidus ordo. La clarté 
est la qualité la plus essentielle du style ; or, la clarté nait de l'ordre. » 

MAGTE ANIMO! 

(Courage !) 

Paroles d'encouragement, qui se trouvent, légèrement modifiées, 
dans un vers de Virgile : « Courage, enfant, c'est ainsi que l'on arrive 
aux cieux ! » 

C'est Apollon qui adresse ces mots au jeune Ascagne. 

Louis XVIII avait un faible pour la langue latine. Il s'en servait, 
même dans les circonstances les plus graves et les plus critiques, 
lémoin cette question qu'il adressa à Dupuytren sur l'état du duc de 
Berry, quelques heures après l'attentat de Louvel, et à laquelle le 
grand opérateur, qui était meilleur chirurgien que latiniste, ne sut 
pas répondre. Cette manie royale donna lieu un jour à un quiproquo 
comique. 

On sait que les petits levers furent rétablis sous la Restauration; 
Louis XVIII s'y montrait très-aimable, très-spirituel surtout. Un jour, 
il congédia ses courtisans par ces deux mots d'encouragement: «JJ/acfe 
animo! — Tiens ! dit un marquis à l'un de ses voisins, qu'a donc Sa 
-Majesté ce matin? Elle nous dit : Marchez, animaux! » 

Cette phrase exclamative était la locution favorite de Voltaire; 
elle se trouve souvent dans sa correspondance. 



MAGISTER DIXIT. 

• (Le maitre l'a dit.) 

Paroles sacramentelles des scolastiques du moyen âge, lorsque, à 
l'instar des disciples de Pythagore, ils appuyaient leur opinion sur 
l'autorité du maître, Aristote. 

On a presque rendu Aristote responsable de l'extravagance de ses 
enthousiastes. Mais celui qui disait lui-même en parlant de son 
maître : Je suis ami de liaton, mais encore plus de la vérité, n'avait pas 
enseigné aux hommes à préférer l'autorité à l'évidence ; et celui qui 
leur avait appris le premier à soumettre toutes leurs idées aux formes 



FLORE LATINE. H3 

du raisonnement, n'aurait pas avoué pour disciples des hommes qui 
croyaient répondre à tout par ce seul mot : Le maître Va dit. 

Cette phrase était en quelque sorte la devise de La Fontaine , dont 
on connaît le respect pour les anciens. Veut-il montrer qu'on ne sau- 
rait trop égayer une narration : « 11 ne s'agit pas ici d'en apporter un€ 
raison ; c'est assez que Quintilien l'ait dit. » C'est avec la même doci- 
lité qu'il s'exprime dans la fahle le Singe et le BaïqMn : 

Pline le dit, il faut le croire. 



MAGN^ SPES ALTEP^A ROSI^ï:. 

(Second espoir de la grande Rome.) 

Vers de Virgile :. « On voit sortir du camp Énée, tige de la race 
romaine, et son fils Ascagne, l'espérance de Rome après lui... » 

Cicéron, après avoir entendu réciter par la comédienne Cythéris 
l'églogue de Virgile intitulée Silène , où se trouve l'admirable tahleau 
de la philosophie épicurienne, se serait écrié : « Magnœ spes altéra 
B.omœ ! Compliment que le prince des orateurs romains s'adressait 
en partie à lui-même en désignant Virgile comme le second espoir 
de Rome, c'est-à-dire comme un autre Cicéron en poésie. (Voir for- 
tunatam natam...) D'après cette tradition, Virgile aurait pris soin de 
consigner dans son Ennde ces flatteuses et prophétiques paroles du 
grand orateur. 



APPLICATION. 

Bans les 'phrases suivantes, Vélève remplacera chaque tiret par Vune des 
locxitions latines expliquées ci-dessus. 

Le — d'Horace, c'est l'homme de tous les temps, louant dans 
le passé sa propre image qu'il y voit réfléchie comme dans une 
onde déjà lointaine, saluant comme l'apogée de toute jeunesse, de 
tout éclat et de tout bonheur, le moment où il était jeune, brillant 
et heureux. 

« Atteler la voiture au cheval , » voilà un — qui ne tire pas à 
conséquence ; mais il y en a de plus graves. 

Si, dans une société, la moralité venait à disparaître par degrés, 
c'est dans l'âme du magistrat que l'on devrait en retrouver les der- 
niers vestiges : — . 



}t4 FLORE LATINE. 

Lorsque, chez un jeune écrivain, l'homme, le poêle et le phi- 
losophe sont également estimables, on peut lui dire hardiment : — ! 

Personne n'était moins fait que Démosthène pour être orateur; 
mais il corrigea la nature par des prodiges de courage et de persé- 
vérance : — . 

Celui qui retombe dans l'obscurité après avoir brillé au grand 
jour, rappelle à tout propos le temps de sa prospérité; à l'en croire, 
tout va mal depuis ce temps-là : — . 

Nous trouvons dans un jouurnal une expression qui n'est pas 
heureuse : « L'infanterie de ligne est le peuple de l'armée. » Ce 
doit être un — . 11 n'y a point d'aristocratie dans l'armée française^ 
€t c'est ce qui fait sa force/ 

La fourmi passe souvent des heures entières à transporter un 
lëta dans son grenier; rien ne peut la rebuter, ni le poids du far- 
deau , ni les aspérités du chemin , et elle finit par réussir : — . 

Les ouvrages de Rabelais, de Montaigne, de Machiavel fourmillent 
d'énigmes, de chimères et d'hypothèses; leurs œuvres forment une 
eréation puissance où abondent la force et la vie, mais où manque 
la lumière, le — . 

Il est toujours embarrassant pour un homme célèbre d'adresser 
à un autre ces mots tlatteurs : — , qui sont un éloge sans doute, 
mais un éloge avec restriction . Vous êtes le second, je suis le pre- 
mier. 

Les poètes et les artistes qui débutent, même quand ils ont un 
vrai lalent, ont besoin d'entendre (p.iclques éloges qui les soutien- 
nent et qui leur disent : — ! 

Grâce à Rome, au dixième siècle, la lumière du moins ne disjxi- 
ra'.î pas tout-à-fait, et l'on ne peut pas inscrire sur le seuil du 
îfloy^n â^e la tatak devise : — . 

On fait aujourd'hui moins de raisonnements qu'au temps d'Abé- 
lanl et de Gnillaurae- de Champeaux, mais on les veut plus rigou- 
FPvTX ; il ne sultit pas de dixe : — , pour fermer la bouche à ses 
adversaires. 



TLORE LATINE. H5 

L'écrivain qui ne fait pas du — le premier mérite de ses ou- 
Trages, ressembla au singe qui montrait la lanterne magique et qui 
avait oublié d'allumer sa lanterne. 

Il y a des — très-heureux; c'est ainsi qu'un poète voulant 
écrire « un chemin de roses bordé, » écrivit « un chemin de roses 
brodé. » 

Aujourd'hui que l'homme est sorti des ténèbres du moyen âge, 
il ne dira plus : — ; il dira ; La vérité dit, la science dit. 

Certaines personnes ont tellement l'habitude de parler de choses 
frivoles, que, s'il leur arrive de tenir un langage sérieux, elles ont 
l'air de faire un — . 

C'est bien mal à propos qu'on applique à la prison, à ce séjour 
de soufirance et d'illusions, cette formiiiable inscription : — . L'es- 
pérance est la providence des cachots ; elle n'en sort jamais. 

Supporte et abstiens-toi, disait la sagesse antique; sache soufrir 
en silence; dût le ciel s'écrouler en éclats sur ta tête, reçois sans 
sourciller sa ruine et ses débris : — . 



LEÇON XXV. 



MAJOR E LONGI>'QUO REVERE>'TIA. 

(De loin le respect est plus grand.) 

Pensée de Tacite. — Nous sommes plus portés à accorder notre res- 
pect et notre admiration aux hommes que le temps éloigne de nous. 
A une certaine distance, les taches disparaissent, les proportions gran- 
dissent. Aussi les tiommes illustres ont-ils toujours été mieux appréciés 
de la postérité que de leurs contemporains. Après trois mille ans, 
Homère ne nous semble plus un homme, mais le dieu de la poésie. 

La critique a une tendance marquée à élever les anciens au détri- 
ment des contemporains. Les ombres grandissent au crépuscule. « Je 
ne lis plus, je relis, » disait brutalement un jour un premier prési- 
dent de Grenoble à J.-J. Rousseau, qui lui demandait s'il avait lu ses 
ouvrages. 



116 FLORE LATliNE. 

MALE PARTA MALE DILABUNTUR. 

(Ce qui est mal acquis se dissipe de même.) 

Proverbe latin qui a à peu près la même signification que celui-ci 
Ce qui vient par la flûte s'en va par le tambour. 



ÎIAiVE, TÎIECEL, PHARES 



Ballliazar, le dernier roi de Babylone, assiégé par Cyrus dans sa 
capitale, se livrait aune orgie avec ses courtisans;. par une forfanterie 
d'impiété, il fit apporter sur les tables les vases sacrés que Nabucho- 
donosor avait autrefois enlevés au temple de Jérusalem. Cette profana- 
tion était à peine commise, que le monarque vit avec épouvante une 
main qui traçait sur la muraille , en traits de flamme , ces mots mys- 
térieux : Mane, Thecel, Thares, que le prophète Daniel, consulté, inter- 
préta ainsi : Tes jours sont comptes ; tu as été trouve trop léger dans h 
lidance ; Ion royaume sera p'irtagc. 

Dans la même nuit, en effet, la v^Ue fut prise , Baltliazar fut mis à 
mort, et la Babylonie fut partagée entre les Perses et les Mèdes. 

MANUS HABENT ET NON PALPABL'NT. 

{Les idoles ont des malus et ue toiiclieat pas.) 

Paroles tirées du psaume : In cxitu Israël de £<jypio. 

« Les idoles des nations ne sont que de l'or et de l'argent^ ouvrage 
de la main des hommes. 

» Elles ont une bouche et ne parlent point; elles ont des yeux et ne 
voient pas; 

» Elles ont des mains et ne touchent pas... » 



MATEP^IAM SUPERABAT OPUS. 

(Le travail surpassait la matière.) 

Dans le temple du Soleil, décrit par O^ide, la richesse de la matière 
était surpassée par la perfection du travail. On pouvait en dire autant 
des armes forgées par Vulcain, et de la statue de Minerve que Phidias 
avait taillée dans l'or et l'ivoire. 



FLORE LATINE. U7 

MAXÎ3ÎA DEBETUU TUEIIO REVEREISTiA. 

(On doit le plus grand respect à l'enfance.} 

« Que jamais, dit Jiivénal. une actioi!, un mot déshonnète ne Wessc 
les yeux ou les oreilles dans la demeure d'un enfant. Loin de cette 
maison, loin de cet asile vénérable, les chants nocturnes d'un para- 
site enivré. Un enfant, grands dieux ! en -peut-on jamais assez respecter 
Vinnocence ! » 

MEA CULPA. 

(Par ma faute.) 

Mots du Confiteor, dont l'application est fréquente dans le langage 
familier. 



MELIORIBUS ANNIS. 

(Dans des temps plus heureuj,) 

Virgile, dans un des plus beaux passages de VEnéide, la descente 
d'Énée aux Enfers, met ces mots dans la bouche d'Anchise : 

« Là sont les descendants illustres de l'antique Teucer : Ilus, Assa- 
racus et Dardanus, fondateur de Troie, héros magnanimes, nés dans 
des temps plus heureux. » 

ME, ME ADSU3Ï QUI FECI! 

(C'est moi, moi qui l'ai fait!) 

Hémistiche de Virgile. C'est un passage du célèbre épisode de Nisus 
et Euryale, chef-d'œuvre de pathétique, où tous les genres de beautés 
poétiques sont réunis. L'intrépide Nisus, et Euryale, le plus beau de 
l'armée troyeuue, unis par l'amitié la plus tendre, compagnons de 
périls et de gloire, veulent tenter ensemble quelque chose d'héroïque; 
ils pénètrent pendant la nuit dans le camp des Rutules, massacrent 
un grand nombre de guerriers ensevelis dans le sommeil de l'ivresse, 
et s'apprêtent à revenir sur leurs pas. Mais le jour paraît, et un chef 
rutule ,■ Volcens , à la tête de trois cents cavaliers, surprend Euryale. 
Nisus, caché dans l'ombre, lance deux flèches qui vont donner la mort 
à deux guerriers rutules; mais, à la vue de Volcens levant son épée 
sur Euryale, il s'élance de sa retraite en criant : « Me voilà, c'est moi 
qui ai tout fait : Me, me adsiim qui feci; tournez vos armes contre 
moi!... » Déjà le fer a tranché les jours d'Euryale; Nisus se précipite 
au milieu des ennemis; il ne cherche que Volcens, le tue, et, percé 
lui-même de mille traits, va tomber et mourir sur le corps de son ami. 

7. 



Ii8 FLORE LATINE. 

MEaiENTO QUIA PULVÏS ES. 

(Souviens-toi que tu es poussière.) 

Paroles que xjrononce le prêtre, le mercredi des Gendres. « Homme, 
souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. » 
Cette pensée, inspirée par l'imunlité chrétienne, se retrouve souvent 
dans les livres des anciens. Horace :i "lit : « Nous ne sommes qu'ombre 
et poussière. » 



APPLICATION. 

Bans les jjlirases suivantes, Vélhe remplacera chaque tiret ]^ar Vune des 
lûculioiis latines ex pli qnées ci-dessus. 

Si la science primilivc apparaît dans le lointain des âges sous 
^e colossales pruporiions, on no doit pas, trompé par cette illusion 
d'optique, lui attribuer sur la science plus vaste, plus exacte, plus 
variée des siècles postérieurs une supériorité qu'elle n'a jamais ni 
eue, ni pu avoir : — . 

Pour les oiseaux, les mannequins habillés sont les gardiens des 
ciianips et des vergers; la genl ailée ne sait pas que — . 

Il est riu'c cp.ie nous ne trouvions pas dans l'histoire du passé des 
époques qui nous servent de termes de con^paraison, et nous disons 
avec regret : Léo iionnncs d'alors vivaient dans des temps plus 
heureux, — . 

L'écolier n'aime pas à avouer ses fautes, c'est là son moindre 
défaut: quand le maître cherche à connaître mi coupable, il est 
rare d'entendre une voix s'écrier : — ! 

Les Cimbres et les Teutons furent écrasés par Marius; la pre- 
mière invasion des barbares était repoussée. L, heure du — , n'avait 
pas encore sonné pour le monde romain. 

Pour juger sainement les génies du passé, nous devons précau- 
tionner notre imagination contre les effets du lointain : — . 



"o^ 



Les partitions de Meyerbeer sont des chefs-d'œuvre d'intelli- 
gence, de réflexion, et surtout de patience. Or peut leur appliquer 
justement le vers du poète latin ; — ; la forme l'emporte sur le 
fond, le style sur la pensée. 



FLORE LATINE. 119 

Si nous Toiilions être de bonne foi, au lieu de rejeter sur la fata- 
lité les malheurs qui nous arrivent, nous nous contenterions de 
dire : — . 

On voit aujourd'hui des hommes répéter après mille autres que 
la richesse et la vertu sont brouillées; mais sans doute aussi, après 
mille autres-, ils ont répété l'antique, Tuniversel, rinlaillible adage : 
— . De manière que nous voilà obligés de croire que les richesses 
fuient également le vice et la vtrtu. 

Au lieu de ce mensonge cruel du fabricant qui n'a pas fabrique, 
de l'inventeur qui n'a pas inventé, comme on serait heureux de 
rencontrer derrière les riches productions de l'industrie l'ouvrier 
intelligent qui les a faites : — ! 

Aux jours de la Terreur, un régiment de hussards, appelé les 
hussards de la mort, avait ajouté à la devise de la République un 
mot qui la rendait plus terrible que le — : ils criaient, le sabre 
en main : u Liberté , égalité , fraternité ou la mort ! » 

Les tombeaux magnifiques, les mausolées de marbre, les pyra- 
mides disent aussi bien que l'humble croix de bois plantée dans le 
gazon : — . 

D'où vient que certains enfants nous étonnent en paraissant 
instruits de choses qu'ils ne devraient pas savoir? C'est que, 
devant eux, on a trop souvent oublié la maxime : — . 

Quelqu'un a dit : Il n'y a pas de grand homme pour son valet 
de chambre. L'explicatiun de ce fait si vrai se ti'ouve dans le mot 
de Tacite : — . 

Benvenuto Cellini passait un long temps à retoucher ses vases, 
aies ciseler sur toutes les faces; et ses contemporains eux-mêmes, 
saisis d'admiration, reconnaissaient que dans ces créations — . 

Sans doute il fut un temps où les hommes pratiquaient toutes 
les vertus et vivaient entre eux comme des frères bien unis; mais 
cela se passait dans l'âge d'or, — . 

Une vérité qui paraît inattaquable^ c'est que l'argent mol acquis 
ne profite point : — . 



120 1-LORE LATINE. 

Homme d'esprit parfois excentrique^ M. Gaiinal envoyait au 
jour de Tan jusqu'à cent mille cartes de visite, où se trouvait 
mentionnée sa qualité d'embaumeur. Sa politesse allait surtout 
chercher les personnes riches et âgées, auxquelles il semblait dire : 

Combien de gens, soit eu morale, soit en politique, se mettent 
tous les jours, par des actes irréfléchis, dans la nécessité de dire 
leur — . 

L'usurier est bien diiïérent des idoles dont parle le Psalmiste. 
et ce n'est pas de ces manieurs d'argent que l'on peut dire : — . 

LEÇON XXYI. 

MENS AGITAT III0LE3I. 

(L'esprit meut la matière.) 

Dieu est l'àme du monde : répandue dans la terre, dans le soleil, 
dans la lune et les autres globes célestes, cette âme universelle donne 
la vie et le mouvement au monde : Mens agitât n.olein. Cette expression. 
par laquelle Virgile distingue la substance spirituelle de la substance 
matérielle, sert à désigner tout ce qui marque l'empire de l'esprit sm 
la matière et la suprématie de la pensée, de rintelligence et du génie. 
Les juges de la maréchale d" Ancre, Léonora Galigaï, lui ayant de- 
mandé par quel sortilège elle exerçait tant d'influence sur Marie de 
Médicis : « Par l'ascendant dune âme forte sur une balourde, » ré- 
pondit-elle. 

Dans son Télémaque, Fénelon explique ainsi le vers de Virgile : 
« L'àme universelle du monde est comme un grand océan de lu- 
mière : nos esprits sont conmie de petits ruisseaux qui en sortent et 
qui y retournent pom^ s'y perdre. » 



aiENS DIVIMOR. 

(Le souffle divin.) 

Poésie et versiBcation sont deux choses bien différentes. Horace 
avertit de leur méprise ceux qui, faisant des vers réguliers, oseraient 



FLORE LATINE. 121 

à ce seul titre prendre le nom de poètes ; pour être poète, il faut deux 
choses : d'abord, le mens divinior , letincelle sacrée, ou, comme dit 
Boileau : « du ciel l'influence secrète » et, de plus, le privilège de 
pouvoir dire naturellement de grandes choses. 



MEIVS SA>'A I>' CORPORE SANO. 

(Une âme saire dans un corps sain.) 

« Que peut-on demander de plus aux dieux, a dit Juvénal, que la 
ianté de l'âme avec la santé du corps ? » 

Proudlion a dit : « La vertu est la santé de l'âme et la santé est la 
vertu du corps. » 

Rabelais, avec son luimem^ railleuse et joviale, a parodié ainsi cette 
maxime : « Mens sana non potest vivere in corpore sicco, une âme saine 
ne peut habiter dans un corps sec (qui ne boit pas). » 

Raspail (De la Santé et de la Maladie) développe ainsi la pensée de 
Juvénal : il distingue quatre situations différentes dans lesquelles 
l'homme peut se trouver : — une âme saine dans un corps sain, — 
une âme saine dans un corps malade, — une âme malade dans un 
corps sain, — une âme malade dans un corps malade. « Mens sana in 
corpore sano, voilà l'homme moral, l'homme modèle, l'homme fort, 
l'homme juste; mens sana in corpore non sano, voilà l'homme malade 
et souffrant; mens non sana in corpore sano, voilà 1 homme triste, mé- 
lancolique et affligé, il devient ou maniaque ou fou; mens non sana in 
corpore non sano, c'est l'agonie, c'est le prélude de la mort. » 

Enfin, La Rochefoucault a dit : « La force et la faiblesse de l'esprit 
sont mal nommées ; elles ne sont que la bonne ou la mauvaise dis- 
position des organes du corps. » 



MINIMA DE MALIS. 

(Des maiu — choisir — le moindre.) 

Proverbe latin dont la vérité est évidente. 



MIRABILE DICTUl 

(Chose étonnante à dire !) 

S'emploie ordinairement par antiphrase et dans le style plaisant, à 
propos d'une chose qui est au fond peu étonnante. 

Mirabik visu (chose admirable à voir) se dit à peu près dans le môme 
cas. 



122 FLORE LATINE. 

MOBILITATE VIGET. 

(Le mouvement redouble sa vigueur.) 

Un des détails du portrait que fait Virgile de la Renommée : le mou- 
veiueut redouble sa vigueur^ et elle acquieit des forces dans sa course. 



MOLl.E ATQUE FACETU3I. 

(Douceur et finesse.) 

Horace adresse à son ami ces paroles flatteuses et vraies : « Les 
Muses, amies des champs, ont accordé à Virgile la grâce et la gaîtô 
fine. » 

« Je n'appelle pas gaîté, dit La Fontaine, ce qui excite le rire ; mais 
un certain charme, im air agréable qu'on peut donner à toutes sortes 
de sujets, même aux plus sérieux. » 

De figures sans nombre égayez votre ouvrage. 

BoiLEAo, Art poétique, ch. III, v. 287. 



MONITORIBUS ASPER. 

(Rebelle aux conseils.) 

Horace trace une peinture rapide des caractères des différents âges 
« Le jeune homme, dit-il, est de cire pour le vice , mais rebelle aui 
conseils de la sagesse. » 



M0NSTUU3I HORREIN'DUM. 

(Monstre horrible.) 

Portrait que fait Virgile du cyclope Polyphème, auquel Ulysse avait 
crevé l'œil après l'avoir enivré. 



MORITURI TE SALUTANT. 

(Ceux qui vont mourir te saluent.) 

« Au , Cœsar, morUxiri te saJutant ! César, ceux qui vont mourir te 
saluent ! » Telles étaient les paroles que prononçaient, en s'inclinant 
devant la loge impériale, les gladiateurs qui défilaient dans le cirque, 
avant le combat où presque tous, en efiet, devaient trouver la mort. 
Cette salutation suprême, empreinte d'uDe somltre résignation, _rap- 



FLORE LATINE. 123 

pelait l'origine de ces luttes sanp-lantes : les comhats de gladiateurs 
procèdent sans aucun doute des sacrifices humains offerts aux dieux 
du paganismo, et surtout de cet usage, général dans l'antiquité, d'im- 
moler des esclaves aux funérailles des riches et des puissants. Les 
Étrusques et les Campaniens, au lieu d'égorger silencieusement les 
victimes, trouvèrent les premiers un sanglant plaisir à donner des 
armes à leurs prisonniers de guerre, qui, forcés de s'eutr'égorger, 
pouvaient du moins faire éclater une dernière fois leur comage sous 
les yeux de leurs vainqueurs. Tel était le sentiment qui animait dune 
mâle fierté le Germain, le Gaulois, le Numide, lorsque, vaincus sur 
les champs de bataille par les légions romaines, ils venaient dans le 
cirque chercher la mort des guerriers ; cétait avec orgueil qu'ils don- 
naient ou recevaient cet'e mort, aux applaudissements frénétitpies du 
peuple roi ; c'était avec une sombre joie (]u'ils s'offjaient, avant le 
combat, aux regards des patriciens , des chevaliers, des veslales tou- 
jours placées au premier rang de l'amphithéâtre ; c'était d'une voix 
lerme qu'ils jetaient à l'empereur leur dernier cri : César, ceux qui 
vont mourir te saluent ! 



APPLICATIO:!î. 

Dans les phrases snivo/ntes, relève remplacera chaque tiret par Vune des 
Iccuiions latines expliquées ci-dessus.- 

Ce que tous les efforts réunis de la volonté ne sauraient pro- 
duire, c'est la sensibilité innée, le coloris naturel, la flamme 
intérieure, — . Or, combien, s'itititulant poètes, ne sont, parTab- 
sence de cette naïveté essentielle et faute d'une nature vraiment 
aimante, que des versificateurs spirituels. 

Après la paix du cœur et la foi religieuse, est-il quelque chose 
de plus précieux que la santé ? Que les forces physiques viennent 
à manquer, et le travail, qui est un élément de moralité, devient 
impossible ; car le corps aussi sert la pensée : — . '■ 

Le vénérable Harpagon se décida, — , à prêter cent écus à son 
ami, sans garanties!! Évidemment il avait une arrière-pensée. 

Les écrivains médiocres ont beau vieillir, ils restent toujours 
jeunes, en ce sens qu'ils sont, comme les jeunes gens, rebelles à 
la critique, — • 



12i FLORE LATINE. 

Napoléon était là, à clieval, l'œil ardent et comme éternel, avec 
cette figure calme, antique, impériale, et passant en revue, insou- 
cieux du destin, les gardes qui défilaient devant lui. Il les 
envoyait alors en Russie, et. les vieux grenadiers fixaient sur lui 
leurs regards aTec une gravité prophétique, avec un dévoûment 
sombre et terrible, fiers d'aller au-devant de la mort ! — ! 

— est la devise de quelques hommes politiques , qui , servant 
tour à tour tous les gouvernements, montent d'un échelon après 
chaque révolution. 

Une providence très-sage a combiné entre eux les éléments 
pour les besoins des végétaux et des animaux. Elle échappe à nos 
sens corporels, mais elle s'y manifeste par ses bienfaits : — , Tes- 
prit modifie la matière. 

Forcé de choisir entre la perte de sa fortune et celle de son 
honneur, l'honnête homme n'hésite pas ; il sacrifie l'argent : — . 

L'expérience seule donne la sagesse; en vairi vous cherchez 
à détourn T le jeune homme d'une sottise ou d'une fausse dé- 
marche; gardez vos conseils, il ne les écoute pas, — . 

L'éléphant, ce quadrupède aux formes lourdes et massives, est 
cependant, suivant les naturalistes, le plus intelligent des animaux : 

Quand les maux sont iné^^tables, la prudence ne peut que 
choisir le moindre : — est sa devise. 

Robespierre règne, Marat triomphe, les massacres commen- 
cent; la France est en proie à la terreur, et les gladiateurs 
romains n'ont plus qu'à dire à ces Césars sanglants : « — !» 

Un paysan, parfois un peu poltron de son naturel et « craignant 
naturellement les coups » comme Panurge, devient, — , un bon 
et brave soldat quand il a endossé l'uniforme. 

Cette grâce , ce — , qui rend si attrayante la lecture de certains 
poètes, n'est pas le fruit de l'étude et du travail , c'est un don de la 
nature. 

Quel abîme entre Marc-Aurèle et Commode! Là, grandeur 
d'âme , douce philosophie , bonté naturelle ; ici , — ! 



' FLORE LATINE. 125 

Les païens eux-mcrnes trouvaient que l'homme n'est un beau 
spectacle que quand la beauté et la force de l'âme sont en har- 
monie avec la beauté et la force du corps : — . 

C'est la langue et la littérature de Rome qui ont formé notre 
langue et notre lilti-rature. Ce rare bon sens, ce — qu'exhalent 
les écrits de nos grands écrivains, cette justesse, cette précision, 
cette netteté qu'on admire dans leur style, ne sont-ce point là des 
attributs qu'ils tiennent des Romains ? 

Le temps dévore tout, les grandeurs, les fautes, les crimes et 
les malheurs des hommes, avec une insatiable avidité; la société 
dure au miUeu de cette mobilité qui la trouble, sans l'aflaiblir, et 
qui semble au contraire l'ag'uerrir et la tremper encore : — . 

La critique est, pour les auteurs qui ont à s'en plaindre, sem- 
blable à Polyphème : un monstre aveugle, — . 

Joseph de Maistre manque essentiellement d'une qualité qui 
fait le charme principal des écrits de son frère Xavier, une cer- 
taine naïveté gracieuse et négligente, le — . 

L'existence et la marche des gouvernements ne peuvent s'expli- 
quer par dés moyens humains, pas plus que le mouvement des 
corps par des moyens mécaniques : — . 



LEÇON XXYII. 

MOTU PROPRIO. 

(De son propre mouvement.) 

C'est l'expression par laquelle on désigne, dans le droit canon, mie 
résolution prise par le pape, de son propre mouvement, en dehors de 
toute influence étrangère. 



MULTA PAUCIS. 

(Beaucoup de choses en peu de mots.) 

Cette épigraphe, qu'un certain nomî.tre d'écrivains ont mise en tète 
de lem's ouvrages, conviendrait surtout à Tacite. Nul plus que lui n'a 
.joint l'énergie à la concision. 



126 FLORE LATINE. 

Au seizième siècle, l'éloquence du barreau était représentée en 
France par deux orateur? éminents, Christophe de Thou et Piene 
Séguier, dont les divers talents étaient parfaitement caractérisés par 
une antithèse qui les peint l'uii et l'autre. On disait de de Thou ce que 
dans tous les temps on a pu dire dun grand nombre d'orateurs : 
fauca midtis, peu de choses en beaucoup de mots; on disait de Séguier 
ce qu'on aime à pouvoir dire de quelques-uns : multa paacis. 



IV'ATURAM EXPELLES FURCA, TAMEN USQUE RECURRET. 

(Chassez le uatiirel à coups de lourche, il reviendra toujours.) 

Vers d'Horace. 

Destouches a rendu la même pensée dans un vers qui est souvent et 
à tort attribué à Eoileau : 

Chassez le naturel, il revient au galop. 
Yoici les vers de Boileau : 

Le naturel to«jours sort et sait se montrer; 

Vainement on l*arrête, on le force à rentrer; 

Il rompt tout, perce tout, et s'ouvre enfin passage. 

La Fontaine a imité deux fois le vers d'Horace : 

Quand, la fourcho à la main, nature on cliasserait 
Nature cependant sans cesse reviendrait. 



Et fossiez-vous emhâtonnés, 
Jamais vous n'en serez les maîtres; 
Qu'on lui ferme la porte au nez, 
11 rentrera par les fenêtres. 



NEC DEUS I^TERSIT, NISÏ DIG^'US TirfDîCE IVODUS. 

(Si vous faites intervenir un dieu, que le drame soit digne qu'un dieu 
le dénoue.) 

Conseil que donne Horace dans son Art poétique. 

Notre esprit n'aime que ce qui est complet et achevé. L'intrigue la 
mieux conduite, les situations les plus touchantes ou les plus comi- 
ques, le dialogue le plus énergique ou le plus ingénieux, le spectateur 
oublie tout si le dénoùment n'obtient pas son suffrage. C'est pom' cela 
qu" Horace recommande aux auteurs tragiques d'éviter une interven- 



FLORE LATINE. i27 

lion surnaturelle ou ce qu'on appelle le deus ex machina, à moins que 
la situation même ne le justifie. 

« Si vous faites inlerveuir un dieu , que le drame soit digne qu'im 
dieu le dénoue. » 

C'est-à-dire que la grandeur du sujet justifie cette interrontion. 



NEC PLURIBUS rjIPAR. 

(Non mîérieur à plus — que le soleil — .) 

Louis XIV s*était choisi pour emblf me un scleil dardant ses rayons 
sur- le globe, avec ces mots : Xec iiluribus impor. On ne voit pas bien 
clairement ce que signifie cette devise. Louvois l'explique ainsi : Seul 
contre tous; mais Louis XIV^ dans ses Mémoires, lui donne un autre 
sens : Je suffirai à éclairer encore d autres mondes. Le véritable sens est 
probablement ce\ii-ci : Au-dessus de tous (coname le soleil). C'est da 
moins la signification qu'on lui donne le plus généralement. 



NEC PLUS ULTRA. 

(Plus ricQ au delà.) 

Inscription gravée, selon la Fable, par Hercule, siir les monts Calpô 
et Abyla, qu'il sépara pour joindre lOcéaa à la iléditerranée. C'était 
là pour lui les limites du monde et le terme de ses gigantesques tra- 
vaux : nul mortel ne pouvait aller au delà. 



NEQUE SEMPER AP^CUM TENDIT APOLLO. 

(L'arc d'Apollon u'est pas toujours tendu.) 

Horace chante les avantages de la médiocrité ; il termine ainsi : 
« C'est Jupiter qui nous envoie les hivers rigoureux ; mais c'est lui 
aussi qui nous en délivre. Parce que nous sommes malheureux au- 
jourd'hui, nous ne devons pas craindre de l'être toujours. Parfois 
Apollon encourage k chanter la muse qui s'endort, il ne dirige pas sans 
cesse ses traits contre les inortds. » 

Dan& l'application qu'on fait de ce vers d'Horace, le sena général da 
passage a disparu devant le sens particuUer du vers, et il faut l'en- 
tendre ainsi : L'arc d'Apollon n'est pas toujours tendu, c'est-à-dire, 
Apollon lui-même se repose : donc le repos est nécessaire. On sait que 
cette même idée d'un arc, qui ne peut être toujours tendu, a fourni 
une ingénieuse réponse à Esope, surpris àjouei avec des enfants. 



128 FLORE LATINE. 

NE QUID NIMIS. 

(Rien de trop.) 

Sentence proverbiale, qui se retrouve dans Horace et dans Térence, 
et que les Latins avaient empruntée aux Grecs. C'est le même sens que: 
l'excès en tout est un défaut. 

Térence dit : « Je pense qu'il n'y a pas de plus utile maxime dans 
Ja vie que celle-ci : Bien de trop. » 

... Rien de trop est un point 
Dont on parle sans cesse et qu'on n'observe point. 

La Fontaine. 



NESCIO VOS. 

(Je ne tous connais pas.) 

Mots empruntés d'une parabole de l'Évangile, où il est répondu aux 
conviés qui viennent trop tard : Nescio vos, je ne vous connais pas, 
c'est-à-dire, on n'entre plus. Cette locution s'emploie familièrement 
par forme de refus : Adressez-vous à d'autres, nescio vos. 



NESCIT VOX 3IISSA REVERTI. 

(Le mot publié ne revient plus.) 

Horace conseille à Pison de garder son ouvrage neuf ans avant de 
le faire paraître : car, dit-il, on rature à loisir la page inédite; mais 
le mot publié ne revient plus. 

S"il en était ainsi du temps d'Horace, combien cette vérité n'est-elle 
pas devenue plus vraie encore depuis la découverte de l'imprimerie î 
Si nous ne craignio-is de rouvrir des blessures à peine fermées, nous 
n'aurions que l'embarras du choix parmi les trop grosses erreurs que 
l'invention de Gutenberg a rendues in(;fraçables. vous qui relisez vos 
pages écrites jadis trop rapidement, nouveaux Orphées, c'est en vain 
que vous rappelez Eurydice : Nescit vox viissa reverti. 



APPLICATION. 

Dans les phrases suivantes, l'élève remplacera chaque tîret par Vune des 
loeutions latines expliqiiées ci-dessus. 

Quelqu'un voulut un jour dépouiller un jeune loup de ses 
instincts féroces et le civiliser; pour cela il lui apprit à lire. 
«A, disait le maître. » « Agneau, » répétait le louveteau : — . 



I 

FLORE LATINE. 129 

Un gouvernement sage, écrivait Louis XVIII, doit connaître les 
vœux du peuple et y accéder quand ils sont raisonnables ; mais 
toujours agir — et non sous une pression quelconque, c'est le 
moyen de se concilier l'amour et le respect. 

La ville de San-Francisco se déroule sur une colline qui domine 
une gigantesque baie , de laquelle on peut dire à juste titre : — , 
car elle n'a pas sa pareille dans le monde entier. 

Quand donc les puètes se souviendront-iis du — du plus char- 
mant des poètes, et de tout ce qu'on perd en voulant appuyer 
trop fort sur ce je ne sais quoi de léger, de court, d'aérien, qui est 
le ?harme , qui est le succès , qui est la poésie ? 

Pliilippe de Macédoine écrit aux Spartiates pour les menacer de 
sa colère, si Sparte tombe en son pouvoir. Les Spartiates, lidèles à 
leurs habitudes de laconisme, lui répondent par un seul mot : 
SI... Bel exemple du — . 

Sous Louis XIV, la royauté plane au-dessus de tous les ministres, 
et Coibert lui-même ne brille que sous les feux du — . 

Trois amis, Ch. Nodier, Laplace et Ampère, trouvaient un grand 
plaisir à contempler les faits et gestes de Polichinelle au théâtre 
des Marionnettes : — . 

Qu'eût dit Horace s'il eut connu l'imprimerie, qui reproduit à 
dos milliers d'exemplaires les négligences ou les ignorances que le 
malheureux auteur ne peut plus faire disparaître : — . 

Le fatalisme est immoral en ce qu'il rend indiflérentes toutes 
les actions humaines : dans ce système, l'homme ne fait rien — 
et n'est par conséquent responsable de rien. 

Des singes ayaient été dressés à jouer une pièce de théâtre, et 
s'en acquittaient à merveille. Un jour, un spectateur jette sur la 
scène une poignée de noix ; voilà la représentation interrompue : 

Le Tartufe est le pas le plus étonnant et le plus hardi qu'ait 
Jamais fait l'art de la comédie ; cette pièce en est le — ; en aucun 
temps, dans aucun pays, il n'a été aussi loin. Il ne fallait rien 
moins que le Tartufe pour l'emporter sur le Misanthrope. 



130 FLORE LATINE. 

La plus pressante recommandation que ïalleyrand adressait à 
ses agents, était celle-ci : « Surtout, messieurs, pas de zèle! » 
C'était la traduction du — . 

Xerxès fait demander à Leonidas de rendre ses armes, « Viens les 
ptetûdae ! » répond le Spartiate. Voilà qui est plus énergique que les 
i&ngs .discours de Tite-Live : — . 

Tout à coup la porte s^uvre à deux battants. Un homme entre 
«bez le Toi la tête haute. Quel est cet homme? C'est l'empereur 
Charles-Quint lui-même. Il a quitté son humble cellule pour venir 
au rsecoud's de son tlls : — . 

Michel-Ange, dans son Moïse et ses quatre figures de la chapelle 
àes Médicis, et Puget, dans son Milon de Crotone, ont seuls peut- 
être, depuis les Grecs, trouvé le — du dramatique en sculpture. 

La postérité, qui revoit les jugements des contemporains, se 
demande comment l'Académie a pu dire à tant de gens : Entrez, 
tandis qu'elle répondait — à Molière. 

Dans le Philoctête de Sophocle, on voit avec plaisir que le héros, 
jti-sqti'alors inflexible, ne cède qu'à la voix d'un dtmi-dieu, et 
d'un demi-dieu son ami. €'est bien ici qu'on peut appliquer le 
précepte d'Horace : — . 

Il est de ces mots dangereux qu'on laisse échapper sans le 
■vouloir, et qu'on voudrait bien ressaisir. Le poète lalin a prévu le 
cas et noté l'impossibilité de rappeler la parole malencontreuse : — . 

Les esprits les plus graves, les plus sérieux éprouvent de temps 
en temps le besoin de se reposer de leurs veilles et de leurs 
travaux : — . 

La réponse du rat qui s'est retiré du monde aux députés qui 
Tiennent solliciter sa charité, est un simple — déguisé sous une 
forme hypocrite. 



FLORE LATINE. {3ï 

LEÇON XXYIH. 

NE SUTOR ULTRA CREPIDAM. 

(Que le cordonnier ne jnge pas an delà de la chaussure.) 

Mot du peintre Apelîe devenu proverLiaL Apelle venait de terminer 
im tableau. Il l'exposa aux regards du public, et se tint caché derrière 
Tine toile ponr écouter les observations auxquelles son ou-\Tage donne- 
rait lieu. Un cordonnier critique la sandale d'un des personnages ; le 
peintre retouche cette partie de son œuvre et l'expose de nouveau; 
mais, lorsque le cordonnier, enhardi par le succès de son observation, 
Teut parler du reste de l'ouvrage, il l'arrête par ces mots : Ne sutor ultra 
crepidim ! Leçon à l'adresse de ceux qui veulent parler des choses qui 
leur sont étrangères. 

Voltaire disait à maître André, son perruquier, qiji avait composé 
une tragédie et la lui avait dédiée : Maître André, faites des ■perruque?. 

Louis XV fit un jour au peintre Latour, qui travaillait à son portrait, 
une réponse noble et spirituelle, dont le sens est parfaitement analogue 
à celui du proverbe latin. L'artiste, tout en travaillant, causait avec 
le roi; mais, naturellement indiscret, il poussa la témérité jusqu'à 
s'écrier : « Au fait, sire, nous n'avons point de marine. — Et Vemet.. 
donc ? » répliqua le monarque. 



NE VARiETLR. 

(Afin qu'il n'y soit rien changé.) 

Mots latins qui se disent de certaines pièces diplomatiques et judi- 
ciaires dont chaque page est parafée pour qu'il n'y soit rien changé. 



NIGRO NOTANDA LAPILLO. 

(A marquer d'une pierre noire.) 

De même que les Romains marquaient d'une pierre blanche les 
jours fastes ou heureux, ils marquaient d'une pierre noir^ les jours 
néfastes ou malheureux. 



NIL ADMIP.ARI... 

(Ne s'étonner de rien...) 

Dans deux vers 06161)165; Horace nous enseigne le secret du bon- 
Leur. 



132 FLORE LATINE. 

« Ne s'étonner de rien, voilà, Numicius, le seul moyen d'être et de 
rester heureux. » 

Ne s'étonner de rien, c'est-à-dire ne sortir à aucun prix de cette 
tranquillité d ame que ne doivent troubler ni la bonne ni la mauvaise 
fortune. Ce précepte, trop philosophique, souffre beaucoup d'excep- 
tions. C'est la sensibilité , c'est l'enthousiasme et le courage qui pro- 
jluisent presque toutes les vertus. 

ML 3I0RTALIBUS ARDUUM EST. 

(Rien n'est impossible aui mortels.) 

Dirigée contre le génie audacieux de Thomme, cette ode d'Horace 
est une gracieuse et touchante boutade. On sait quelle amitié unissait 
Virgile et Horace : Virgile allait partir pour Athènes, Virgile qu'Ho- 
race appelle animœ dimidium nieŒ . la moitié de ma vie, et, après lui 
avoir souhaité mie heureuse navigation, Horace maudit celui qui le 
premier construisit un vaisseau. 

L'épicurisme et l'indifférence philosophique du poète éclatent dans 
cette ode, si riche eu beaux vers ; il s'élève contre les généreuses ten- 
tatives de Dédale , d'Hercule et du premier navigateur, et, remontant 
jusqu'au larcin de Prométhée, il renouvelle l'anathème antitme contre 
ce bienfaitem' de l'humanité. Par suite d'un préjugé fondé sur la tra- 
dition de l'âge d'or, de cet âge d'innocence et de simplicité, oîi l'homme 
n'avait aucun besoin, les -anciens regardaient comme la source de tous 
nos vices et de tous nos maux les découvertes qui ont contribué aux 
progrès de l'humanité. 

H semljle qu'un pressentiment inspirait à Horace cette éloquente 
indignation contre les voyages ; son ami ne devait plus revoir Rome ; 
il mourut à son retour, quelques jours après avoir débarqué à 
Blindes. 



ML NOYI SUE SOLE. 

Rien de nouveau sous le soleil.) 

Paroles de Salomon dans VEcclésiaste : « Qu'est-ce qui a été ? ce 
qui sera. Qu'est-ce cpii sera? ce qui a été. Rien de nouveau sous le 
soleil. » 



?ÏIMIUM >'E CREDE COLORI. 

, (Ne vous fiez pas aux apparences.) 

Le sens de cet hémistiche de Virgile, plus restreint dans la bouche 



FLORE LATINE. 133 

du berger Corydon, a été généralisé par l'usage. Colori, dans le passage 
de Virgile, signilie un certain genre de beauté. 

C'est le berger Corydou qui parle : 

« Que n'ai-je aimé Ménalque, quoique son teint noir n'ait pas l'éclat 
du tien. Ne t'enorgueillis pas trop de ta blancheur. On laisse tomber 
le blanc troëne, on cueille le noir hyacinthe! » 



NOCTURNA TERSATE MANU, TERSATE DIURNA. 

(Fenilletez-les le jour, fcnilletez-les la nuit.) 

Vers d'Horace. 

Voulez-Tous « de l'art des vers atteindre la hauteur, » voulez-vous , 
dans la carrière des lettres , marcher sur les traces de ceux qui se sont 
illustrés, prenez les œuvres de tous les écrivains de génie, lisez-les, 
étudiez-les sans cesse, feuilletez-les le jour, feuilletez-les la nuit, selon 
le précepte d'Horace. S'il est vrai qu'il n'y a rien de nouveau sous le 
soleil , il est au moins indispensable de comraitre les mer^'eilles qu'a 
enfantées le génie de l'homme, et l'imitation est le premier pas à faire 
sur la grande route de l'art. 

Entre les deux eicès , la route est difficile ; 
Suivez, pour la trouver, Théocrite et Virgile; 
Que leurs tendres écrits, par les Grâces dictés, 
Xe quittent point vos mains, jour et nuit feuilletés. 

BoiLEAU, Art poétique. 

NOLI iME TAKGERE. 

(Xe me touciiez pas.) 

Évangile selon saint Marc, eh. XVL 

« Marie-Madeleine vit Jésus, mais elle ne le recoimaissait pas. Jésus 
lui dit : « Femme, qu'avez-vous à pleurer? qui cherchez- vous ? » Elle, 
croyant que c'était le jardinier, lui dit : « Seigneur, si c'est vous qui 
l'avez enlevé, dites-moi où vous l'avez mis et je l'emporterai. » Jésus 
lui dit : « Marie ! » Aussitôt elle se retourna et lui dit : «. Rabboni, » 
ce qui signifie : « Mon maître. » Mais Jésus lui dit : « Ne ?/ic touchez 
jjoint . car je ne suis pas encore monté vers mon père... » 

Cette scène de l'apparition de Jésus à Marie-Madeleine a été repro- 
duite par le pinceau de Raphaël. 

Les mots noU me langer e sont devenus le nom d'une fleur, la balsa- 
mine sauvage. Lorsqu'on touche la tige à l'époque de la maturité, 
les capsules se contractent subitement et leurs valves se roulent en 
projetant des graines autour d'elles. 

8 



134 ^ FLORE LATINE. 

TîOLÏTE MITTERE MARGARITAS ANTE PORCOS. 
(Xe jetez pas des perles devant les pourceaux.) 

'Paroles tirées de l'Évangile et dont le sens est facile à saisir : ne 
parlez pas devant im ignorant des choses qu'il ne comprend pas, ne 
lui donnez pas des objets précieux dont il est incapable d'apprécier la 
valeur. 



APPLICATION. 

Bansles phrases suivantes, Vclève remplacera chaque tiret par Vune des 
locutions lathies expliquées ci-dessus. 

11 faut blàiner éiiergiqiiemcnt cette apathie, ce — mal compris 
qui porta un mathématicien célèbre à dire, après avoir entendu 
les scènes délicieuses de Racine : « Qu'est-ce que cela prouve ? » 

La rudesse n'est souvent qu'une austère franchise : on connaît 
les bourrus bienfaisants. Tels sont les militaires, les marins et la 
plupart des hommes forts; ils sont rudes, mais ils sont bons : — » 

Il ne faut pas parler de corde devant un.peHdu, dit un proverbe ; 
il ne faut pas parler de ridicules devant les gens ridicules : tout 
homme a sa fibre sensible, son •— . 

Quand il s'agit de lettres importantes, il est bon d'en prendre 
copie — ; c'est une précaution que commande la prudence et que les 
petites presses mécaniques rendent aujourd'hui facilement exécu- 
table. 

On demandait à Newton comment il avait fait ses admirables 
découvertes : « En y pensant toujours, » répondit-il. C'était l'ap- 
plication du précepte d'Horace : — . > 

C'est en face des prodiges opérés par la vapeur, qu'on est porté 
à répéter ce m.ot qui est, après tout, le plus bel éloge du génie de 
l'homme : — . 

Il y a des hommes qui se sont placés si haut dans l'estime 
publique, que la critique s'incline et se tait, et semble lire sur 
leur front : — . 

Est-ce au jour de la naissance, est-ce au jour de la mort qu'il 
faut appliquer le mot des anciens, — . 



FLORE LATINE. , 135 

Aujourd'hui qu'un grand nombre de peintres font périodique- 
ment ce que faisait Apelle, à combien de \isileurs de nos Expo- 
sitions de peinture ne pourrait-on pas adi-esser le — ! 

On assure que sainte Hélène fit bâtir des châteaux sur toutes les 
montagnes des côtes d'Asie, alin de porter rapidement les nou- 
velles de Constantinopie à Jérusalem, au moyen de signaux. Ainsi 
la mère de Constantin aurait devancé M. Chappe dans l'invention 
des télégraphes : — . 

Les connaissances superficielles sont plus nuisibles qu'utiles : 
c'est par iélude constante et approfondie d'une science que l'on 
arrive à des résultats sérieux : — . 

Dans notre siècle, que l'on a appelé le siècle des lumières, il y a 
encore un assez bon nombre de personnes qui considèrent le ven- 
dredi comme un jour fâcheux, un jour contraire et néfaste, — . 

L'admiration continue des voyageurs enthousiastes a produit 
une réaction, et, pour se sing;dari_;er, beaucoup de touristes 
aujourd'hui prennent pour devise le — d'Horace. 

L'auteur qui livre un manuscrit à l'impression a beau prendre 
toutes les précautions pour qu'il soit reproduit — ; il est impos- 
sible quïl ne s'y glisse pas quelque faute. 

Rien n'est plus rare qu'un véritable ami; rien n'est plus com- 
mun que les prétendus amis; soyez donc toujours sur vos gardes : 

Quelques minutes suffisent pour porter une nouvelle à travers 
des milliers de lieues; l'homme a mis la foudre à son service, 
et l'on peut s'écrier aujourd'hui : — . 

Certains auteurs, après une chute, accusent le public de mau- 
vais goût et se disent : « Nous avons eu tort d'oublier le précepte : 
— . )) Mais ce ne sont pas des perles qii'ils jettent. 

Il n'est personne qui ne se croie obligé davoir son opinion po- 
litique ; et cependant combien il en est à qui l'on pourrait dire : 
Mélez-vous de vos aflaires, de votre commerce, de ce qui est à 
votre portée enïn : — . 

La plupart des réponses plaisantes qu'on attribue à Charles- 
Quint, à Henri IV et à maint autre prince moderne, se retrouvent 
dans Apulée et dans les vieux auteurs : — . 



436 FLORE LATINE. 

LEÇON XXIX. 

NON BIS IN IDEM. 

(Non deux fois pour la même chose.) 

Axiome de jmispradeuce en vertu duquel un accusé ne peut ètit 
puni deux fois pour le même délit. Par extension, ces mots signifient 
qu'on ne peut pas tomber deux fois dans le même malheur, qu'on ne 
doit pas compter deux fois sur le même moyen. 



NON ERAT HIC LOCUS. 

(Ce n'est pas ici le lieu.) 

Passage de VArt poétique d'Horace. 

« Vous me faites la description d'un bois sacré ou d'un autel de 
Diane ; vous me représentez les détours d'un ruisseau dans les riantes 
campagnes; vous me peignez le Rhin ou l'arc-en-ciel : tout cela ivest 
pas ici à sa place, » 

NON IGNARA MALI, MISERIS SUCCURRERE DISCO 

(Connaissant le malheur, j'ai appris à secourir les malheureux.) 

C'est Didon qui prononce ces paroles touchantes, au moment où elle 
offre une hospitalité empressée à Énée et à ses compagnons d'exil. 

Ce vers a été plusieurs fois imité par les poètes français. Voltairt- 
dit dans Zaïre : 

Qui ue sait compatir aux maux qu'il a soufferts! 

De Belloy, dans le Siège de Calais : 

Vous fûtes malheureux, et vous êtes cruel! 

Lcmierre, dans la Yeuve du Malabar : 

Tu n'as donc, malheureux, jamais versé de larmes ! 



NON LICET OMNIBUS ADIRE CORINTHUAi. 

(Il n'est pas permis à tout le monde d'aller à Corinthe.) 

Corintlie était la ville des plaisirs coûteux , et beaucoup devaient y 
renoncer moins par sagesse que par pauvreté. Aussi disait-on alors : 



FLORE [.AÏiNE. 137 

.Tout le. monde ne peut aller à Corinthe. Ce proverbe a pris, avec le 
temps, un sens beaucoup plus général et signifie aujourd'hui (ce qui 
e.-t presque une vérité de La Police), que les hommes n'ont pas tous 
i.'i même fortune, le même esprit, le m"^me génie. Ordinairement, c'est 
sr^r le ton de la plaisanterie que l'on dit : Non lie et... 

— feg^^^ o^ - 

NOIV OM?îIS MORIAR. 

(Je ne mourrai pas tout entier.) 

Jugement d'Horace sur lui-môme ; la postérité l'a ratifié. 
Corneille s'est souvenu de la belle expression d'Horace quand il a 
mis les vers suivants dans la bouclie d'Emilie {Cinna, a. I, se. ni) : 

Regarde le malheur de Bmte et de Cassie, 
La splendeur de leur nom en est-elle obscurcie? 
Sont-ils morts tout entiers avec leurs grands desseins? 
Ise les compte-t-on plus pour les derniers Romains? 

Racine emprunte avec le même bonheur la pensée du poète latin 
quand il fait dire à Acliille : 

Voudrais-je, de la terre inutile fardeau, 
Trop avare d'un sang re(ni d'une déesse, 
Attendre chez mon père une ol.'scure vieillesse; 
Et toujours de la gloire évitant le sentier, 
Ne laisser aucun nom et mourir tout entier? 



KON PASSIBUS ^QUIS. 

(D'un pas inégal.) 

Hémistiche de Virgile. « Le jeune Iule prend ma main et me suit 
d'un pas inégal. » Énée touche à la fin de son récit ; il est arrivé au 
moment où, fuyant Troie en flammes, il emmène avec lui son pfTe, 
sa femme et son fils Iule. Cette peinture du petit Ascagne, suivant 
d'un pas inégal la marche de son père, est remarquable par le naturel 
et la naïveté. 

NON POSSUMUS. 

(Nous ne pouvons.) 

Réponse de saint Pierre et de saint Jean aux princes des prêtres, 
qui voulaient leur interdire le droit de prêcher l'Évangile : 

« Jugez vous-mêmes s'il est juste de vous obéir plutôt qu'à Dieu? 
car pour nous, nous ne pouvons ne point parler des choses que nous 
avons vues et entendues. » 

8. 



138 FLORE LATINE. 

Cette expression, dans la Louche du représentant d'une autorité 
c'uelconque, exprime une impossibilité, un refus sur lequel on ne peut 
revenii'. 

NOSCE TE IPSUM*. 

(Connais-toi toi-même.) 

C'était la maxime favorite de Socrate. Diogène Laërce l'attribue à 
Thaïes 3 Antisthène l'attribue à une ancienne sibylle nommée Phé- 
monoé , et il accuse Chilon de se l'être iu justement appropriée. Quoi 
qu'il en soit, Socrate fut le premier qui la fit valoir. Il l'adopta, l'ex- 
pliqua, et la rendit célèbre. Jamais maxime n'a été plus répétée. On 
sait quelle était écrite sur le fionton du temple de Delphes. Toute la 
loi morale est renfermée dans ces deux mots, comme toute la loi reli- 
t^ieiise est renfermée dans ces paroles de Jésus-Christ : Aime ton pro- 
chain comme toi-même. Sénèque le tragique a développé cette belle 
maxime en deux vers sentencieux que Nicole a traduits ainsi : 

Qu'un homme est mallieureux à l'heure du trépas», 
Lorsqii'ayant oul»lié le seul point nécessaire, 
Il meiirt connu de tous, et ne se connaît. pas! 

Juvénal a dit : « Cette sentence : Gomiais-toj toi-même, est descen- 
due du ciel. » 

NOS NUSiERUS SUSIUS. 

(Nous, nous sommes la foule.) 

Expression latine dont le sens répond à ce que nous appelons, en 
plaisantant, le commun des martyrs. 



NOVE SED NON NOVA. 

(La manière est nouvelle, mais non la matière.) 

11 y a une assez grande analogie entre cette pensée et celle de VEc- 
désiaste : « Rien de nouveau sous le soleil... » On modifie les choses, 
on les fait d'une autre manière; mais ce sont toujours les mêmes 
choses. 



FLORE LATINE. i^ 

APPLICATION. 

ïïans les'phrases suivantes, relève remplacera chaque tiret par Vune des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

Si lé sujet choisi par un auteur dramatique est un fait histo- 
rique, un trône disputé, une conjuration découverte, il ne doit 
pas y mêler les dieux, les autel's, les sacrifices, les prophéties : — . 

Le chrétien, qui sait que cette vie n'est qu'un court passage qui 
doit le conduire à une autre vie, dit aux approches de la mort, 
comme le poète ancien , mais dans un autre sens : — . 

Sous la hache du bourreau, en face du bûcher, les martyrs 
chrétiens, pressés .d'abjurer leur foi et d'adorer les faux dieux, 
répétaient avec une sublime énergie le mot des apôtres : — . 

Corneille a refait le Cid, dont il avait trouvé l'idée dans les 
vieux auteurs espagnols, et s'est approprié le sujet par la supé- 
riorité de son génie : — . 

Dans les banquets qui sont la suite ordinaire des concours d'a- 
griculture et des expositions de bestiaux, il est rare que les ora- 
teurs ne se' lancent pas dans quelques considérations politiques et. 
sociales : — . 

Ceux qui manient le pinceau sont innombrables, mais on a bien 
vite compté les peintres qui se sont fait un nom : — . 

Personne ne sait demander mieux que ceux qui ne méritent 
pas; l'homme en place est assiégé de solUcitations importunes 
tant qu'il n'a pas répondu au solliciteur par un — absolu. 

Les idées sont un fond qui ne change pas-; la nouveauté consiste 
à les présenter d'une manière originale , — . 

On voit souvent des soldats se réjouir d'une blessure légère 
reçue au commencement d'une bataille; ils se croient quittes pour 
toute la journée en vertu de l'axiome : — . 

Pour être sympathique au malheur, il faut avoir l'expérience de 
la souffrance : — . Comment serait-on sensible à des maux dont on 
ne se fait aucune idée ? 



140 FLORE LATINE. 

Le père de famille qui se voit revivre clans une nombreuse pos- 
térité, peut dire avec moins d'orgueil, mais avec plus de joie que 
le poète : — . 

Boileau avait' plus que personne le droit de recommander aux 
hommes la connaissance de soi-même : nul ne s'est mieux connu 
et apprécie qu'il ne fit. Il savait ce que valait son âme et ce que 
pouvait son génie, il avait obéi de bonne heure à l'ordre de l'oracle : 

En Turquie, quand un vol a été commis et que le voleur est pris 
et convaincu, ce qui est vite fait, on lui coupe immédiatement une 
oreille. On comprend combien un pareil procédé simplifie l'action 
de la police. Car si un voleur déjà repris de justice commet un 
se-cond vol, il n'y a pas, au sujet de la récidive, de dénégation pos- 
sible, à moins que l'oreille n'ait repoussé, ce qui est rare. Alors on 
coupe l'autre, en vertu de cet axiome de droit, — . 

Gélimer accueillit Béhsaire non-seulement avec les égards dus 
à une grande infortune, mais avec la bonté affectueuse de l'homme 
qui a souffert : — . 

Les artistes ont un modèle dont ils doivent chercher à atteindre 
la perfection, c'est la Nature. Ils en approchent à des degrés bien 
différents, — . 

Il y a bien peu d'hommes qui arrivent à une conscience com- 
plète d'eux-mêmes et qui se connaissent à fond. La connaissance 
de soi a été dans tous les temps l'objet principal des vrais philo- 
sophes : — . 

11 est toujours dangereux de faire exception et de se placer au- 
dessus des lois communes; mieux vaut suivre la grande route et 
répéter modestement : — . 

La Harpe cherche à imiter Racine, à égaler la «désespérante» 
perfection de son style, comme il le dit lui-même; mais s'il le suit, 
c'est de loin, — . 

11 y a des natures privilégiées, qui, comme Fénelon, créent 
sans peine et du premier coup d'incomparables chefs-d'œuvre, et, 
à côté, des poètes malheureux qui suent sang et eau pour acliever 
un mauvais sonnet : — . 



FLORE LATINE. 141 

OÙ sont les artistes qui, en face des chefs-d'œuvre des maîtres, 
disent avec sincérité, du cœur et non des lèvres : « Nous ne sommes 
rien comparés à ceux-là , — ?» 

LEÇON XXX. 

NOTISSiaiA VERBA. 

(Dernières paroles) 

Ces deux mots désignent ordinairement, dans les autem's anciens, 
les dernières paroles d'un mourant. 

NULLA DIES SINE LINEÀ. 

(Aucuû jour sans tracer une ligne.) 

Pline rapporte qu'Apelle se livrait avec tant de zèle à son art, qu'il 
ne passait pas un jour sans toucher sou pinceau ; ce qui donna lieu au 
proverbe : Nidla dies sine linea. 

NUMERO DEUS ÏMPARE GAUDET. 

(Les Dieux aiment les nombres impairs.) 

Virgile fait allusion aux projuiétés mystiques que l'antiquité attii- 
huait aux nombres impairs. Dans le système de Pythagore, Tunité 
représentait la divinité , qui contient tout et de qui tout découle ; le 
nombre 2 était le mauvais principe, et le nombre 3 le symbole de 
l'harmonie parfaite. Les anciens buvaient trois fois en l'honneur des 
trois Grâces, et crachaient trois fois pour détourner les enchantements ; 
le gouvernement du monde était partagé entre trois dieux : Jupiter, 
Neptune et Pluton. Diane avait trois visages. 11 y avait trois Parques, 
trois Furies, trois Grâces Cerbère avait trois tètes. Enfin, dans les 
sacrifices, on faisait trois fois le tour de l'autel, on nouait en trois un 
ruban, on coupait trois poils du front des victimes, etc., etc. 



NUNC DIMITTIS SERVU»! TUUM. 

(Maintenant vous pouvez congédier votre serviteur.) 

Siméon, vieillard juif, averti par le Saint-Esprit qu'il no mourrait 
qu'après avoir vu le Messie, se trouva dans le Temple au moment où 



i42 FLORE LATINE. 

la Vierge y apporta le divin enfant. C'est alors qu'il entonna, le can- 
tique. que l'Eglise chante à Cmiplies : nNunc dimittis servum tuvMj Do- 
mine. » 



NUNC EST BÏBENDUM. 

(C'est maintenaut qu'il faut boire, s& réjouir.) 

Cette ode d'Horace fut composée à l'occasion de la victoire d'Actium. 
« Maintenant il faut boire, maintenant il faut frapper la terre d'un 
pied léger. » 

O ALTITUDO ! 

(0 profonde nr !) 

« profondeur de. la science, de la sagesse, de la ricliesse de Dieu ! » 



OCULOS HABEN'T, ET NON VIDEBUNT. 

(Ils ont des yeux et ne voient point.) 

Paroles tirées du Psaume : In exitu Israël de Mgypto : 

« Les idoles des nations ne sont que de l'or et de l'argent, ouvrage 

de la main des hommes. 
» Elles ont une bouche et ne parlent point ; elles ont des yeux et ne 

voient pas.. » 

ODI PROFANUM VULGUS ET AP^CEO. 

(Je hais le vulgaire profane et je l'écarté.) 

Horace a laissé peu de vers ; il mettait un soin extrême à les tra- 
vailler. Peu jaloux des applaudissements de la foule, il se contentait 
des suffrages de quelques juges éclairés, et en général il se flattait de 
mépriser le jugement du vulgaire. 

La Fontaine exprime le même sentiment dans ces deux vers ; 

Que j'ai toujours haï les pensers du vulgaire! 
Qu'il me semble profane, injuste, téméraire! 

Democrile et les Abdériùains. 

tans une de ses odes, J.-B. Rousseau imite le début d'Horace : 

Loin d'ici, profane vulgaire, 
Apollon m^inspire et m'éclaire ; 



FLORE LATINE. 143 

C'est lui, je le vais, je le sens. 
Mon cœur cède à sa v-iolence; 
.Mortels, respectez sa présanoe,. 
Prêtez l'oreille à mes accents! 



O FORTUNATOS NIMIUM, SUA Sï BONA NORINT! 

(Trop heureux s'ils connaissaient leur bonheur.) 

«Trop heureux, s'écrie Virgile, trop heureux l'habitant des cam- 
pagnes s'il savait apprécier son bonheur! Loin des discordes, loin des 
combats, la terre lui prodigue une nourriture faciie. » 

OMNE IGNOTUM PRO TERRIBILI. 

(Tout — danger — inconnu semble terrible ) 

Tacite a dit : Omne ignotum pro magnifico est, tout ce qui est inconnu 
est beau. — En français, nous disons : Les charmes de l'inconnu. 



, APriICATION. 

Buns les phrases suivantes, Véléve remplacera chaque tiret par Vune des 

locutions latines kxpliquées ci-dessus. 

■ *■ 

L'esprit se rouille comme le fer; l'écrivain doit toujours se tenir 
en lialeine : — . 

Quand le cultivateur a rempli sa cave et ses greniers, il songe 
au repos, et, célébrant le verre en main son heureuse récolte, il 
oublie ses fatigues passées; c'est l'heure des longs repas : — ! 

Les poètes, qui auraient cependant intérêt à recueillir les opi- 
nions de la foule, rejettent par système tout avis venant de la foule, 
et se piquent, à la façon des conquéraïits, de ne suivre d'autre 
étoile que leur génie : — . 

La fable des Bâtons flottants dont La Fontaine dit si bien : 
De loin c'est quelque chose, et de près. ce n'est rien, 
est le meilleur commentaire de ce proverbe antique : — . 



I4i FLORE LATINE. 

» 

Dans la Iraj^édie antique, le héros qui va mourir fait d'ordi- 
naire un long monologue : c'est ce que les anciens appelaient les 
— , les paroles de mort qui avaient chez eux une sorte de sanction 
religieuse. 

Les convives ne doivent pas être moins de trois, ni plus de neuf; 

L'instrument du supplice le plus infâme, la croix, est devenu 
le signe de riionneur; n'est-ce pas là le plus étonnant des mi- 
racles de Jésus-Christ? n'est-ce pas le plus imposant mystère? — . 

En lisant le passage où La Bruyère fait une si désolante pein- 
ture de la misère des paysans, on n'est pas tenté de s'écrier avec 
le poète : — ! 

Le nombre sept est d'un emploi fréquent : les sept sages, les 
sept collines, les sept jours de la semaine, etc. : — . 

Pour peu qu'on veuille réfléchir sur les opérations de son es- 
prit, ses facultés, sa mémoire, on s'écrie, comme au sujet des plus 
hauts mystères du christianisme : inexplicables, ô mystérieuses 
profondeurs ! — ! 

Le faubourg Saint-Germain conserve encore les habitudes et les 
traditions de l'ancien régime; il faut avoir une généalogie bien 
authentique pour être admis à ses réunions intimes. Fi des vilains! 

En France, tout individu qui voyage sans passe-port s'expose à 
être appréhendé au corps : — est traduit ainsi par le gendarme : 
Quiconque est inconnu à l'autorité est un homme dangereux. 

Dans la pièce de Shakespeare, les derniers moments, les — de 
Macbeth offrent un spectacle plein de grandeur. Ainsi la torche 
ardente redouble d'éclat avant de s'éteindre. 

L'homme qui a passé sa vie à faire le bien ne craint point la 
mort; il l'accueille au contraire comme une libératrice et dit avec 
joie : — ... 

11 y a des pai'ents qui sont tellement aveugles sur les défauts de 
leurs enfants qu'ils prennent pour dos aigles leurs petits hiboux ; 
c'est surtout de ces faiblesses paternelles que l'on peut dire : — . 



FLORE LATINE. 143 

— ! Heureux l'horame des champs, si, comme le poète et l'ar- 
tiste, il savait jouir des merveilles que la nature étale sous ses 
yeux , s'il était à la fois Virgile et Corydon ! Mais il n'est que Co- 
rydon. 

La Hire, qui avait reproché au jeune Charles VU de perdre 
joyeusement son royaume, dut changer de langage vers la fin de 

ce règne si glorieusement rempli, et dire à Charles le Victorieux • 

j 

Ce que Pline a dit d'Apelle ne convient pas seulement aux 
artistes; — est la devise de tout homme qui ne laisse jamais 
passer un jour sans se livrer à un travail intellectuel. 

Sous l'em^pire des préjugés, les hommes sont aveuglés com- 
plètement; en vain, on cherche à combattre leur erreur, à leur 
montrer les choses sous leur véritable jour : ils ne voient que ce 
qu'ils veulent voir : — . 

Les Anglais avaient fui devant l'épée victorieuse de Duguesclin, 
la France avait repris ses Umites naturelles; Charles V pouvait 
mourir en paix : — ... 

• — g-> - -yy= <^^g&;S> n!rv~'^ — -— — • 



LEÇON XXXI. 

OMNE TULIT PUNCTUM QUI MISCUIT UTILE DULCI. 

(La perfection, c'est de réunir l'utile et l'agréable.) 

Pensée d'Horace que l'on retrouve dans les vers suivants : 

Heureui gui, dans ses vers, sait d'une voix légère, 
Passer du grave au doux, du jjlaisant au sévère. 

BoiLEAu, Art poétique. 

L'art tout entier, c'est d'instruire et de plaire : 

A l'agrément qui joint l'utilité 

Obtient la palme, enrichit le libraire, 

Et se survit dans la postérité. M.-J. Chéxier. 

Au temps de Voltaire, les lettres initiales du vers d'Horace : 0. T. 
P. Q. M. V. D., figuraient sur les billets du Théâtre-Français. A la pre- 
mière représentation d'Oreste, an plaisant interpréta ainsi ces initiales : 
Oreste, Tragédie Pitoyable Que Monsieur Voltaire Donne 

9 



i^a ~ FLORE LATINE. 

OMNIA. 31ECUM PORTO. 

(Je porte tous mes Mens avec moi.) 

Traduction latine d'une réponse du philosophe Bias, l'un des sept 
sages de la Grèce. Prièiie, sa patiie, était assiégée par les généraux 
deCyrus; tous les babitants s'enfuyaient, emportant ce qu'ils avaient 
de plus précieux On s'étonnait de l'insouciance du philosophe^ qui ne 
faisait aucun préparatif de départ. « Je porte tout mon bien sur moi, » 
répondit-il; donnant ainsi à entendre qa'il n'était point attaché aux 
biens périssables, et qu'il regardait comme ses Mens les plus précieux 
sa sagesse et le trésor de sa pensée. 



OMiNIS HOMO MENDAX 

(Tout homme est menteur.) 

Paroles tirées du psaume : Credidi propter guod locutus sum. 

03i>'lU3I CONSENSU. 

(Du consentement de tous.) 

Se dit à propos d'une vérité admise, d'un fait reconnu par tout le 
monde. 

G QUANTUM EST IN REBUS INANE! 

(0 néant des choses de ce monde !) 

Début de la première satire de Perse : 

ft vains soucis des hommes î Que de néant dans les choses de ce 
monde! » 

ORE ROTUNDO. 

(La bouche bien ouverte.) 

« La Muse, dit Horace, a donné aux Grecs le génie, la parole reten- 
tissante, » littéralement : la muse a donné aux Grecs de parler en arron- 
dissant la bouch". 

En écrivant ces vers, le poète ne pensait pas seulement à la pléni- 
tude de la période oratoire des Grecs et à la sonorité de leur débit, 
mais surtout à léloquenc^ de leurs orateurs et de leurs poètes. Plu- 



FLORE LATINE. 147 

larque a dit : des mots ronds et faits au tour. Aristophane, en parlant 
d'Euripide, dit : Je jouis des beautés et des grâces de son langage. 
Cette beauté et ces grâces de langage étaient surtout le partage des 
Athéniens; aussi l'accent étranger du Lesbien Théophraste frappait- il 
la marchande d'iierles d'Athènes. 



O RUS, QUANDO EGO TE ASPICIAM! 

(0 campagne, quand te rêver rai- je!) 

Fatigué du bruit de la ville, Horace aspire au repos des champs : 

« campagne, quand te reverrai-je! Quand pourrai-je, dans la lec- 
ture des vieux auteurs, dans le sommeil ou dans la paresse_, oublier 
doucement les fatigues de la vie. » 

On a répété b>3n souvent l'exclamation d'Horace. 

Delille a paraphrasé heureusement les vers du poète : 

champs! ô mes amis! quand vous verrai-je encore 
Quand pourrai-je, lantôc goûtant un donx sommeil, 
Et des bons vieux auteurs amusant mou réveil. 
Tantôt ornant sans art mes rustiques demeures, 
Tantôt laissant couler mes indolentes heures. 
Boire riienreux oubli des soins tumultueux, 
.Ignorer les humains, et vivre ignoré d'eux! 

OS HABENT, ET NON LOQUENTUR. 

( Ils out une bouche et ne parlent pas.) 

Paroles tirées du psaume : In exitu Israël de Mgygio : 
« Les idoles des nations ne sont que de l'or et de l'argent, ouvrage 
de la main des hommes. Elles ont une bouche et ne parlent point.,. » 

OS IIOMINI SUBLIAIE DEDIT. 

(Il a donné à l'homme un visage élevé — vers le ciel.) 

Ovide racontant le? merveilles de la création, arrive à l'homme. «A 
lui seul, dit le poète, Dieu a donné un visage qui s'élève vers les cieux, 
tandis que toutes les autres créatures inclinent la tète vers la terre. » 



148 FLORE LATINE. 

OS MAGNA SONATURUM. 

(Bouche à la parole retentissante — éloquence suLlime.) 

« Celiii qui a le génie , dit Horace, l'inspiration divine, l'éloquence 
suWime, celui-là mérite le noba de poète. » 

Dans un passage célèbre de VÉnéide, Virgile a tracé une énergique 
peinture des fureurs de la Sibylle, luttant contre l'inspiration prophé- 
tique et contre le Dieu qui l'obsède. J.-B. Rousseau a heureusement 
imité Virgile dans une de ses odes : 

Ou tel (jue d'Apollon le ministre terrible 
Impatient du dieu dont le souffle invincible 

Agite tous ses sens, 
Le regard furieux, la tête échevelée. 
Du temple fait mugir la demeure ébranlée 

Par ses cris impuissants ; 

Tel au5 premiers accès d'une sainte manie, 
Mon esprit alarmé redoute du génie 

L'assaut victorieiu; 
Il s'étonne, il combat l'ardeur qui le possède. 
Et voudrait secouer du démon qui l'obsède 

Le joug impérieux. 

Mais sitôt que, cédant à la fureur divine, 
Il reconnaît enfin du dieu qui le domine 

Les souveraines lois; 
Alors, tout pénétré de sa vertu suprême, 
Ce n'est plus un mortel, c'est ApoUon-lui-mème 

Qui parle par ma voix. 

La Harpe n'hésite pas à placer cette ode du lyrique français an- 
dessus de toutes les autres; on y trouve l'os mogna sonaUirum, qui, seuL 
selon le lyrique latin, annonce le poète. 



APPLICATION. 

Lans les jphrases suivantes, VéUve remplacera chaque tiret 'par l'une d£$ 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

C'est surtout dans l'enseignement qu'il faut se souvenir du 
précepte d'Horace, et savoir rendre attrayantes des matières 
arides par elles-mêmes : — . 

L'exagération a un attrait tellement séduisant qu'il est peu de 
personnes qui refusent de se prêter aux élans de l'invention, et 
qui puissent s'empêcher d'ajouter quelques broderies aux faits les 
plus précis : — . 



FLORE LATINE. ïiO 

Parmi les langues modernes, le français est la forme la plus 
nette qu'ait revêtue le verbe humain. C'est une langue telle que 
les anciens la rêvaient pour les dieux, qui parlaient sans grimace, 

Les matelots et les pêcheurs se distinguent des autres liommes 
par k manière dont ils portent la tête haute en marchant. C'est 
pour eux, on le dirait du moins, qu'a été fait le vers du poète : — ... 

Rollin comparait les ouvrages utiles aux arbres qui portent des 
fruits, et les ouvrages de pure imagination aux fleurs qui croissent 
et meurent si vite. La perfection consiste à joindre les fleurs aux 
fruits : — . 

C"est le propre de l'esprit humain d'exagérer^ et c'est en ce sens 
qu'il est dit dans les psaumes : — . 

Les Grecs, à qui la Muse avait donné de parler — , formèrent une 
langue harmonieuse dont toutes les syllabes pouvaient, par leur 
longueur ou leur brièveté, exprimer tous les sentiments calmes 
ou impétueux de l'âme. 

On n'a jamais pensé à dire des femmes : — . C'est le sentiment 
de La Fontaine, qui connaissait « bon nombre d'hommes qui sont 
femmes. » 

Les sciences, les arts, les connaissances administratives ou 
industrielles, voilà les véritables richesses, moins périssables que 
les autres, les seules qui permettent à l'homme de dire avec une 
juste confiance dans sa valeur : — . 

Des milliers d'hommes ont été sacrifiés par les grands conqué- 
rants à l'établissem.ent de vastes empires, qui survivaient à peine 
de quelques années à leurs fondateurs : — ! 

En France, depuis quelques années, on déserte les campagnes 
au profit des villes, et nos paysans seraient bien étonnés si quel- 
qu'un allait leur dire : « — ?» 

Dans la prose française, dans les Martyrs de Chateaubriand, 
par exemple, on trouve le grandiose, îe sublime, V — du poète. 

Un pharmacien homéopathe peut dire, grâce au peu de place 
que tiennent les globules : —, je porte dans mon gousset toute 
une pharmacie, mais une pharmacie à guérir une armée de 
600,000 soldats, qui seraient tous à l'hôpital. 



ioO FLORE LATINE. 

Parmi les nomÎ3reiise3 preuves que l'on a données de rexislence 
de Dieu, la plus évidente est celle que l'on tire du consentement 
unanime des peuples. En tous lieux, en tous temps, — , l'Être 
suprême a été adoré. 

Bien souvent on entend les habitants des villes soupirer après le 
calme des champs : — ! s'écrient-ils, et ils ne sont pas plus tôt à 
la campagne qu'ils regrettent la ville. 

Quand Bossuet se faisait entendre du haut de la chaire de vérité, 
on voyait rayonner sur son visage une sorte d'ardeur surhumaine 
qui rappelait à tous 1' — , l'orateur sublime animé par une inspira- 
tion divine. 

Le chanteur qui veut monter jusqu'à des notes impossibles 
reste en route et la bouche ouverte, il ressemble aux idoles dont 
parle le Psalmiste : — . 

Jésus-Christ est venu dans le monde pour que chaque jour il y 
ait un plus grand nombre d'honnnes qui deviennent dignes du 
nom d'hommes, pour que chaque jour plus de regards s'élèvent 
vers ie ciel ; car telle est notre destinée : — . 

La religion est, — , indispensable à l'existence des sociétés. 

La révolution d'Angleterre força la reine à se réfugier en 
France, et l'on vit celle qui s'était assise sur le trône à côté de 
Charles I®"^, souffrir les privations de la plus obscure misère — . 



LEÇON XXXîI. 

O TE3fP0RA! O mores! 

(O temps! ô mœiirs!) 

A propos de Catilina, Cicéron s'élève éner.dquement contre la com- 
plicité morale de la société de son temps , qui permettait d'oser les plus 
énormes attentats. « Dans quel siècle vivons-nous ! s'écrie l'orateur, 
tempora ! o mores ! » 



FLORE LATINE. 151 

OTIUM CUM DIGNITATE. 

(Noble oisiveté.) 

Expression de Cicéron à la louange des lettres, qui procurent à 
l'homme d'État retiré des affaires un notle emploi de ses loisirs. Ainsi 
lui-même, pendant la dictature de César, employait le temps de son 
inaction politique à composer les Tusculanes, trayail qu'il appelait une 
noble oisiveté, otium cum dignitate. 



O UBI CAMPi! 

(0 la campagne !) 

Exclamation de Virgile. 

« campagnes fortunées qu'arrose le Sperchius, montagnes du Tay- 
gète, foulées en cadence par les vierges de Sparte, fraîches vallées de 
IHémus, qui me transportera sur vos rives et me couvrira de l'omhre 
épaisse de vos bois ! » 

L'épître de Boileau à Lamoignon, sur les plaisirs des champs, est 
souvent citée comme un modèle. La campagne sans doute a du charme 
pour Boileau, mais elle ne le touche pas aussi profondément qu'Horace 
et Virgile, qu'il a imités. 

fortuné séjour! ô champs aimés des cieiix! 
Que pour jamais, foulant vos piés délicieux, 
Ne puis- je ici fixer ma course vagabonde , 
Et, connu de vous seuls, oublier tout le monde ! 

Combien ces vers sont moins touchant^ que ceux de Virgile ! Il n'y 
avait alors que le bon La Fontaine assez épris des champs pour parler 
de la solitude avec une émotion qui rappelle les deux poètes latins : 

Solitude, ftù je trouve une douceur secrète, 
Lieux que j'aimai toujours, ne pourrai-je jamais, 
Loin du monde et du bruit goûter l'ombre et le frais' 
Oh! qui m'arrêtera sous vos sombres asiles! 

La Fontaine, le Songe d'un habitant du Mogol, 



PANEM ET CIUCENSES. 

(Du pain et les jeux du cirque.) 

Voilà, dit Juvénal, tout ce que demandaient les Romains de la déca- 
dence, dn pain et les jeux du cirque, c'est-à-dire du blé au forum et 
les spectacles gratuits. Quant à la liberté, on n'y pensait plus. 



lo2 FLORE LATIÎsi:, 

PARCERE SUBJECTIS. 

'Epargner les vaincus.) 

Virgile met dans la bouche d'Ancbise, expliquant à son fils les 
futures destinées de sa race, cette noble maxime qui sera la devise 
dn peuiile romain : « Épargner les vainrus, abatlre les suprilrs n 
{Piirccrc subjecîîs et dcbellare SHjier&os. — V. BeleUare sufcrbos.) 

— e>g^«g>' D^!? - 

PAR PARI REFERTUR. 

(On rend la pareille.) 

C'est la loi du talion, loi qui existait au temps des Hébreux; œilpûm 
œil, dent pour dent, dit la législation mosaïque. 



PARTURIENT MO'TES. 

(La montagne est en travail.) 

Horace recommande au poète de ne pas commencer par un déljut 
ambitieux et exagéré : « Ne commencez pas comme ce poète d'autrefois : 
« Je vais chanter la fortune de Priam et la fameuse guerre de Troie! » 
Que donnera-t-il après cette pompeuse promesse? La montagne est en 
travail; elle enfantera un rat ridicule : Varturirat montes, nascetur ridi- 
culus mus. » 

La Fontaine a tiré de ce passage une de ses plus jolies fables, la 
Montagne qui accouche. Boileau et Chénier ont imité aussi la spirituelle 
hyperbole d'Horace. 

N'allez pas, dès l'abord, sur Pégase monté, 

Crier à vos lecteurs, d'une voix de tonnerre : 

« Je chante le vainqueur des vainqueurs de la terre. » 

Que produira l'auteur après tous ces grands cris? 

La montagne en travail enfante une souris. 

Boileau, Art poétique. 

Xous tiendra-t-il, ce chantre à large bouche, 

Ce qu'il promet avec tant d'apparat? 

Ohl non, vraimeiit : la montagne est en couche; 

Grande rumeur; et que nait-il? un rat. 

André Chénier. 

PATIENS QUIA .ï:TER?îUS. 

(Patient parce qu il est éternel.) 

Saint Augustin , admirant la patience immuable de Dieu au milieu 
des désordres et des crimes du monde, en donne ainsi la raison : Patiens 
îuia œternu$. 



ILORE LATINE. lo3 

PAUCA, SED CONA. 

(Peu, mais bon.] 

Ces deux mots, bien qu'ils se prennent dans un sens général, « la 
■{ualité vaut mieux que la quantité, » s'appliquent particulièrement 
aux ouvrages littéraires. 



PAULO MAJORA CANAMUS! 

(Chantons des choses pins relevées !) 

Après avoir chanté les arbrisseaux et les humbles bruyères, Virgile 
s apprête à chanter les bois. 



APPLICATION. 

Lans les phrases suivantes, l'élève remplacera chaque tiret par Vune des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

Il arrive un âge où l'homme d'État laisse passer en souriant 
ceux qui courent à l'assaut du pouvoir, et n'a plus qu'une am])i- 
tion : une calme et honorable retraite, — . 

Certains peuples sont comme les enfants; ils ne demandent rien, 
pourvu qu'on les nourrisse et qu'on les amuse : — . 

A la vue de la perversité profonde de certains hommes qui ne 
reculent devant aucune mauvaise action, ne vous demandez pas : 
Dieu peut-il supporter de tels crimes? Dieu a le temps de sévir : 

On ne doit jamais profiter de la détresse d'un ennemi pour lui 
imposer des lois trop dures : — est la de\1se de tous les honnêtes 
gens. 

Ceux qui aiment à plaisanter sur le compte des autres, souf- 
frent généralement fort mal la plaisanterie, et n'admeUent pas le 

Heureux les auteurs qui ne laissent qu'un petit nombre d'ou- 
vrages, qu'un livre même, pour^'u que chaque page soit étincelante 
de beautés : — ! 

9. 



154 FLORE LATINE. 

L'écolier, le prisonnier, remployé attaché à la glèbe du bureau, 
s'écrient aux premiers rayons du soleil, aux premiers chants de 
l'alouette : — ! 

Certains romanciers modernes laisseront un bagage littéraire 
dont certainement la postérité ne dira pas : — . 

Défiez-vous des gens qui ont toujours les promesses à la bouche ; 
ce sont généralement ceux qui tiennent le moins : — ..., dit le 
sai:e en les écoutant. 

Néron se plonge dans le sang, et, dans cette Rome avilie, pas une 
voix ne s'élève pour flétrir le parricide : — ! 

11 y a des écrivains médiocres qui restent toujours terre à terre, 
et ne trouvent jamais dans toute leur vie l'occasion de s'élever et 
de dire : — ! 

— , criaient les Romains au temps des Césars : un peu de pain 
trempé dans du sang, voilà tout ce que demandait à ses maîtres* 
ce peuple si fier et si poli , qui avait conquis le monde I 

Faites tous vos efforts pour corriger les vices de vos enfants; ne 
soyez pas trop indulgents, trop patients; rappelez-vous que 
l'homme ne peut pas être, comme Dieu, — . 

Quand le tumulte des villes et l'agitation des affaires nous ont 

pris la plus belle partie de notre vie, nous aspirons au calme des 
solitudes champêtres : — ! 

Les moralistes et les philosophes sont toujours disposés à s'élever 
contre les vices de leurs contemporains, et à s'écrier : — ! sans 
réfléchir que ces vices, aussi anciens que Thumanité, sont de 
toutes les époques. 

Après avoir chanté le combat des Rats et des Grenouilles, le 
divin Jlomère chante les héros de l'Iliade et de l'Odyssée : — ! 

Combien de philosophes ont annoncé, au début de leurs livres, 
qu'ils allaient enseigner à tous les hommes le moyen d'être heu- 
reux! Une fois qu'on les a lus, on ne peut que rire de leurs 
chimères : — . 

La Cigogne imitée par le Renard à un repas dont elle ne put 
« attraper miette , » F,ut en tirev vengeance : ^-. 



FLORE LATINE. 4 55 

LEÇON XXXIII. 

PECTUS EST QUOD DiSERTU3î FACIT. 

(C'est l'âme qui fiit réloqn;-nce.} 

Ce précepte de Qiiintilien a été éloquemmeut traduit par Vauvenar- 
giies : les grandes lensées viennent du cœur. On ne saurait trop le ré- 
péter, le cœur est le siège, le foyer de l'éloqueuce. ilallieur à l'orateur 
qui manque de sensibilité; il pourra feindre la douleur et mettre sur 
son visage le masque de la tiistesse; mais on ne verra point couler de 
ses yeux ces larmes réeîles et sinc^^res, et par là môme toujours victo- 
rieuses, qu'on demande au véritable orateur. Celui qui n'est pas sen- 
sible et se croit éloquent, se trompe étrangement .- il n'est qu'un vain 
et froid déclama leur. 

PEDE POEXA CLAUDO. 

(Le châtiment suit le crime d'iin pied boiteux.) 

Pensée tirée d'une ode d'Horace. 

« Le châtiment est boiteux, mais il atteint toujours le coupable. » 
Cette idée de la vengeance, ou tardive ou boiteuse, a été souvent 
reproduite par les modernes. Victor Hugo a dit dans Eernani: 

La vengeance est boiteuse; elle vient à pas lents, 
Mais elle vient... 

Et Théophile Gautier, dans sa pièce intitulée Têaèbres : 
Car la vengeance vient, quoique boiteuse et lente. 

PEKDENT OPERA I>'TERRUPTA, 

(Les travaux commencés s'arrêteiit.) 

Virgile nous peint l'état de stagnation qui a succédé, dans Carthage 
naissante, à la première activité des Tyriens, depuis que Didon, tout 
eulière à sa passion pour Énée, ne songe plus à ses devoirs de reine. 



PER F AS ET NEFAS. 

(Par ie juste et l'uijaste.) 

C'est-à-dire par toutes les voies, par tous les moyens permis ou non 
permis. 



156 FLORE LATINE. 

l'ER INANIA REGNA. 

(Dans le royaiime des ombres.) 

Virgile nous montre Énée descendant aux Enfers, conduit par la 
Sibylle. 

« Ils marchaient dans les ombres obscures de la nuit solitaire, à 
travers les demeures vides de Pluton et le royaume des ombres. » 

PERIODE AC CADAVER. 

(Comme rm cadavre.) 

Saint Ignace de Loyola fit de ce mot la base de la discipline de son 
institut. 11 voulut faire entendre par là que les membres de la compa- 
gnie de Jésus doivent être soumis aveuglément aux volontés de leurs 
supéi leurs, sans opposer plus de résistance qu'im cadavi'e. Il est juste 
d'ajouter que cette obéissance passive n'était pas absolue; le fondateur 
y avait mis cette restriction : In omnibus v.bi icccatum non cerneretur, dans 
toutes les choses où l'on ne verrait pas de péché. 



PER JOCUM. 

(Par plaisanterie.) 

Celte expression répond tout à fait à la locution enfantine ijour de 
rire opposée à pour de bon. 



PER J0VE3I! 

( Par Jupiter ! ) 

Jurement familier qui ne s'emploie que sur îe ton de la plaisanterie. 



PERTRANSIIT BENE F A CIENDO. 

(Il a passé en faisant le bien.) 

Ce mot simple et touchant de saint Pierre résume toute ia vie du 
Saiiveur. Nous en trouvons le commentaire dans un des plus anciens 
sermons de Bossuet : « ... Et à propos de la miséricorde, il me souvient 
d'un petit mot de saint Pierre, par lequel il dépeint fort bien le Sau- 
veur à Corneille : Jésus de Nazareth, dit-il, homme approuvé de Dieu, 
qui passait bien faisant et guérissant tous les oppressés : Ttrtransiil 



FLORE LATINE. i57 

hciiefiiciendo... Dieiii les ])elles paroles et bien 'lignes de mon Sau- 
veur! » On a depuis appliqué ce mot aux hommes dont la vie entière 
a été consacrée au soulagement de leurs semblables. Saint Vincent de 
Paul a été le héros de la charité; nul n'a mieux mérité qu'on gravît 
sur sa tombe ; Tertransiit benefaciendo. 



PISCEMNATAREDOCES. 

(Vous voiliez apprendre à un poisson à nager.) 

Proverbe Litin qui signale, sous une forme plaisante, un travers 
assez commun, celui des gens qui font étalage d'une science très-mé- 
diocre devant des personnes cent fois plus instruites qu'eux. C'est 
riiistoire de Gros-Jean qui veut en remontrer à son curé. 



APPLICATIO-V. 

Dans les phrases suivantes, Véléve remplacera chaque tiret par Vune des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

Aux époques de troubles et de guerres civiles, le bruit de la 
place pu])lique remplace le bruit de l'atelier; les travaux s'arrêtent : 

En voyant mourir dans un calme apparent certains hommes 
ilont la longue vie a été une insulte continuelle aux lois de la 
justice , on pense au mot du poète : — . 

Chez les jésuites, on voit un prédicateur illustre descendre de 
la chaire pour éplucher les herbes, un directeur de consciences 
balayer les escaUers. Les célèbres rehgieux subissent avec joie ces 
mortifications du cœur et de l'àme, qui font d'eux des cadavres 
moraux, — . 

C'est un grand talent de savoir écouter : si l'on vous raconte 
un trait piquant, une anecdote nue vous connaissiez déjà, ne vous 
hâtez pas d'interrompre le narrateur en lui criant : — , je sais cela 
mieux que vous ! Écoutez-le jusqu'au bout. 

Quand un homme, dépourvu de talent, occupe une haute posi- 
tion, l'on peut affirmer sans craindre de se tromper qu'il y est 
arrivé — , 



i'6S FLORE LATINE. 

Si le châtiment se fait longtemps attendre, — . il arrive tou- 
jours, et ce serait une erreur de croire que les coupables peuvent 
y échapper. 

La première condition de l'éloquence est une profonde sensibi- 
lité : — . C'est ce qu'un moraliste a exprimé si heureusement, 
quand il a dit que le cœur est la source des nobles pensées. 

C'est une consolation de penser à tant d'illustres génies, qui ont 

laissé parmi les hommes les traces de leur passage, et à tant de 

saintes et modestes natures, qui, dans le sexe féminin surtout, 

n'ont marché sur la terre qu'en consolatrices et en bienfaitrices, 
I 

Les hospices d'aliénés présentent un des plus tristes tableaux de 
rinfirmité humaine: là on ne se rencontre plus avec des hommes', 
on marche au milieu des ombres, — . 

L'ambition est mauvaise conseillère, et l'on Voit d'ordinah*e les 
ambitieux marcher — à la réalisation de leurs projets. 

Démosthène, Cicéron, Mirabeau, tous les grands orateurs ont 
joui au plus haut degré de la faculté de sentir : — . 

Les histoires de revenants et de voleurs qua l'on raconte sou- 
vent — , ont sur l'esprit des enfants une très-fàcheuse influence. 

Le vieux maître d'école, qui n'avait pas complètement oublié la 
langue de Cicéron, avait, comme Henri IV, un juron familier : — ! 
s'écriait-il quand il fallait faire régner le calme chez la gent éco- 
lière. 

Quelques philosophes perdus dans les nuages, sont tout-à-fait 
inintelligibles; on cherche en vain dans leurs écrits quelque trace 

de lumière : on marche dans Tobscurité, — . 

L'obéissance passive devait être la première loi du code mili- 
taire : car sans obéissance, pas de discipline. C'est quand il s'ap- 
plique à une armée que le — cesse de révolter la nature. 

Qu'il y a peu d'hommes dont le passage sur cette terre ait été 
marqué par des actes véritablement bons et utiles et dont on 
puisse dire : — î 



FLORE LATINE. 15» 

11 y a, dit Chateaubriand, des délicatesses et des mystères de 
langage qui ne peuvent être révélés à rorateur que par ion cœur 
et que n'enseignent point les préceptes de rhétorique : — . 

La mort a surpris Pascal avant qu'il ait pu achever et coordonner 
ses Peiisées; c'est un monument dont il n'a jeté que les fondations : 



LEÇON XXXIV 



PLAUDITE, cives: 

(Citoyens, applaudissez !) 



Les Romains, assemhlis au théà're, écoutaient les poètes et les applau- 
dissaient avec transport, et les poètes ne rougissaient pas de leur de- 
mander avec une noble audace la digne récompense du fruit de leurs 
veilles, par cette formule ou d'autres équivalentes ; 'Plaudite^ ckes ! 



POETE, NO?» DOLET. 

(Pœtus,' ce ii'est pas doulonreas.) 

Cécina Pœtus, personnage consulaire, se trouva engagé dans la ré- 
volte malheureuse de Scriboni anus contre leuipereur Claude. Arria, 
femme de Pœtus, n'ayant aucun espoir de sauver son mari et voyant 
qiiil n'avait pas le courage de se donner la mort, prit un poignard, se 
l'enfonça dans le sein, et, ie retirant, elle le lui présenta en cUsant 
froilement : « IPœte, non doltt, Pœtus, ce n'est pas doulomeux. » Pœtns 
se donna la mort, à l'exemple de sa femme. 



POST EQUITE3I SEDET ATRA CURA. 

(Le noir souci monte derrière le caTalier.) 

En vain, nous dit Horctce, vous quittez la ville pour la campagne, et 
les champs pour la ville, vous fuyez votre ennemi, l'eunui, le noir 
souci ; vain espoir, dès que vous êtes à cheval pour partir, il s'élance 
en croupe. 



160 FLORE LATINE. 

Boileaii a dit après Horace : 

Le chagrin monte en croupe et galope avec lui. 

On counaît aussi ces jolis vers que Delille place dans la bouche d'un 
liche fatigué de tout : 

a Que la ville m'ennuie! 
Volons aux champs : c'est là qu'on jouit de la vie. 
Qu'on est heureux. » Il part, vole, arrive; l'ennui 
Le reçoit à la grille et se traine avec lui , 



POST HOC, ERGO PROPTER HOC. 

(A la suite de cela, donc à cause de cela.) 

Formule par laquelle on désignait, dans les disputes de la sco- 
lastique. Tendeur qui consiste à prendre pour cause ce qui n'est pas 
cause. C'est une des plus fréquentes erreurs de l'esprit humain. 
L'année 1811, par exemple, a été marquée par Tappaiition d'une 
brillante comète, suivie d'une abondante récolte en yin. Combien de 
gens sont encore persuadés que c'est à la comète qu'on doit la récolte^ 
et que la comète amène le bon yin! 



PRIMO 3IIHI. 

(Premièrement à moi.) 

Paroles du lion, dans la fable de Phèdre. {Voir : Quia nominor ko.) 
Si c'est le langage du plus fort, c'est aussi et bien souvent celui de 
l'égoïste. 

PRI3iO OCCUrANTI. 

(Au premier occupant.) 

Le droit du premier occupant constitue, en l'absence de toute autre 
circonstance, le droit de propriété le moins incontestable : « Cette 
chose n'est à personne, je la prends, donc elle est à moi. » Dame 
Belette n'a pas d'autre argument ù opposer aux réclamations de Jean 
Lapin : 

La dame au nez pointu répondit (jue la terre 
Était au premier occupant. 



FLORE LATINE. 161 

PRI3IUS I>'TER PARES. 

(Le premier entre ses égauï.) 

Expression latine qui date du moyen ige, de cette époque où le roi 
était considéré an milieu des gi-ands vassaux comme \q immier entre 
ses laUs, — Celle Incutiou s'cinploic ordiiiaircuiciil dins nu sens iro- 
nique. 

PRO ARIS ET FOCIS. 

(Combattre — poar ses aiituls et ses foyers.) 

C'est-à-dire pour les dieux pénates, dieux de la patrie, et pour les 
•lieux lares, dieux du foyer domestique. L'expression latine a, comme 
<:>n le voit, plus de profondeur et d'étendue que l'expression française : 
combattre pour la patrie. Elle embrasse à la fois les choses divines et 
humaines, llntérét général et l'intérêt particulier. On ne la comprend 
pas bien, tant qu'on ne s'est pas rendu compte du xiâi sens des mots 
aris et focis. Aris est l'autel public, celui des temples; focis, l'autel 
domestique, qui était placé près du foyer. 

— o-<r^'D^ 

PRO DO 310 SUA. 

Pour sa maison.) 

C'est le titre d'une des harangues de Cicéron. Un patricien nommé 
Glodius, ayant vu Cicéron déposer contre lui dans une affaire crimi- 
nelle, jura de se venger. 11 se fit élire tribun du peuple, et proposa 
aussitôt une loi contre ceux cpii avaient fait mettre à mort des citoyens 
romains sans jugement préalable. C'était un coup poïté à Cicéron, qui 
venait de mériter le nom de Fére de la Patrie en frappant Catilina. 
Soutenu par le sénat et par l'ordre équestre, Cicéron aurait pu lutter; 
il préféra céder à l'orage et se retira de Rome. Non content de l'avoir 
fait exiler, Clodius s'était jeté sur sa maison du mont Palatin, y avait 
fait mettre le feu, s'était approprié la plus grande partie du terrain, 
et avait fait bâtir sur le reste im temple et une statue de la Liberté. 
Rappelé par les suffrages publics, Cicéron rentra à Rome après une 
absence de dix-sept mois ; son retour fut un "VTai triomphe. Jaloux de 
recouvrer au moins l'emplacement de sa maison, il plaida devant le 
tribunal des pontifes, et défendit sa propre cause avec autant de 
succès qu'il avait si souvent défendu celle des autres. 



i-62 , FLORE LATINE. 

TROU ruDon! 

(0 boute!) 

Exclamation qui sert à manifester un sentiment de profond étonne- 
ment, de vive indignation, niais qui, dans une phrase française, ne 
s'emploie guère que sur le ton de la plaisanterie. 



APPLICATION. 

Dans les phrases ndvantes, Vélcve reiii'placera cha([ue tiret 'par l'une des 
locutions latines expliq^iiées ci-dessus. 

Souvent après qu'une comète a paru dans le ciel, il arrive quel- 
qu'un de ces accidents auxquels les hommes sont exposés : comme 
la peste, la famine... La comète n'a aucune li'àison physique avec 
l'événement; cependant le peuple en attribue la cause à la comète : 

L'intérêt personnel fait des miracles : on a vu des hommes re- 
fuser le secours d'un avocat, plaider eux-mêmes, — , et sortir vain- 
queurs de la lutte après une plaidoirie qui étonnait les juges tt les 
assistants. 

Le président d'une république, rentrant dans la vie privée 
après l'expiration de son mandat, n'est guère que — , malgré les 
privilèges attachés à sa dignité. 

L'égoïste se donne facilement la préférence; il se croit en droit 
de commencer par lui-mêm.e, — , et il s'adjuge sans scrupule la 
meilleure part. 

La femme chrétienne, même pour prévenir une mort doulou- 
reuse, ne pousserait pas son époux au suicide et ne lui tendrait pas 
le poignard en lui disant : — . 

La plus admirable de toutes les campagnes de l'Empire, c'est 
celle que l'on a appelée campagne de France. Là nos pères com- 
battaient — . 

Il y a des hommes qui sacrifient leurs intérêts à ceux de l'huma- 
nité souffrante; ils thésaurisent pour l'éternité. D'autres prennent 
pour devise — , moi, toujours moi, et ils amassent des millions 
pour le présent. 



FLORE LATINE. 163 

Le vaudeville se termine d'ordinaire par un couplet dans lequel 
l'acteur principal demande au public des applaudissements et des 
bravos; cet usage remonte à l'antiquité^ c'est le — des Romains. 

Ceux qui . pour tromper leur ennui ou chasser le spleen , cou- 
rent de contrée tu conlrée, sont déyus dans leur attente : — . 

Malgré l'opinion générale, la lune rousse n'exerce aucune ma- 
ligne influence sur les jeunes pousses d'avril ; mais connue le 
rayonnement et la gelée qui en résulte ne peuvent scientifique- 
ment se produire si elle ne brille de tout son éclat, on ci accuse 
la lune rousse et l'on dit : — . 

Un envoyé se présente de la part des Gibelins, porteur de pa- 
roles de conciliation. Assez de guerre comme cela! Pour cimenter 
la paiXj il demande la main de Juliette pour Roméo. 11 va sans dire 
que cette proposition est repoussée. Un Guelfe s'unir avec un Gi- 
belin ! — ! L'envoyé se relire avec des menaces, le poing sur la 
garde de son épée, comme il convient à sa dignité. 

Les jours de représentation gratuite, les premiers entrés occu- 
pent les meilleures plLicos et les gardent; personne n'ayant payé, 
il n'y a d'autre distiiiclion que celle qui est due — . 

Il y a des souvenirs que l'on ne peut fuir; ils nous assiègent îa 
nuit aussi bien que le jour; au milieu des fêtes et des festins ils 
nous poursuivent encore : — . 

Le courage militaire a besoin de témoins : demandez à un soldat 
d'accomplir un acte de dévoùment que personne ne connaîtra; vous 
pouvez être sûr que son ardeur se cahnera; il veut bien mourir, 
mais d'une mort qui dise à tous : — ! 

C'est surtout lorsqu'il est luiniême son client, lorsqu'il plaide 
— , que l'avocat doit avoir de l'éloquence. 

Dans les gymnases ou lycées d'Allemagne, il règne une cer- 
taine égalité entre les professeurs et le chef de l'étabUssement, ea 
sorte que ce dernier n'est guère que — . 

C'est l'honneur de la Roumanie d'avoir gardé son christianisme 
sous le poids des tempêtes qu'elle a subies. Depuis la première 
invasion des hordes barbares, que de fois ses vertes vallées ont été 



104 FLORE LATINE. 

arrosées de san^! que de fois la pauvre contrée , ouverte à l'inva- 
sion, a dû combattre — . 

Le jour où un homme a ensemencé un champ pour la première 
fois, il a dit : Ce champ est à moi ! Telle est l'origine de la pro- 
priété : — . 

Le jeune homme doit se défier de ces prélenJus amis qui cher- 
chent à l'entraîner dans le désordre et qui, pour l'étourdir sur les 
suites funestes du vice, prêchent d'exemple et lui disent : — , 



LEÇON xxxy. 



PULCHRE, BENE, RECTE! 

(Bien, très-bien, parfait!) 

Horace conseille aux auteurs de se défier d'un critique trop hienveil- 
iant, qui ne fait entendre que des exclamations louangeuses. 
Boileau a dit : 

Un flatteur aussitôt cherche à se récrier; 
Chaque vers qu'il entend le fait extasier; 
Tout est charmant, divin; aucun mot ne le blesse; 
Il trépigne de joie, il pleure de tendresse. 



PITNICA FI DE S. 

(Foi punique.) 

C'est-à-dire foi équivoque, mauvaise foi. perfidie; telle était, chez 
les Romains, la réputation des Carthaginois. Mais les Romains étaient 
à la fois juges et partie, et la perfide Carthage ressemble beaucoup à la 
perfAe Albion. Peut-étrC; le mot de foi romaine avait-il chez les Cartha- 
ginois le même sens que celui de foi imnique chez leurs ennemis. Mais 
les Carthaginois n'ont pas eu le bonheur d'avoir un Tite-Live. « Ce ne 
fut que la victoire, dit ^Montesquieu, qui décida s'il fallait dire la foi 
romaine ou la foi punique. » Ah ! si mes confrères savaient peindre, 
s'écrie le lion de la fable en voyant le tableau qui représente un des siens 
terrassé par l'homme ! 



FLORE LATIME. 165 

QUyERENS QUEM DEVORET. 

(Cherchant quelqu'un à dévorer.) 

Expression de saint Pierre pour caractériser le démon: 

« Tenez -vous sur vos gardes, car le démon, votre ennemi, tourne 

autour de vous comme un lion rugissant, cherchant quelqu'un à 

dévorer. » 



QVJE SUNT CiESARIS, CiESARI. 

(Il faut rendre — à César ce qui est de César.) 

Paroles tirées de l'Évangile selon saint Matthieu. 

« Les Hérodiens demandèrent à Jésus s'il fallait payer le tribut à 
César; Jésus leur dit : — JMontrez-moi la pièce qu'on donne pour le 
tribut. Ils lui présentèrent un denier. — De qui est cette image? — De 
César. — Rendez donc à César ce qui est de César et à Dieu ce qui est 
de Dieu. » 



QUALIS AB INCEPTO. 

(Tel qu'au début.) 

« Que vos personnages, dit Horace, conservent jusqu'au bout le 
même caractère, et qu'au dénoùment ils soient tels qv'au début. » 

Servetnr ad imum 
Qualis ab incepto processerit, et sibi coustet. 

Le principal intérêt du Misanthrope, dit M\ Géruzez, est dans le 
développement, la vérité, le contraste et les nuances des caractères. 
La misanthropie d'Alceste est relevée par l'indulgence de Philinte, et 
la coquetterie de Célimène par la sincérité d'Eliaiite Acaste et Cli- 
tandre n'ont pas le même genre de fatuité, et Oronte ajoute aux tra- 
vers généraux de l'homme de cour la manie des petits vers, qui 
surexcite la vanité. Arsinpé, par désespoir de coquetterie, s'est retran 
chée dans la pruderie, qui est une curieuse variété de l'hypocrisie. Tous 
ces personnages agissent et parlent selon leur nature^ sans se démentir, 
selon le précepte d'Horace, 



166 FLORE LATINE, 

QUANDOQUE BONUS DORMITAT HOMERUS. 

(Quand le divin Homère somoieille.) 

Vers d'Horace. 

« Si, dans un manvais poète, je trouve deux ou trois passages plai- 
sants, je m'étonne et j'admire; mais, plus exigeant, je me fàclie quand 
le divin Homère somiiieille. )> 

Ce vers d'Horace s'em.ploie, au figuré, pour faire entendre que 
riiomme de génie n'est pcvs toujours égal à lui-même, que des parties 
faibles se font remarquer, dans un ouvrage, à côté de beautés sublimes, 
enfin que Vaigle ne soutient pas toujours la hauteur de son vol, et que 
parfois il abandoime les cimes pour raser la terre. 



QUANTUM MUTATUS AB ILLO! 

(Gomtien différent de ce qu'il était!) 

Paroles pleines de mélancolie que Virgile met dans la bouclie de son 
héros saisi d'horreur à la Yue d'Hector, qui lui apparaît en songe, 
couvert de blessures, de sang et de poussière. « Hélas! s écrie Enée, 
je le revoyais, mais en quel état! Comb'eu dilTérent de cet Hector qui 
jadis rentrait daus nos murs chargé des dépouilles d'Acliille! » 



QUANTUM SUFFICIT. 

(Quantité suffisante.) 

Formule employée dans les officines de pharmacie, an temps où les 
confrères de M. Purgon parlaient latin. L'ordonnance indiquait d'abord 
les divers médicaments à mélanger pour en f tire potions ou pilules; 
puis venaient ces mots : Aquœ qmnîum suffî.cit, d'eaa une quantité 
sufiisanie. 

QUIA NO.MINOR XEO. 

(Parce que je m'appelle lion.) 

Ces mots tirés de la fable rie Phèdre, intitulée : Le Lion en société 
avec la Génlssi', la Chèvre et la Brehi?., s'appliquent à celui qui abuse de 
sa force dans ses rapports avec les faibles. Le nom de sociHc léonine, 
donné à toute soc été où quelques membres se sont réservé la part du 
lion, a la même origine. 



FLORE LATINE. 167 

QUI AURES IIABET, AUDIAT. 

(Que celui qui a des oreilles, entende.) 

Paroles de rÉcriture sainte, qui répondent au proverbe français : 
A bon entendem^j salut, ou au proverbe latin : Qui ]^olest capere, caimt, 
que celui qui peut comprendre, comprenne. 

QUI SENE AMAT, BENE CASTIGAT. 

(Qui aime bien, châtie bien.) 

L'une des plus difficiles et des pins délicates questions que présente 
l'éducation de la jeunesse est assurément celle des punitions. Nos pcres 
se prononçaient hardiment pour la rigueur; une de leurs maximes 
favorites était : Qui bene umat, bene castigat. Leurs châtiments étaient 
rudes, et le corps en avait sa large part; ils croyaient presque tous 
sans restriction à la suprême vertu du fouet et du martinet. De nos 
jours, on incline plutôt vers la douceur, et les châtiments corporels 
sont généralement proscrits. 

Dans un ordre d'idées plus éle^'é, la maxime qui bene amai peut être 
considérée comme le piincipe de la résignation chrétienne, qui nous 
porte à accepter les maux qui nous frappent comme des épreuves salu- 
taires, et, par conséquent, comme des preuves de ramoiu" de Dieu. 

Le plus souvent cette maxime est citée sur le ton de la plaisanterie. 



APPLICATION. 

Bms les phrases suivantes, Véléve remplacera chaque tiret par Vune d:s 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

La critique est aisée et l'art est difficile. 

Voilà un vers que l'on attribue généralement à Boileau, tant il 
a l'air de lui appartenir ; il est de Destouches : — . 

Si Alceste, en entendant la lecture du sonnet d'Oronte, avait 
agi comme presque tous les hommes et s'était écrié à chaque vers, 
sans en penser un mot : — ! il n'aurait pas eu d'affaire avec 
Oronte. 

Si l'on accorde un mouvement trop libre à ses désirs, on tombe 
dans le dérèglement, dans le caprice ; les désirs deviennent des 
passions, qui cherchent avec avidité ce qui pourra les satisfaire. 



i68 FLORE LATINE. 

La comédie, en nous faisant rire des travers et des ridicules de 
riiumanitéj ne semble-t-elle pas nous dire : — ? Mais nous n'avon.s 
pas d'oreilles. 

Fénelon si doux, si indulgent, était pourtant, quand fî le jugeait 
nécessaire, d'une sévérité inflexible avec le duc de Bourgogne, 
son royal élève : — . 

Les légendes reposent toujours sur un fonds réel : un fait éton- 
nant par lui-même s'est passé; il est raconté, dénaturé; ajoutez 
un — d'exagération, et vous arrivez au merveilleux, au surnaturel. 

S'il est vrai de dire que — , il ne faut pas oublier que le grand 
poète dut se tenir éveillé pendant bien des nuits pour rendre ses 
nobles ouvrages dignes de voir la lumière. 

Ce noble cheval qui jadis fat le vainqueur de toutes les courses, 
le voilà maintenant attelé à un fiacre ! Mais aussi, — ! 

Napoléon se rend volontairement à bord du Bellérophon, et 
l'Angleterre le considère et le traite comme prisonnier de guerre : 
c'est là le plus mémorable exemple de — que présente l'histoire 
contemporaine. 

Racine est toujours égal à lui-même, il sait cacher la faiblesse 
d'une situation sous la magie du style ; jamais on ne peut dire de 
lui : — . 

C'est une sotte habitude que celle des nourrices qui épouvantenî 
les enfants en leur parlant sans cesse de Barbe-bleue, de Croque- 
mitaine, cherchant toujours quelque enfant à croquer, — . 

— semble être la devise des grandes entreprises faites au moyen 
d'actions; ceux qui sont à la tête de l'affaire prélèvent de fortes 
primes, et les actionnaires se partagent le reste. 

Dans une pièce bien ordonnée, il faut que le spectateur trouve 
au dernier comme au premier acte, les personnages guidés par 
les mêmes vues , agissant par les mêmes principes , sensibles aux 
mômes intérêts, en un mot les mêmes qu'ils étaient tout d'abord : 

« Qui ne sait dissimuler ne sait régner » disait Louis XI, mais 
il no se contentait pas de dissimuler; tromper ses amis et ses 



FLORE LATINE. lGt> 

ennemis, manquer à la foi jurée, user largement de la politique si 
commode de Carthage, — , tels furent constamment les moyens 
dont il se servit. 

Est-ce par amour de l'art et des artistes que les Zoïles se mon- 
trent si sévères dans leur critique? C'est à d'autres sentiments 
qu'ils obéissent, et le — , n'entre pour ritn dans leurs jugements. 

Les optimistes ne voient que le beau côté en toutes choses ; ils 
sont toujours disposés à trouver que tout est pour le mieux dans 
le meilleur des mondes possibles, et à s'écrier : — ! 

Dans les guerres que Rome entreprenait avec des alliés, c'était 
toujours elle qui en relirait le plus d'avantages, et cela sans autre 
raison que celle-ci : — . 

C'est après un conseil donné indirectement et au moyen d'une 
allusion délicate que Ion peut dire : — . 

Quand on lit YAgésilas et V Attila de Corneille, on ne peut 
s'empêcher de songer au Cid et à Cinna, et Ton s'écrie : — ! 

Si Néron était resté jusqu'à la fin tel qu'il se montra au com- 
mencement de son règne, — , il aurait mérité d'être appelé, comme 
Titus, « les délices du genre humain. » 

Il est prouvé aujourd'hui que l'on a attribué à M*"® de Maintenon 
une trop grande part dans la révocation de l'édit de Nantes ; car, 
longtemps déjà avant que la veuve Scarron eût été attachée à l'édu- 
cation des enfants de M™^ de Montespan, cette révocation était ar- 
rêtée dans l'esprit de Louis XIV, qui doit seul en porter la respon- 
sabilité dans l'histoire : — . 

LEÇON XXXM. 



QUID DECEAT, QUID NON. 

(Ce qiii est bon, ce qui est mauvais.) 

Horace dit dans son A.rt poétique : 

« Je veux enseigner ce qui fait naître, ce qui forme le poète, à quelle 
source il faut puiser, ce qui est bon, ce qui est mauvais. » 

Le sens que l'on donne ordinairement à ces mots est plus général .' 
Ce qui convient j ce qui ne convient j>o.s, 

10 



J70 FLORE LATINE. 

QUI» NOVI? 

(Quoi de nouveau?) 

Interrogation familière que deux amis s'adressent volontiers quand 
ils se rencontrent. 

QUÎDQUID DELII\A^'T REGES, PLECTU>"TUR ACSilVI. 

(Les Grecs payent les folies des rois.) 

« Horace donne à son ami Lolliusles raisons de son admiration pour 
Homère; il rappelle les principaux épisodes de l'Iliade; la colère 
d'Achille et la violence d'AgamemnoD sont, pour le poète, une occasion 
de remarquer en passant que « les peuples souffrent toujours des folies de 
ceux qui les gouvernent. » 

La Fontaine s'est inspiré du vers d'Horace quand il a dit ; 

Hélas ! on voit que de tout temps 
Les petits Qnt pâti des sottises des grauds. 



QUI NESCIT DISSIMULARE, NESCIT REGNARE. 

(Qui ne sait dissimuler ne sait régner.) 

Maxime favorite de Louis XI, dont la conduite politique est ainsi 
appréciée par un historien : « Lorsqu'il était le plus faible, il savait 
sur toutes choses s'accommoder au temps , faire des traités selon 
la volonté de ses ennemis, leur céder ses droits et ses prétentions afin 
de les désunir ; mais quand une fois il avait rompu leur ligue et leur 
union, il reprenait ce qu'il avait cédé, et ne tenait rien de ce qu'il avait 
promis. » 

Louis'XI avait toujours tenu le dauphin son fils, depuis Charles VIIT, 
éloigné de la cour et ne lui avait fait donner aucune instruction. Il ne 
voulait pas qu'il sût d'autre latin que ces mots : Qui nescit dissimulare, 
nescit ngnare. 

QUODCUMQUE OSTENDIS MlHI SIC, INCREDULUS ODI. 

(Tout ce que vous me montrez de pareil me trouve inerédule et me déplaît.) 

Horace signale l'inconvénient pour un auteur dramatique de mettre 
sous les yeux du spectateur des faits horribles ou contraires à la raison; 
par exemple, Médée égorgeant ses enfants, Atrée faisant bouillir des 



FLORE LATINE. -171 

membres hamains, Progné changée en oiseau^ Cadrans en serpent. Il 
faut alors substituer le récit à l'action. 

Un merveilleux absurde est ponr moi sans appas : 
L'esprit n'est point ému de ce qu'il ne croit pas. 
Ce qxi'on ne doit point voir, qu'an récit nous l'expose. 

BoiLEAU, Art poétique* 



QUOD DI OMEN AVERTANT ! 

(Que les dieux détournent ce malheur ! ) 

Hémistiche de Virgile, 

Le Grec Sinon veut engager les Troyens à faire entrer dans leurs murs 
le fatal cheval de bois : « Si vous portiez une main sacrilège sur l'offrande 
consacrée à Minerve, un épouvantable désastre, que les dieux détournent 
ce vialheur! viendrait fondre sur l'empire de Priam. » 



QUOD ERAT DE M ONSTR ANDUM. 

(Ce qui était à démontrer.) 

Les initiales de ces trois mots, Q. E. D., se trouvent dans un assez 
grand nombre de livres scientifiques et s'emploient fréquemment dans 
les cours dé mathématiques; l'auteur ou le professeur commence par 
énoncer une proposition, il la démontre et répète l'énoncé, en ajou- 
tant : Ce qui était à démontrer. 



QUOD SCRÏPSI, SCRIPSI. 

(Ce que j'ai écrit est écrit.) 

C'est-à-dire : J'ai pris une résolution sur laquelle je ne veux pas 
revenir. 

Ces mots n'indiquent pas seulement une grande force de volonté, ime 
fermeté inébranlable dans une résolution prise, mais encore et plus 
souvent uu entêtement aveugle et fatal, dont les suites ont été funestes. 



QUO NON ASCENDAM? 

(Où ne monterai-je pas? 

Devise de Fouquet, placée au-dessous d'un écureuil. 
Cette devise choqua vivement l'orgueil de Louis XIV, qui pensait 
qu'il n'était permis qu'à lui-même de dire : Quo non ascendam'? 



172 FLORE LATINE. 

QUORUM PARS MAGNA FUf- 

(Oùje n'ai eu que trop de part.) 

Énée commence le récit de la dernière nuit de Troie : « Tristes évé- 
nements, dit-il, où je n'ai eu que trop de part. » 



Al'PLICATION. 

Dans ks phrases suioanUs, Vélèvc rem.'placera chaque tiret par Vune des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

Si une comète venait à rencontrer la terré, — , il est impossible 
de calculer quels seraient les résultats d'un pareil choc. 

La Providence se joue des vains projets des hommes, et sou- 
vent elle leur fait expier par des humiliations éclatantes l'orgueil 
de cette question audacieuse : — . 

Un profond politique a dit : « La parole a été donnée à l'homme 
pour déguiser sa pensée. » A cette spirituelle paraphrase du — , 
combien n'est pas préférable cette autre maxime : La conduite la 
plus honnête est toujours la plus habile ? 

Un chevalier disait à Richard Cœur-de-Lion, qui, malade en 
Palestine, éprouvait des scrupules à se faire soigner par un célèbre 
médecin arabe : « Les juifs sont infidèles aussi bien que les mu- 
sulmans : cependant il y a dans le camp bien peu de médecins 
qui ne soient juifs, et l'on s'en sert sans scandale et sans crainte. 
On peut donc également se servir des mahométans : — . » 

Les peuples qui ont contracté l'habitude des émotions de la vie 
publique sont avides d'événements et d'impressions. Démostlîène 
nous représente les Athéniens se promenant sur la place publique 
et se demandant des nouvelles de la santé du roi de Macédoine. 
Au Forum, les Romains ne s'abordaient pas sans se dire : — ? 

A Austerlitz , les deux empereurs alliés engagèrent la bataille 
contre l'avis de tous leurs généraux. On ne pouvait que gagner 
à un retard ; mais non , il était décidé c[u'on se battrait : — . 

Ce qui distingue les hommes de la haute société, c'est un tact 
exquis, un mélange inimitable de politesse et de dignité : dans les 
circonstances les plus délicates, ils savent toujours — . 



FLORE LATINE. J73 

En Russie, des milliers de paysans sont occupés à préparer les 
chasses impériales et à prendre vivants les bisons, ours, sangliers, 
loups, renards et taureaux sauvages qui doivent être tués par 
l'empereur. Mais de tels préparatifs coûtent la vie à un grand 
nombre de ces malheureux paysans : — . 

Il n'est pas un lecteur qui, en prenant un journal, ne se fasse 
intérieurement cette question : — ? et qui ne repousse la pauvre 
feuille avec dédain, si elle satisfait mal ce besoin de nouveauté. 

Napoléon, dictant le Mémorial de Sainte-Hélène, pouvait dire de 
tous ces grands événements qu'il raconte : — . 

Les mathématiciens ont remis en usage cette formule que les 
sophistes d'une autre époque plaçaient à la lin de leurs ouvrnges 
pour se rendre hommage à eux-mêmes : — ; ce qui équivalait 
pour eux à une démonstration sans répUque. 

« 

Les écrivains qui s'abandonnent à leur imagination sans con- 
sulter le bon sens et la raison, en arrivent assez vite à exprimer 
indifféremment toutes les idées, sans se demander — . 

Le récit des faits dont l'auteur peut dire : — , perd en impar- 
tialité ce qu'il gagne sous le rapport de l'authenticité. 

Combien d'ambitieux ont gravé dans leur cœur, sinon sur leur 
écusson , la présomptueuse devise : — ? 

Déchirée par les factions des Bourguignons et des Armagnacs, 
la France paya cher la démence de Charles YI; on peut dire de 
cette époque malheureuse : — . 

Athalie est tuée dans la coulisse et non sur la scène ; Hippolyte 
ne meurt que dans le récit de Théramène ; il y a certains spec- 
tacles que l'on doit épargner aux spectateurs : — . 

Le prince qui parle trop ouvertement de ses projets avant que 
l'exécution en soit même commencée, s'expose à les voir déjoués 
ou au moins combattus. C'est dans ce sens seulement qu'on doit 
comprendre la maxime : — . 



10. 



174 FLORE LATINE. 

LEÇON XXXYII. 

QUOS EGO... 

(Je devrais les...) 

Commencement d'un vers de Virgile. 

Sans la permission de Neptune, les vents ont soulevé une tempête; 
iiiité d'une telle audace, le dieu des mers lève son trident et s'écrie : 
Je devrais... Mais des flots apaisons la fuieur. 

Keptune commence ainsi une menace qui reste suspendue; littérale- 
ment qiœs ego... veut dire eux, je... 
Le comique Scarron a traduit cette réticence, mais à sa manière : 

Par la mort!.,. Il n'acheva pas, 
Car il avait l'âme trop bonne. 
« Allez, dit-il, je vous pardonne : 
Une autre fois n'y venez pas. » 

Racine met une réticence analogue dans la bouche d'Athalie mena- 
çant Joad : 

Je devrais sur l'autel oîi ta main sacrifie 

Te... mais du prix qu'on m'offre il faut me contenter. 

Autres exemples : 

Insolents!... mais plutôt réparons le désordre. Se&rais. 

Qui pourrait plaire encor? ce mallienrenx Gascon, 

Dont le vers sent si fort la bourbe d'Hélicon? 

Lui qui... mais laissons-le barboter dans la fange; 

Sou nom profanerait ma muse et ta louange. Sanlecoue. 

Ë" ifin Boileau fait allusion à la réticence de Virgile quand il dit dans 
son Art imiiqite : 

Que Neptune en courroux, s'éîevant sur la mer, 
D'un mot calme les flots, mette la paix dans l'air. 

QUOS VULT PEUDERE JUPITER DE31Ei\TAT. 

(Quand Jupiter veut perdre un homme, il lui ôte la raison.) 

Racine a êioquemment reproduit cette pensée dans l'imprécation de 
Joad, au premier acte d'Athalie : 

Daigne, daigne, mon Dieu, sur Matlian et sur elle 
Répandre cet esprit d'imprudence et d'erreiu", 
De la chute des rois funeste avant-coureur! 



FLORE LATINE. r75 

QUOUSQUE TANDEM.. 

(Jusc[nes à quand..,) 

Premiers mots de l'apostrophe foudroyante de Cicéron à Catilina, 
lorsque celui-ci osa se présenter au sénat après la découverte du com- 
plot qn'il tramait contre la République : 

« Jusques à quand^ Catiliua, abuseras-tu de notre patience? » 
Voltaire, dans Brutus, a imité cet exorde. Aruns s'écrie : 

Jnsqttes à quand, Romains, 
VolUez-vous profaner tons les droits des humains? 



RARA AVIS IN TERRIS. 

(Oiseau rare sur la terre.) 

Hyperbole de Juvénal , qui se dit de tout ce qui est phénoménal. 

« Je veux que le hasard t'offre une femme belle et riche, qui te montre 
les bustes de cent aïeux rangés sous son portique; une femme plus 
chaste que ces Sabines qui terminèrent une guerre odieuse : cet oiseau 
n'est pas moins rare sur la terre qu'un cygne à noir plumage. Cette 
femme accomplie, qui la pourrait souffrir? J'aimerais, oui j'aimerais 
mieux pour épouse une rustique Yénusienne, que vous-même, Cornélie, 
mère des Gracques, si vous m'apportez l'orguc-il avec vos sublimes 
vertus , et si vous gonflez votre dot des triomphes de vos ancêtres. » 



RARI NANTES IN G13RGITE VASTO. 

(De rares naufragés nageant sur le vaste alime.) 

Vers de Virgile. 

« Un navire, qui portait le fidèle Oronte, est assailli, sous les yeux 
d'Énée, par une vague énorme, qui s'élève au-dessus de ses flancs et 
retombe sur la poupe. Le navire tourne trois fois sur lui-même, et le 
gouffre rapide le dévore. Ou ne voit plus que quelques malheureux 
nageant sur le vaste abîme... » 

Dans l'application, ces mots sont presque toujours employés par 
plaisanterie. C'est ainsi qu'un jeune poète latin, dans des vers composés 
pour la Saint-Charlemag^e, a dit des haricots du collège noyés dans une 
sauce trop claire, rar' "* • '" ''-'urgiievasto. 



176 FLORE LATINE. 

REGIS AD EXEMPLAR TOTUS C03IP0NITUR ORBÏS. 

(L'exemple du monarque est la loi sur la terre.) 

Vers de Claudien , dont on ne cite souvent que les trois premiers 
mots : Régis ad exemplar. 

REQUIESCAT IN PACE 

(Qu'il repose en pais !) 

Paroles que l'on chante à l'office des morts et qui sont souvent 
gravées sur les pierres tumulaires. ^ 



RIDICULUS MUS. 

(Uu rat, objet ridicule.) 

Expression dont se sert Horace pour exprimer les résultats médio- 
cres auxquels aboutissent les plus pompeuses promesses. Boileau et 
La Fontaine ont imité Horace. 

La montagne en travail enfante une souris, 

a dit Boileau. Quant à La Fontaine, il a tiré des vers d'Horace sa ^ablo 

la Montagne qui accoudic. 



RISU3I TENEATIS? 

(Pourriez-vous ne pas rire?) 

Après avoir tracé le portrait d'un monstre grotesque, auquel, dans 
sa pensée, Horace compare un mauvais poème, il termine ainsi: 
« Devant un tel spectacle, ô mes amis, pourriez-vous ne pas rire ? » 



RUDÏS I?>D1GESTAQUE MOLES. 

(Masse confuse et informe.) 

Expression dont Ovide s'est servi dans ses Métamori)hoses pour peindre 
l'aspect du chaos : 

« La nature tout entière était ensevelie dans le chaos; c'était une 
masse informe et confuse, » 

Dans les Plaideurs, l'avocat l'Iutimé termine son plaidoyer par une 
ronflante péroraison; il cite V's vers d'Ovide; il ajoute même un mot 



FLORE LATINE. ["tl 

au second vers; mais il n'y regarde pas de si près, et d'ailleurs il veut 
finir pompeusement : 

Avant donc, 
La naissance du monde et sa création, 
Le monde, l'univers, tout, la nature entière 
Était ensevelie au fond de la matière. 
Les élémciils, le feu, l'air, et la terre, et l'ea',), 
Enfoncés, entassés, ne faisaient qu'un monceau, 
Une confusion, une masse sans lormo. 
Un désordre, un cliaos, une coliue énorme. 
« Unus evat toto naturœ vultus in orbe, 
Qnem Grœci dixere ckaos, rudis indigestaque moles.» 



APPLICATION. 

Dans les ])hrases suivantes, Véléve remplacera chaq^ue tiret par Cane des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

Le lecteur courageux qui essaye de parcourir les in-folios que 
nous ont légués les scoliastes et les casuistes, ne tarde pas à trouver 
que ces gros livres ressemblent un peu à ce qu'était le monde au 
commencement 5 — . 

Il n'est pas étonnant qu'Aiiequin, ce personnage si variée si 
comique, si aimable, si spirituel, se soit maintenu deux siècles en 
France, et ait survécu à tant d'autres personnages qui n'ont eu 
qu'une vogue passagère. Mais aujourd'hui Arlequin est mort et 
bien mort : — ! 

Combien d'artistes de talent sont chaque année ensevelis dans 
l'oubli ! On a bien vite compté ceux qui surnagent , — . 

Les Girondins présentèrent la réunion des talents les plus éner- 
giques et les plus brillants : comment lire sans enthousiasme 
l'admirable discours dans lequel Louvet, noblement indigné, re- 
nouvelle contre Robespierre le — de l'orateur romain. 

Dès qu'un personnage parlera français, au théâtre, pendant vingt 
minutes, ce personnage sera faux, parce quïl n'y a personne qui 
parle réellement avec pureté, correction et élégance pendant ce 
temps-là. Supposez une tirade du Misanthrope dans la bouche 
d'un électeur ou d'un garde national, — ? 

Pauvre Frédéric Sauvage! l'inventeur merveilleux. Comme il 
n'était plus assez riche pour monter en grand son appareil nanti- 



i78 FLORE LATINE. 

que, après une première expérience mallieiireuse, son brevet 
temporaire expira. Un contrefacteur et les compagnies en profi- 
tèrent. Aujourd'imi ses bateaux à hélice voient, enrichissant le 
commerce des deux mondes, .et lui... — I 

Le becfiguo est le premier des petits oiseaux; la caille est ce 
qu'il y a de plus mignon et de plus aimable; la bécasse est un oiseau 
très-distingué; le faisan est au-dessus de toute espèce de gibier, 
quand il est cuit à point; mais — , un faisan cuit à point. 

Après la défaite de Pharsale, la douleur de Pompée fut grande 
d'avoir livré la bataille avec son armée de terre, sans utiliser sa 
flotte, qui faisait sa plus grande force. La même faute fut commise 
depuis et dans les mêmes circonstances, par Brutus et Cassius : — . 

L'extension des limites de Paris a fait enfin disparaître les 
bâtiments d'octroi, constructions lourdes et massives, sans élégance 
et sans caractère , — . 

Chez les Romains, on vit les premiers personnages de l'État 
labourer eux-mêmes leur champ; on les vit, après une victoire 
éclatante, retourner à la charrue où le sénat les avait trouvés. Le 
peuple se livrait avec transport à des travaux que ne dédrvgnaient 
point des mains victorieuses ; l'exemple est bien puissant quand ce 
sont des chefs qui le donnent : — . 

Crébillon travaillait depuis trente ans à son CafiHna, dont il 
evait lu des fragments à quelques amis, et dont on parlait comme 
d'une merveille dramatique. Le public, qui depuis longtemps 
entendait parler de cette pièce et ne la voyait jamais, s'écriait 
quelquefois avec un piquant à-propos : — ... 

Dans une armée bien organisée, la discipline est sévère ; le seul 
regard d'un chef mécontent équivaut au — le plus énergique. 

Les grammairiens qui donnent les règles de la langue latine, 
osent dire que le masculin est plus noble que le féminin, et ils 
croient réparer leur maladresse en disant que le féminin est plus 
noble que le neutre !i — ? 

Sous Louis XIV, on s'accoutuma trop à légitimer tout ce qui 
était brillant, et à soumettre la raison à l'opinion du maître, parce 
que le maître était grand; jamais on ne put dire avec plus de 
vérité ; •— .. 



FLORE LATINE. 179 

Le héros qui, après avoir sauvé sa patrie, abdique le pouvoir 
qu'il pourrait conserver, comme Cincinnatus, comme Wasijington, 
voilà l'homme vraiment rare, — . 

La plus grande faute de Charles le Téméraire et celle qui préci- 
pita sa perte fut son expédition contre les Suisses, nation pauvre 
mais héroïque; son orgueil l'avait seul poussé à entreprendre cette 
guerre insensée : — . 

Que de fatigues, que de peines doivent se donner les mineurs 
de Californie, avant de trouver quelques rares morceaux d'or 
noyés dans une mer de sable, — ! 

En l'absence du maître, les écoliers prennent leurs ébats; mais 
que le maître reparaisse et tout rentre dans le silence, sans qu'il 
ait besoin de prononcer le — ... 

Plusieurs séances publiquement annoncées par les magnétiseurs, 
ont, dans ces dernières années, avorté au dénoùment. Au lieu de 
ces prodiges qui se préparaient avec tant de bruit dans les flancs 
mystérieux de la montagne, on n'a guère vu sortir que quelque 
chose d'imperceptible , le — . 



LEÇON XXXVIM. 

o 

SANCTUM SAIVCTOP^UM, 

(Le saint des saints.) 

On appelait ainsi , chez les juifs, le lieu le phis saint du temple, où 
reposait l'arche. Le grand-prêtre seul avait le droit d'y pénétrer. 

Par extension, ce nom est donné, le plus souvent par plaisanterie, 
à tout endroit retiré, à tout sanctuaire fermé aux profanes. 



SCANDIT FATALIS 3IACHIXA 31UR0S. 

(La fatale machine franchit les murs.) 
Vers de Virgile. 

Sinon a réussi à tromper les Troyens ; le cheval qui renferme dans 
ses flancs les plus redoutables des Grecs, va être introduit dans les 



180 FLORE LATINE. 

murs de la ville : « Nous abattons les murs et nous ouvrons les rem- 
parts de Pergame. Cliacan s'empresse; on glisse des rouleaux sous les 
pieds du colosse; on attache à son cou des câbles puissants. La fatale 
machine roule et franchit les murs. » 

Quel tableau que celui de tout un peuple égaré, hâtant lui-même 
son dernier jour! Virgile met' en contraste l'horreur de ce moment ter- 
rible avec la joie et l'empressement aveugle des Troyens travaillant 
eux-mêmes à leur perte, et, ce qid est encore d'un plus grand effet, 
avec Tingénuité confiante des jeunes garçons et des jeunes filles, qui, 
aidant à ce travail funeste, se plaisent à saisir la corde qui traîne le 
monstre, se font un sujet d'allégresse de ce qui menace leur ville, le 
palais de leur roi et leurs propres foyers, fêtent à l'envi leur ruine et 
chantent pour ainsi clire leur cantique de niort. 



SCRIBITUR AD NARRANDUM, ?îO>' AD PROBA>'DUM. 

(On écrit l'histoire peur raconter, non pour prouver.) 

Quand ]NL de Barante écriAÏt VHistoire des ducs de Bourgogne, extraite 
en grande partie des chroniques contemporaines, il la présenta toute 
en narrations, d'après le précepte de Quintilien, pris à la lettre : Scri- 
bitur ad narrandum, non ad frolandian. Jf la même époque. ^L Daru fit 
paraître son Eistoire de Yenisc. où, tout en fondant son récit sur les 
documents historiques, il en discutait la valeur, selon la méthode yhi- 
losoiliique. De longues discussions s'engagèrent sur les deux méthodes; 
on finit par s'en rapporter à la décision de Pline le jeune : « Historia 
quoquo modo scripta, dekctat ; quelle que soit la manière dont l'histoire 
est écrite, elle charme. » 



SE3IPER AD EVEIVTU.U FESTINAT. 

(Il se hâte toujours vers le déiioùmeiit.) 

Ce conseil d'Horace s'adresse à tous ceux qui écrivent, mais surtout 
à celui qui raconte; il doit aller toujours au fait par le chemin le plus 
court, et ne pas faire dire tout bas à ceux qui l'écoutent : « Avocat, 
passons au déluge. » Qu'on n'aille pas cependant se faire ime fausse 
idée de la brièveté; elle ne consiste pas précisément à s'exprimer en 
peu de mots, mais à ne rien dire d'inutile. Un récit de deux pages est 
court s'il ne contient que ce qui est strictement nécessaire, tandis 
qu'un récit de vingt lignes est long s'il peut être renfermé en dix : 

Il ne s'égare point en de trop longs détours ; 
Sans garder dans ses vers un ordre méthodique , 
SoH sujet de soi-même et s'arrange et s'expliiue; 



FLORE LATINE. 481 

Tout, sans faire d'apprêts, s'y prépare aisément; 
Chaqixe vers , chaque mot court à révéuement. 

BoiLEAU, Ari po'lique. 



SERVUM PECUS. 

(Troupeau servile.) 

« imitaîores ! servum fecus, a dit Horace, ô imitateurs, troupeau ser- 
vile ! » Imiter les grands modèles sans les copier, se remplir de leurs 
sentiments et de leurs pensées, de leurs expressions et de leurs tours, 
en disposer comme de son propre bien, sans gène et sans contrainte, 
fut toujours le privilège exclusif de quelques écrivains de génie. Ainsi 
imitait La Fontaine : 

Quelques imitatei-irs , sot bétail , je l'avoue , 
Suivent en vrais moutons le pasteur de Mantoue 
J'en use d'autre sorte, et me laissant guider. 
Souvent à marcher seul j'ose me hasarder. 
On me verra toujours pratiquer cet usage ; 
Mon imitation n'est pas un esclavage. 

Plein de ses modèles, s'identifiant avec eux, se jouant avec leurs 
pensées, La Fontaine les modifiait à son gré, ajoutant à leur naïveté, 
à leur grâce, de manière que ce qu'il produisait était à lui sans cesser 
d'être à ses- maîtres. Il était bien éloigné de cette imitation servile 
qu'Horace voulait flétrir et que lui-même livrait au ridicule dans ces 
vers de la fable du Singe : 

N'attendez rien de bon d'un peuple imitateur, 
Qu'il soit singe ou qu'il fasse un livre : 
La pire espèce, c'est l'auteur. 

Molière disait aussi : « Je prends mon bien partout où je le trouve. » 
Il imitait donc, mais il surpassait, mais il changeait le cuivre en or, 
fidèle au précepte : Il est permis de voler un auteur, pourvu qu'on 
le tue. 



SESQUÏPEDALIA VERBA. 

(Mots longs d'une toise.) 

({ Le héros de la tragédie, dit Horace, ne doit employer, s'il veut que 
ses malheurs touchent le cœur du spectateur, ni paroles ampoulées, ni 
mots longs d'une toise. » 

Il me fait dire aussi des mots longs d'une toise, 
De grands mots qui tiendraient d'ici jusqu'à Pontoise. 

11 



182 FLORE LATINE. 

C'est dans la bouche de Petit-Jean que Racine met cette expression 
d'Horace. Quant au précepte du poète latin, Racine l'a suivi mieux quo 
personne ; 

Écoutez l'enfant roi qu'interroge Athalie; 

En ses discours naïfs chaque terme est sans fard ; 

Tout l'art a disparu, c'est le comble de l'art. 

Joseph Chénier. 



SI AUGUR AUGUREM... 

(Si un augure voit un augure...) 

Le proverbe latin ajoute : a II ne peut s'empêcher de rire. » C'est 
le vieux Caton qui a le premier lancé ce trait contre les augures, et 
Cicéron le répète dans son Traité de la Diiination, liv. lî, ch. xxiv: « C'est 
un mot depuis longtemps connu que celui de Caton, qui s'étonnait que 
deux augures pussent sp regarder sans rire. » 

Les augures étaient à Rome des ministres de la religion, qui se 
faisaient les interprètes de la volonté des dieux et qu'on ne manquait 
jamais de consulter pour savoir si une entierrise réussirait ou non. 
Les augmes répondaient après avoir consulté le vol, le chaut, l'appétit 
des oiseaux, l^s éclairs, la foudre, les entrailles des victimes, etc. 
Quand ils entraient en charge, ils juraient de ne jamais révéler aucun 
de leurs mystères, et ils avaient sans doute pour cela de bonnes 
raisons. 

Avant même la fin de la république, les augures étaient tombés en 
discrédit. Il serait trop long de citer toutes les plaisanteries inspirées 
par leur science chiméiique. Caton rencontre im de ses amis, l'air 
soucieux et troublé : « Qu'avez-vous? lui dit-il, un malheur vous est-U 
arrivé? — mon ami, je crains tout. Ce matin, en me réveillant, j'ai 
vu, le dirai-je? une souris rongeant mon soulier! — Eh bien, répondit 
Caton, tranquillisez-vous; le prodige serait vraiment grand si le sou- 
lier avait rongé la souris. » 

Annibal conseillait à Antiochus de li-sTcr bataille aux Romains; le 
roi lui ayant répondu qu'il ne l'osait, parce que les entr.iilles des vic- 
times n'étaient pas favorables : « Quoi! lui dit Annibal, aimez-vous 
mieux vous en rapporter aux entrailles d'un bœuf qu'à l'avis d'un vieux 
général ? » 

On connaît la conduite irrévérencieuse de Claudius Pulcher envers 
les poulets sacrés : « Qu'ils boivent, s'ils ne veulent pas manger, » dit-il 
en les faisant jeter à la mer. 

Ne rions pas trop des Romains. Combien de gens parmi nous, au 
-dix-neuvième siècle , et au-dessus des classes vulgaires, n'aimeraient 
pas à voir du sel renversé sur la table, un couteau croisé sur une four- 
îhette, et dîneraient mai en compagnie de douze convives! 



FLORE LATINE. 183 

SIC. 

(Ainsi.) 

Ce mot se met entre parenthèses dans le cours d'un texte ou à la fin 
d'une citation, pour indiquer que l'original est bien t<jl qu'on le rap- 
porte, avec la faute ou 1 étrangeté qui s'y trouve. 



SIC ITUR AD ASTRA. 

(C'est ainsi que l'on arrive anx cieux.) 

Ces mots, placés par Virgile à la suite d'une parole d'encourage- 
ment, ne doivent pas s'entendre dans le sens chrétien : C'est ainsi que 
Von gagne le ciel ; mais dans un sens beaucoup moins élevé : Cest ainsi 
que Von acquiert une gloire éclatante, une brillante position. 



SIC TRANSIT GLORIA MUNDI. 

(Ainsi passe la gloire de ce monde.) 

Pensée tirée de l'Imitation de Jésus-Christ; c'est une variante du 
« Yanilas vanitaîum, omnia vanitas, vanité des vanités, tout est vanité. » 



APPLICATION. 

Dans les phrases suivantes, l'élève remplacera chaque tiret par Vune des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

Comment les princes ne recherclieraicnt-ils pas la gloire qui 
vient des armes, quand les historiens, aussi bien que les poètes, ne 
cessent de s'écrier; — ? 

On comprend qu'un sorcier conserve avec ceux qui viennent 
le consulter la gravité que comporte son profond savoir; mais qu'il 
se trouve en tête-à-tèle avec un autre sorcier, adieu la gravité ; 



Nos faiseurs de romans-feuilletons ne laissent pas échapper le 
plus léger prétexte à description, hôlelierie, château, paysage, 
costumes, etc.; que deviendraient-ils s'ils étaient obligés de suivre 
le précepte — î 



184 FLORE LATINE. 

Le duc de Lauzun, dans son îiùiel de l'île Saint-Louis, avait un 
cabinet qui fut longtemps l'objet dos commentaires de la cour; 
personne n'y pouvait pénétrer que lui, c'était son — . 

Persée, dernier roi de Macédoine, mourut à Rome prisonnier; 
son fils fut obligé, pour vivre, d'exercer la profession de greffier : 

La France impériale succombe à Waterloo; les puissances alliées 
marchent sur Paris, l'invasion s'avance menaçante, elle est sous 
nos murs, elle les franchit : — . 

Les poètes se laissent trop aller aux détails; même quand ces 
détails sont charmants, ils font oublier l'idée principale. La règle 
— est vraie même pour le poète lyrique. 

A côté des réputations solides et durables, il y a des célébrités 
éphémères : tel homme a occupé un instant Paris et la France, 
et quelques jours après, nul ne se rappelait son nom : — . 

Le puissant ministre de Louis XIV reçut un jour une lettre dont 
le signataire avait poussé loin la flatterie : cette lettre était adressée 
« à mon. Dieu , mon Dieu Louvois ( — ) ! » 

La phrase — , s'applique parfaitement aux anciens chroniqueurs, 
qui, devisant naïvement sur ce qu'ils ont vu et entendu, se re- 
prennent, se contredisent avec une bonhomie parfaite et sans le 
moindre embarras. 

Des casiers de bois noir remplis de cartons étiquetés, quelques 
cliaises de merisier dépareillées, un bureau plus ou moins boiteux, 
tel est l'ameublement ordinaire du — de l'écrivain public. 

Depuis longtemps la France a le beau privilège de donner le 
ton à la mode : les autres peuples, — , s'empressent de se modeler 
sur nous. 

Un brave homme, sollicitant une place de garde champêtre, 
écrivit au neveu de monsieur le maire : « Je viens vous prier de 
m'appuyer près de votre ongle ( — )... » 

Écrire en tête de son livre : — , c'est, pour un historien, chan- 
ger de rôle et de plume avec le romancier. 



FLORE LATINE. 185 

Tous les chefs d'école^ soit en littérature, soit en peinture, 
voient se lever derrière eux une armée d'imitateurs, — , qui , ne 
pouvant égaler le maître dans ses qualités, trouvent plus facile 
d'exagérer ses défauts. 

En 89, chacun croyait à la régénération de la France; cha- 
cun travaillait à hâter ce brillant avenir, les femmes dans leurs 
conversations, les écrivains dans leurs ouvrages, les parlements 
dans leurs remontrances, les prédicateurs dans leurs sermons. 
Ainsi s'avançait la Révolution... — . 

Avoir peu de modestie, beaucoup de savoir-faire, de l'argent, 

quelques amis bien placés, voilà le moyen de réussir, de s'élever : 
I 

Il faut éviter, sous peine de ridicule , l'usage trop fréquent des 
longs adverbes, — , tels que : incontestablement, inévitablement, 
indubitablement. 



LEÇON XXXIX. 

SIC vos NON VOBIS. 

(Ainsi TOUS -^ travaillez — et ce n'est pas pour vous.) 

Voici l'origine de cette locution : 

Auguste faisait célébrer à Rome des fêtes publiques qui furent inter- 
rompues par un orage; mais, dès le lendemain, les jeux recommen- 
cèrent, et Virgile traça le distique suivant sur la porte du palais ; 

Nocte plmt tota, redeiint spectacula mane : 
Di^-isum imperiiim cum Jove Cœsar liabet. 

« Il a plu toute la nuit, le matin recommencent les spectacles 
pubhcs : Auguste partage avec Jupiter l'empire du monde. » 

Auguste ayant voulu connaître celui à qui il devait ces vers flatteurs, 
Virgile ne se présenta pas , et un poète obscur, du nom de Bathylle , 
finit par s'en déclarer l'auteur. 11 fut comblé d'éloges et largement 
récompensé. Piqué de voir un autre recevoir des honneurs qui lui 
étaient dus, bien qu'il ne les eût pas désirés, Virgile écrivit de nouveau- 
les deux vers sur les murs du palais, et traça au-dessous celui-ci : 

■ Hos ego versiculos feci, fui il aller honores. 
De ces deux petits vers, Romains, je suis rauteiir, 
Et cependant un autre en reçoit tout riionnenr. 



186 FLORK LATINE. 

11 ajouta le commencement de quatre autres vers, dont les premiers 
mots étaient Sic xos non vobis. Auguste exprima le désir de les voir 
achevés; Batliylle essaya vainement, et Virgile les compléta de la ma- 
nière suivante : 

Sic vos non robis nidificatis , ares; 
Sic ros non vobis- reliera fer lis , ores ; 
Sic vos non robis jnell/îcatis , apes ; 
Sic ros non vobis fertis aralra, boves. 

Ainsi , mais non ponr Ini , l'agnean porte sa laine ; 
Ainsi, mais non pour lui, le fcœui creuse la plaine; 
L'oiseau bâtit son nid pour d'autres que pour lui, 
Et le miel de l'abeille est formé poiir autrui. 

Autre traduction citée par Victor Hugo : 

Ainsi , pour vous , oiseaux , aii bois tous ne nichez ; 
Ainsi, mouches, poiir tous aui champs tous ne ruchez; 
Ainsi, pour tous, moutons, tous ne portez la laine; 
Ainsi, pour tous-, taureaiii, tous n'écorchez la plaine. 



SIMILIA SIMILIB13S CURANTUR. 

(Les semblables se guérissent par les semblables.) 

Depuis longtemps on disait : Qui se ressemble s'assemWe, et la vérité 
de ce proverbe, tiié du latin similis simUi gandet (le semblable aime le 
semblable) est incontestable. On ne peut en dire autant de cette pro- 
position mise en avant par une école dont l'existence n'est pas encore 
très-ancienne : Similia similibus curantur. Telle est la devise de Tho- 
méûpathie. 



SI3I1L1S SI3IILI GAUDET. 

(Le semblable aime le semblable.) 

Proverbe latin, qui répond à notre proverbe français : Qui se res- 

semble s'assemble» 



SINE IVOMI>'E VULGUS, 

(La foule sans nom.) 

Le ■profane vulgaire d'Horacn, ce que nous appelons le commun des 
martyrs j était, pour les anciens, ignobile vulguSj sine nomine vulgus. 



FLORE LATINE. 187 

sirsE qu'a nox. 

(Sans quoi, non.) 

Une condition sine qua non est une condition absolue, rigoureuse. — 
L'air est la condition sine qua non de la vie pour l'homme. 



SINITE PARVULOS VENIRE AD ME. 

(Laissez \enir à moi les petits enfants.) 

Paroles de Jésus-Çhrist, évangile selon saint Luc : o Et quelques-uns 
lui présentaient de petits enfants, afin qu'il les touchât; ce que ses 
disciples voyant, ils les repoussaient avec des paroles rudes. Mais 
Jésus, les appelant à lui, dit à ses disciples : « Laissez venir à moi 
les petits enfants, car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur 
ressemblent. » 



SINT UT SUNT, AUT NON SINT. 

(Qu'ils soient comme ils sont, ou qu'ils ne soient pas.) 

L'acte le plus important du pontificat de Clément XIV lut la sup- 
pression de la compagnie de J''sus. Cette mesure était sollicitée par 
la plupart des puissances catholiques, et depuis longtemps on pressait 
le général- de l'ordre d'aiiporier des réformes à la Constitution de la 
Société; l'inflexible Ricci rejeta toutes les propositions qui lui étaient 
faites et répondit par ce refus absolu : Sint ut sunîj aat non sint. L'ordi'e 
fut supprimé le 21 juillet 1773. 



SI TERGAMA DEXTRA 
DEFENDI POSSENT, ETIAM HAC DEFE>SA FUISSENT. 

(Si Pergame avait pu être sauvée par la main d'un homme, ce bras seul l'eût sauvée.) 

Hector apparaît en songe à Énée pendant la dernière nuit de Troie : 
« Fuis, lui dit-il, l'ennemi est dans nos murs; si le bras d'un mortel 
eût pu sauver Pergame (1), le bras d'Hector l'aurait sauvée. » 

Souvent les trois premiers mots, si Fergama dexlra, sont seuls cités. 

On retrouve toujours dans nos giauds poètes quelques traces des 
anciens : 

MAXIME. 

Donc votre aïeul Pompée au ciel a résisté, 
Quand il a comLattu pour notre linerté, 

(1) Nom de la citadelle de Troie. 



188 FLORE LATINE. 

C I N N A. 

Si le ciei n'eût \o\û\\ qiie Rome Teût perdue , 
Par les mains de Pompée il l'aurait défendue. 

Corneille , Cinna , acte IL 

Racine fait ainsi parler Andromaque : 

Seigneur, tant de grandeiu-s ne nous touchent plus g\ière ; 
Je les lui promettais , tant qu'a vécu son père. 
Non, vous n'espérez plus de nous revoir encor, 
Sacrés murs que n'a pu conserver mon Hector ! 



SISTIMUS HIC TA>DE3I NOBIS UBI DEFUIT ORBIS, 

(Nous nous sommes arrêtés quand la terre nous a manqué.) 

Regnard, notre poète comique, eut dans sa jeunesse la passion des 
voyages. Après avoir parcouru l'Italie, il fut pris par des corsaires, 
retenu comme esclave à Alger et racheté seulement au Lout de trois 
ans. 11 visita successivement la Flandre, la Hollande, le Danemark et 
la Suède. De Là il se rendit en Laponie avec deux Français, Fercourt 
et Corberon. Tous trois s'avancèrent dans le Nord, gravirent la mon- 
tagne de Métawara, et, ne pouvant aller au delà, ils laissèrent sur un 
rocher, d'autres disent dans une église, cette inscription composée par 
Regnard : 

Gallia nos genuit ; vidit nos Airica ; Gangeni 
Hausimus, Europemque oculis liistravimus omnem; 
CasiLus et variis acti terraque mai'iqne , 
Sistimus liic tandem nobis ubi defiiit orbis. 

« La France nous a donné naissance; nous avons vu l'Afrique et 
bu les eaux du Gange; nous avons parcouru l'Europe entière : après 
bien des aventmes , nous nous sommes arrêtés ici, où la terre nous a 
manqué. » 

SIT TIBI TERRA LEVIS! 

(Que la terre te scit légère!) 

Formule d'inscription tumulaire. — On trouve dans V Anthologie le 
vers suivant : 

Pro meritis , Pylades , sit tihi terra levis ! 

« Pour te récompenser, Pylade, que la terre le soit légère! » 
Tibulle a dit aussi : 

Terraque securée sit super ossa levis ! 

« Que sur ses os tranquilles la terre soit légère ! » 



FLORE LATINE. 189 

Loiiis-Gal)riel Fardau_, procmmir au Chàtelet, était affligé d'une cor- 
pulence énorme, et son nom de famille avait déjà l'air d'une épi- 
gramme. Un de ses amis aclieva de le désoler en faisant l'anagramme 
de ses trois noms, qui lui fournirent les terribles mots que voici : Il a 
Vair du bœuf gras. L'indigne ami ne s'en tint pas là et composa encore 
une épitaphe anticipée : 

Ci-git Fardau , parti pour le fleuve infernal : 
Prions Dieu que la terre 
Lui rende le bien pour le mal, 
Qu'elle lui soit légère l II 



APPLICATION. 

Mn$ les phrases suivantes^ l'élève remplacera chaque tiret paT Vune des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

Les hommes ne mettent de bornes à leur ambition que parce 
qu'il en existe à leurs forces. Tous, parvenus au terme qui les 
arrête, écrivent en accusant leur impuissance avec orgueil : — . 

C'est une lutte qui , sous un rapport , ne manque pas de gran- 
deur, que celle de cette féodalité, qui défendit si longtemps contre 
les rois ses droits et privilèges, mettant en pratique cette fière 
devise : — . 

Pour les philosophes de l'antiquité, l'humanité tout entière 
était concentrée dans les philosophes, les guerriers et les magis- 
trats. Quant à la dernière caste, — , à peine ont ils l'air de savoir 
qu'elle existe. 

Supposez un homme emporté; si l'on se contente de lui donner 
des conseils, il ne sera que plus furieux et s'irritera contre le pa- 
cifique sermon qu'on lui fera subir; mais si quelqu'un s'avise de 
lui tenir tête, criant quand il crie, brisant quand il brise, vous le 
verrez s'adoucir peu à peu, et au bout de quelques jours de ce 
régime , il de\1endra doux comme un mouton : — . 

Il faut une haine bien protonde à l'homme qui refuse de dire 
en face du cercueil de son ennemi : — ! 

Combien d'hommes ont vu avec mécontentement l'application 
de la vapeur aux arts industriels, et ont refusé pour leur part de 
rien changer aux anciens systèmes ; — ! 

il. 



190 FLORE LATINE. 

Se mettre nu pour se garder du froid, se couvrir de fourrures 
contre la chaleur, se jeter au feu pour se guérir d'une briilure, ce 
procédé de Gribouille, élevé à la hauteur d'une théorie, voilà le 
système des disciples du docteur Hahnemann. Un homme a la 
fièvre; le remède est indiqué; il faut lui administrer ce qui la lui 
donnerait s'il ne l'avait pas : — . 

De toutes les causes qui assurent le calme des passions et la 
paix du cœur, la première, celle que l'on pourrait appeler — , 
c'est la vertu. 

Le poète qui écrivit sur un rocher des terres boréales cette gas- 
connade : — , aurait pu parcourir encore une assez belle étendue 
de pays avant que la terre lui manquât. 

Certains critiques, au lieu de poser des couronnes sur les fronts 
toujours rayonnants, s'attachent a sauver les mémoires à demi 
naufragées; ils s'occupent des inconnus, ils aiment les petits : — . 

Au dernier rang de la population des grandes villes s'agite une 
foule qui n'appartient à aucune classe, — . 

C'est un mauvais calcul que de dérober, même en littérature. 
Gare au — ! On s'expose ainsi à des risques proportionnés à la va- 
leur de l'objet dérobé, à une honte proportionnée à la gloire qu'on 
a usurpée. 

Si Napoléon n'avait pas dCi succomber, son immortelle cam- 
pagne de 1814 aurait assuré son triomphe : — ... 

Les Barbares, ces sauvages conquérants de l'empire romain, 
s'arrêtent interdits devant les cheveux blancs d'un pontife dé- 
sarmé. Bientôt le respect les conduit à la foi : conmie les enfants 
qui voulaient voir et toucher le Christ, — , TÉahse les invite à 
s'approcher, et ils s'approchent, avec leur curiosité naïve, de cette 
mère qui leur tend les bras. 

Ami de Racine, ami de Boileau, La Fontaine se sentait encore 
plus entraîné vers Molière : — . 

Ce ne sont pas seulement les récompenses qui ne vont pas tou- 
jours à ceux qui les ont méritées : le petit paysan qui recevait le 
fouet à la place de Louis XV enfant, aurait pu dire aussi : — ... 



FLORE LATINE. \9\ 

L'empire romain était fatalement destiné à périr; s'il avait pu 
être régénéré, le génie de Constantin aurait opéré ce prodige : — . 

La condition — d'une paix durable entre deux peuples, c'est 
que leurs intérêts et leur dignité soient également ménagés dans 
les rapports qu'ils ont entre eux. 

L'amitié vient quelquefois des contrastes : l'homme d'un ca- 
ractère enjoué se lie volontiers avec un homme grave et sérieux; 
mais ce n'est là qu'une exception qui ne détruit pas la règle : — . 



LEÇON XL. 



SI VIS ME FLERE, DOLENDUM EST PRIMUM 
IPSI TIBI. 

(Si vous voulez que je pleure, commencez par pleurer vous-même.) 

C'est-à-dire : si vous voulez m'émouvoir, commencez par être ému 
vous -même. Ce n'est qu'en éprouvant \ivemeut un sentiment qu'on 
parvient à le faire partager aux autres. Ce précepte d'Horace est dicté 
par la raison même. Il n'y a que l'àme qui puisse parler à Tâmw. 
Tous les grands maîtres ont donné ce précepte; mais Cicéron et Quin- 
tilien l'ont développé avec beaucoup de force. « Il vous est difficile, dit 
Cicéron, d'exciter l'indignation de votre juge, s'il ne s'aperçoit pas que 
vous êtes réellement indigné; de lui inspirer de la haine pour votre 
ennemi, s'il ne remarque pas en vous une haine véritable; de le rem- 
plir de commisération et de pitié, si vos pensées, vos expressions, le 
son de votre voix, votre physionomie et vos larmes n'attestent pas 
votre douleur. Comme les matières les plus combustibles ont besoin 
d'être approchées du feu pour s'embraser, ainsi les hommes les plus 
disposés à l'émotion ont besoin d'être enflammés par Torateur » 

Quintilien n'est ni moins vif, ni moins pressant. «Voulons-nous, 
dit-il, exciter les passions avec force, revêtons- nous, s'il faut ainsi 
dire, de l'intérieur de ceux qui souffrent véritablement. Soyons animés 
des mômes mouvements, et que toujours notre discours parte d'une 
disposition de cœur telle que uous la voulons faire prendre aux autres. 
Pense-t-on, en effet, que l'auditeur puisse s'attrister d'une chose qu'il 
me verra lui raconter avec indifférence; ou qu'il se mette en fureur 



192 FLORE LATINE. 

lorsque moi qui l'y excite, je ne sens rien de semblable; ou qu'il verse 
des larmes, quand je plaiderai devant lui avec des yeux secs? Cela ne 
se peut : on n'est échauffé que par le feu... et nulle chose ne donne 
à une autre la couleur qu'elle n'a point elle-même. Il faut donc que 
ce qui doit faire impression sur nos auditeurs, eu fasse premièrement 
sur nous , et que nous soyons touchés avant de songer à toucher les 
autres. » 
Boileau traduit ainsi la pensée d'Horace : 

Que devant Troie en flamme, Héciibe désolée 
Ne vienne pas pousser une plainte ampoulée, 
J\i sans raison décrire en quel affreux pays , 
Par sept bouches TEiuin reçoit le Tanaïs. 
Tous ces pompeux amas d'expressions frivoles 
Sont d'un déclamateur amoureux de paroles ; 
Il faut dans la doideur qrie vous vous abaissiez : 
Pour me tirer des pleurs , il faut que vous pleuriez. 

La dernière partie de la locution se sous-entend ordinairement, et 
l'on ne cite guère que si vis me flere, 

SI VIS PACEM, PARA BELLUM. 

(Si tu veux la paix, prépare-toi à la guerre.) 

Cette maxime toute romaine est peu pliilosophique, et le bon abbé 
de Saint-Pierre ne l'aurait certainement pas prise pour épigraphe. Il 
est paradoxal de dire que les gros bataillons assurent la paix. Les 
peuples sont de grands enfants : quand on a de si belles armes, il se 
trouve toujours des fous qui brûlent de les essayer. 

SOL LUCET OMNIBUS. 

(Le soleil luit pour tout le monde.) 

Proverbe latin dont l'application est des plus faciles. 

SOLVE SENESCENTEM. 

(Réformez (votre cheval) qui vieillit.) 

Horace donne ce conseil non-seulement aux écrivains, mais encore 
à tous ceux que l'âge avertit de songer à la retraite : 

« Réformez à temps votre cheval qui vieillit, si vous ne voulez que, 
poussif et exténué, il fasse rire à vos dépens. » 



FLORE LATINE. 193 

Boileau, imitant ce passage^ prédit, outre la chute du cheval, celle 
du cavalier désarçonné : 

Malheureiu , laisse en paix ton clieval vieillissant , 
De peur qne tout à coup , efflanqué , sans baleine , 
Il ne laisse en tombant son maître sur l'arène. 



SOTTO VOCE. 

(A Yoiî basse.) 

Expression italienne. 

STANS PEDE IN UNO. 

(Debout sur un seul pied.) 

« Lucilius, dit Horace, avait ce défaut : dans l'espace d'une heure, il 
dictait deux cents vers debout sur un seul pied. » 



STATU QUO. 

(L'état où sont actuellement les choses.) 

Expression employée surtout dans la langue diplomatique. On dit 
quelquefois statu quo ante bellum, l'état où étaient les choses avant la 
guerre. Dans le langage ordinaire, statu quo signifie état d'immobilité, 
de stagnation; c'est le contraire du progrès. 



STULTORUM NUMERUS EST INFINITUS. 

(Le nombre des sots est infini.) 

Paroles de Salomon, dont l'anecdote suivante présente une applica- 
tion assez heureuse : 

N... lisait des vers de sa façon à R..., qui s'en moquait. N..., blessé 
au vif, s'écrie : « Il n'y a que les sots qui n'aiment pas mes vers. » 
R... lui répondit : « Stultorum numerus est infinitus. » 



STUPETE, GENTES! 

(Nations, soyez dans l'étonnement !) 

Premiers mots d'une hymne composée par Santeuil, et qui est chantée 
le jour dé la fête de la Puiificaiion de la Vierge. Dans l'application, 
ces mots s'emploient d'ordinaire sur le ton plaisant; ils annoncent 
qu'on va parler d'mie chose très-étonnante. 



194 FLOUE LATINE. 

SUAVE MARI MAGNO... 

(Il est doux, quand la mer est agitée...) 

Dél)ut du second livre du poème de la Nature, par Lucrèce. 

Quand l'Océan s'irrite, agité par l'orage, 
Il est doux, sans péril, d'observer du rivage 
Les efforts douloureux des tremblants matelots 
^uttant contre la mort siix le gouffre des flots ; 
Et quoique à la pitié leur destin nous invite. 
On jouit en secret des malheurs qu'on évite. 

Traduction de M. de Pongerville. 

Ce déliut donne lieu d'observer combien le poète sait fouiller au 
fond du cœur humain. Rien n'est pins naturel, môme chez l'être le 
plus sensible, que de contempler avec avidité les grandes catastro- 
phes; non pas, comme ajoute judicieusement Lucrèce, que les douiems 
d'autrui fassent éprouver de la satisfaction, mais parce que 
On jouit en secret des malheurs qu'on évite. 

Pendant les tristes journées de juin 1848, quand Paris retentissait 
du bruit de la fusillade et ressemblait à une \ille prise d'assaut, un 
des hommes politiques d'alors était allé se placer à l'une des fenêtres 
les plus élevées qui dominent la rue et le faubourg Saint-Antoine : 
« Je voulais, dit-Ù depuis, jouir de la sublime horreur de la canon- 
iiade. » 



APPLICATION. 

dans les phrases suivantes, l'élève remplacera chaque tiret par Vune des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

Les peuples asiatiques, et surtout les Chinois, ont horreur du 
changement et poussent aussi loin que possible l'amour du — . 

Tu auras soin de m'avertir, quand je commencerai à faiblir, 
dit l'arciievêque de Grenade à son secrétaire. On sait ce qui ad- 
vint au pauvre Gil Blas quand il hasarda le fatal — ... 

De ses forêts d'orangers, l'île de Cuba a vu, sans en être ébranlée, 
la tempête éclater près d'elle, à Saint-Domingue, à la Nouvelle- 
Grenade, au Mexique, etc. Et elle a pu, dans sa riante placidité, 
au milieu de l'agitation universelle, chanter avec joie le — . 

Il n'est pas rare de voir des acteurs qui, avec une voix^ magni- 
fique, ne nous émeuvent pas, parce qu'ils chantent eux-mêmes 
sans s'émouvoir les scènes les plus attendrissantes ; — . 



FLORE LATINE. 195 

Il ne faut pas crier sur les toits les choses qui doivent à peine 
être dites — . 

Corneille dit lui-même dans sa préface de Pulchéiie : «La mau- 
vaise réception que le public a faite à cet ouvrage m'avertit qu'il 
est temps que je songe à !a retraite, et que, des préceptes de mon 
Horace, je ne songe plus à pratiquer que celui-ci : — ... » 

Le vieux proverbe, — , était bon chez les anciens, où la force 
décidait tout; il n'est plus chez les modernes l'expression de la 
vérité : de grands préparatifs de guerre mènent toujours à la 
guerre. 

Le temps n'épargne pas ce que l'on fait sans lui, 
aussi l'oubli est-il réservé à toutes les œuvres littéraires que l'écri- 
vain produit à grande vitesse , — , 

Éloigné des affaires et vivant dans une paisible retraite, l'homme 
d'État continue à suivre avec intérêt tous les mouvements poli- 
tiques; il contemple du rivage les flots agités : — ... 

On n'écrit pas, il est vrai, pour les sots, mais on a tort; il faut 
avoir égard aux sots en ce monde, car étant très-nombreux, — , 
ils sont très-puissants. 

Quand deux hommes supérieurs se rencontrent dans une réu- 
nion, ils se mettent à l'écart pour causer, mais leur conversation, 
quoique faite — , est bientôt écoutée dans un rehgieux silence. 

Deux grammairiens, après avoir longtemps discuté sur un point 
de syntaxe , ont fini par s'accorder : — i 

L'esprit humain recule dès qu'il n'avance pas : dans les arts, 
dans les sciences, dans la littérature, l'état de stagnation, le — 
est le commencement de la décadence. 

La concurrence est bonne de soi; elle est l'âme du commerce; 
et eût-elle des inconvénients, qu'elle aurait encore sa raison d'être 
en vertu de cet axiome vieux comme Salomon : — . 

Ces inconsolables faiseurs d'élégies, qui vivent au milieu des 
plaisirs, ces poètes abîmés de douleur après un bon repas au coin 
d'un bon feu, ne causent d'émotions à personne : — ... 



196 FLORE LATINE. 

Patru a été quatre ans à traduire la première période du Discours 
de Cicéron pour le poète Archias. Aujourd'hui un traducteur est 
beaucoup plus expéditif, et il vous traduira un gros volume en 
quinze jours, — . 

Le Seigneur a dit : « Bienheureux les pauvres d'esprit! » mais 
il faut entendre par ces mots les hommes simples et humbles de 
cœur, et non pas les hommes dépourvus d'intelligence; car il y 
aurait alors beaucoup d'appelés et beaucoup d'élus, puisque — . 

La maxime romaine — peut être entendue dans un sens raison- 
nable, mais elle devient très-mensongère et produit en somme 
Beaucoup plus de mal que de bien, par la mauvaise application 
qu'en font journellement des hommes intéressés à la guerre ou 
incapables de mesurer la porlée réelle des paroles. 

o ' -y~îr^ (S:^d) ''irir-j ■ — 



LEÇON XLI. 

SUBSTRATUM. 

(Le fond, le principe, l'essence.) 

Terme de la langue philosophique , qui désigne ce qui existe dans 
les êtres, indépendaninient de leurs qualités, et ce qui sert, pour ainsi 
dire, de support à celles-ci. L'essence et la substance sont le substratum 
des qualités et des attributs. 

SUFFICIT. 

(n suffit*) 

Mot qui s'emploie habituellement dans le langage comique ou demi- 
sôrieux. 



SUI GENERIS. 

(De son espèce.) x 

Chaque fleur a une odeur sui generis, c'est-à-dire de son espèce, qui 
lui est particulière et lui appartient en propre ; d'autres fleurs peuvent 
répandre un parfum analogue, mais jamais un parfum semblable. 



FLORE LATINE. 197 

SUMMUM JUS, SUMMA INJURIA. 

(Justice excessive devient injustice.) 

Phrase de Cicéron. — « La justice, dit Montesquieu, consiste à 
mesurer la peine à la faute, et rextrcme justice est injustice lorsqu'elle 
n'a nul égard aux considérations raisonnables qui doivent tempérer la 
rigueur de la loi. » Cette pensée est le résumé de toute la doctrine de 
cet immortel publiciste sm" la composition des lois. Il a posé en prin- 
cipe que Vesprit de modcration doit être celui du législateur. 

« La justice n'est pas toujours inflexible et ne montre pas toujours 
un Tisage sévère. Elle doit être exercée avec quelque tempérament, et 
elle-même devient inique et insupportable quand elle use de tous ses 
droits. La droite raison, qui est son guide ^ lui prescrit de se relâcher 
quelquefois, et la bonté qui en modère la rigueur extrême, est une de 
ses parties principales... La justice est établie pour maintenir la so- 
ciété parmi les hommes. La condition pour conserver parmi nous la 
.société, c'est de nous supporter mutuellement dans nos défauts... La 
faiblesse commune de l'humanité ne nous permet pas de nous traiter 
les uns les autres en grande rigueur. » 

Voltaire a dit : 

Qui n'est que juste est dur, qui n'est que sage est triste. 



SUNT LACRYM^ RERUM. 

(Il y a des infortunes qui arrachent des larmes.) 

Énée, fugitif, a été poussé par la tempête sur les côtes d'Afrique, 
aux lieux mômes où s'élève Carthage. Dans un temple que Didon a 
consacré à la reine des dieux, un spectacle inattendu frappe les regards 
du héros : il voit représentés les combats d'Ilion et les événements de 
ces guerres que la renommée a déjà publiés dans tout l'univers. Il 
reconnaît le fils d'Atrée, le vieux Priam et le terrible Achille. Il s'ar- 
rête, et ne pouvant retenir ses larmes : « Achate, dit-il, quel lieu n'a 
retenti, quelle contrée de la terre n'est pleine du bmit de nos mal- 
heurs ! Jusque dans ces déserts , le courage trouve sa récompense. Il 
y a des infortunes qui arrachent des larmes et touchent le cœur. » 



SUPER FLU3IINA BABYLONIS. 

(Au bord des fleuves de Babylone.j 

Chant des Hébreux captifs à Babylone. Ce cantique est un des chefs- 
d'œuvre de la poésie hébraïque : 
« Assis sur les bords du fleuve de Babylone, nous avons versé des 



198 FLORE LATINE. 

larmes au souvenir de Sion; nous a\ons suspendu nos lyres aux 
saules de la rive... Si je t'oublie jamais, ô Jérusalem^, (jue ma droite se 
dessèche i' 

» Que ma langue s'attache à mon palais, si je ne conserve ton sou- 
venir, si je ne me propose toujours Jérusalem comme le premier sujet 
de ma joie. » 

SURGE ET AMBULA! 

(Levez-vous et marchez!) 

Paroles tirées de l'Évangile selon saint Mathieu. 

Jésus, étant mouté sur une barque, repassa le lac de Génésareth 
et vint dans la ville qu'il avait choisie pour demeure. 

A peine y fut-il, qu'on lui amena un paralytique étendu sur son lit. 

Jésus dit au paralytique : « Mon fils, ayez confiance; vos péchés vous 
sont remis. » 

Aussitôt quelques uns des docteurs de la loi dirent en eux-mêmes : 
« Cet homme blasphème. » 

IMais Jésus leur dit : « Pourquoi ces mauvaises pensées s'élèvent-elies 
dans vos cœurs? . 

» Lequel est le plus aisé de dire à ce paralytique : Vos péchés vous 
sont remis, ou de lui dire : Levez- vous et marchez ? 

» Or, afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a sur la terre le 
pouvoir de remettre les péchés : Levez -vous, dit-il alors au paralytique, 
emportez votre lit, et allez-vous-en dans votre maison. » 

Et sur-le-champ, le paralytique se leva et s'en alla. 



SURGE TANDEM, CARNIFEX! 

(Lève-toi, bourreau!) 

L'empire de Mécène sur Auguste fut porté à un tel point que, pas- 
sant un jour sm" le forum et voyant l'empereur juger des criminels 
avec un air d'emportement, il lui fit passer ses tablettes sur lesquelles 
il avait écrit ces mots : Surge tandem, carnifex ! lève-toi, bourreau! 
Auguste prit en bonne part cette dure remontrance et descendit de son 
tribunal jusqu'à ce que sa colère fut apaisée. 



SURSUM CORDA. 

(Élevez vos cœurs.) 

Paroles que prononce le prêtre pendant la messe, quelques instants 
avant Télévatiou. Ces deux mots ne se rencontrent en général que dans 
le style noble. 



FLORE LATINE. 199 

SUSTIIVE ET ABSTINE. 

(Souffre et abstiens-toi.) 

Telle était la maxime des stoïciens, tel était le but constant de leurs 
efforts : le silence des passions, un empire absolu de la raison sur toutes 
les affections charnelles, l'apathie, en un mot, qui n'est pas une insen- 
sibilité stupide , mais une inviolabilité par laquelle l'homme est tout- 
à-lait hors de l'atteinte des impressions corporelles. Un stoïcien disait: 
c( goutte, tourmente-moi tant que tu voudras; jamais tu ne me con- 
traindias d'avouer que la douleur soit un mal. » 



APPLICATION. 

Bans les phrases suivantes, Vcléve rempkcera chaque tiret far l'une des 
loculions latines expliquées ci-dessus. 

La France a accordé une généreuse hospitalité aux entants de 
l'héroïque Pologne ; mais ils regrettent chaque jour les bords de 
la Vistule et gémissent sur les rives de la Seine , comme autrefois 
les Hébreux exilés : — . 

Punir les enfants comme s'ils étaient des hommes, et ne tenir 
aucun compte de la légèreté, de l'étourderie inséparable de leur 
âge, serait d'une justice exagérée et par cela même coupable : — . 

Imaginez ce que serait une société où. chacun aurait un cœur 
tourné vers Dieu et un amour montant vers lui ! Ce — de l'homme 
qui s'élève, voilà le progrès moral, le vrai progrès humain. 

Les voix nouvelles données à l'orchestre par le saxophone pos- 
sèdent des qualités rares et précieuses. C'est un timbre — , n'of- 
frant que de vagues analogies avec les sons des autres instruments. 

Quelle force serait capable de galvaniser cet empire agonisant 

qu'on appelle la Turquie; quelle voix pourrait dire à ce cadavre : 
î 

Au milieu des ruines, sur un sol couvert des débris des villes 
autrefois célèbres, on ne peut se défendre d'un sentiment de tris- 
tesse qui naît à la vue des monuments de tant de générations 
détruites : — ! 

Quelque carrière que vous embrassiez, proposez-vous un but 
élevé, et mettez à son service une constance inéljranlable. — , voilà 
toute la philosophie. 



200 FLORE LATINE. 

Un gouvernement habile se hâtera d'abroger les lois de terreur 
qui peuvent avoir été la suite nécessaire de la répression d'une 
révolte ; soit par humanité , soit par politique , il ne doit pas 
attendre que la voix de la nation lui crie : — ! 

L'éducation modifie les qualités que l'homme a reçues de la na- 
ture; mais il reste toujours un fond, un — qui ne change pas et 
demeure bon ou mauvais, selon que la nature l'a fait bon ou mau- 
vais. 

La vraie vertu humaine n'est pas purement négative. Elle ne 
consiste pas seulement à s'abstenir de toutes les choses qui sont 
réprouvées par le droit et la morale, elle consiste aussi à faire acte 
d'énergie, de courage, de volonté : — ! 

A l'heure qu'il est, il y a encore dans le nouveau monde des 
Écossais qui répèlent la ballade de la défaite de 1743 : « Nous ne 
reverrons plus le Lochaber ! » C'est toujours la sainte et antique 
complainte : — ... 

Dieu se manifeste dans les petites choses plus encore que dans 
les grandes : avec quel art inouï il s'est plu à donner à chaque 
fleur une forme , une couleur, un parfum — qui font qu'on ne 
peut jamais les confondre I 

Les Néron , les Tibère , les Caligula n'auraient pas eu assez de 
grandeur d'àme pour pardonner à un ministre la hardiesse de leur 
crier : — ! 

L'usage, le temps et diverses circonstances ont formé les lan-. 
gués modernes; mais on peut remonter aux sources et recon- 
naître derrière tous ces idiomes une langue ancienne qui en est 
comme le fond, le — . 

Plusieurs des jugements d'Horace sont à discuter, peut-être 
à contester. Il a quelquefois traité ses prédécesseurs, Lucilius 
d'abord, et ensuite la plupart des autres poètes de l'ancien temps, 
avec cette justice rigoureuse dont on peut dire : — . 

« A bon entendeur salut, w dit un proverbe; l'homme intelli- 
gent n'a pas besoin qu'on lui mette les points sur les %; quelques 
mots seulement, et, — , il a compris. 



FLORE LATINE. 201 

La philosophie avait deviné depuis longtemps que toute la sa- 
gesse de l'homme était renfermée en deux mots : — . 

Avoir été reine de France, entourée d'hommages et de respect, 
et se voir plongée dans un cachot qui ne doit s'ouvrir que pour 
livrer sa proie au bourreau I... — î 



LEÇON XLII. 



TALIS PATER, TALIS FILIUS. 

(Tel père, tel fils.) 

Ce proverbe n'est guère "STai que dans un sens, en tant qu'il exprime 
rinfluence de l'éducation et surtout de l'exemple donné par un père à 
son fils. 



TA>'T^ MOLIS ERAT ROMANAM CONDERE GE>TE3I ! 

(Tant il était difficile de fonder Tempire romain.') 

Troie est renversée, la colère de Junon est satisfaite; mais la déesse 
apprend qu'une race de guerriers, sortie du sang troyen, fondera un 
jour une ville puissante, que ce peuple roi sera le suprême arbitre du 
monde ; sa haine endormie se réveille : « elle repoussait loin du 
Latium les Troyens, jouets des flots, tristes restes de la furem^ des 
Grecs et de l'impitoyable Achille. Depuis sept ans, poursuivis par le 
destin, ils erraient sur toutes les mers, tant il était difficile de fonder 
l'empire romain ! » 

' Tantœ molis erat romanam condere gentem ! 

Ce vers, d'une harmonie et d'une noblesse imposantes, termine admi- 
rablement le magnifique tableau de la haine de Junon. 

Delille Ta traduit ainsi : 

Tant dut coûter de peine 

Le long enfantement de la grandeur romaine. 

Ces mots se disent de toute entreprise difficile et qui a demandé de 
longs efforts. 



202 FLORE LATINE. 

TANTyE NE ANIMIS COELESTIBUS IRiEl 

(Tant de ressentiment peut-il entrer dans l'âme des dieux!) 

Homère et Virgile nous ont montré les dieux de l'Olympe soumis 
aux passions qui agitent les siinples mortels. Des dieux impassibles ne 
sont pas épiques; ils peuvent être imposants, mais non intéressants. 
Au début de son poème, Virgile ne pouvait manquer de nous montrer 
Junon gardant contre les Troyens le même courroux, le même ressen- 
timent. Elle n'avait pas oublié le jugement de Paris. 

Boileau a imité Virgile dans ce vers du Lutrin : 
Tant de fiel entre-t-il dans l'âme des dévots ! 



TARDE VEMENTIBUS OSSA. 

(Ceux qui viennent tard à table ne trouvent plus que des os.) 

Ces mots s'emploient au propre et au figuré. Dans ce dernier cas, 
ils s'appliquent à tous ceux qui, par négligence ou par oubli, manquent 
une bonne afiaire. 

TELUM I3ÏBE1.LE SINE ICTU. 

(Un trait impuissant et sans force.) 

Hémisticlie de Virgile. 

Troie est au pouvoir des Grecs, et le massacre des vaincus a com- 
mencé depuis longtemps; un des fils de Priam, Polites, a été blessé 
par Pyrrbus, fils d'Achille: il s'enfuit et vient chercher un refuge près 
de l'autel où se tiennent Hécube et Priam , entourés de leurs autres 
enfants. Mais Pyrrhus poursuit sa vicfme, l'atteint et l'égorgé sous les 
yeux mêmes de ses parents. Le vieux Piiam ne peut contenir son indi- 
gnation, il s'écrie : « Que les dieux te punissent d'un tel crime, toi cpii 
as répandu sous mes yeux le sang de mon fils! Tu mens quand tu 
nommes Achille ton père! Achille se laissa fléchir à la vue de Priam, 
son ennemi : il respecta les larmes d'un suppliant, les droits sacrés du 
malheur, rendit à la tombe la dépouille d'Hector et me renvoya libre 
au palais de mes aieox. » 

Ainsi parle le vieillard, et il lance à Pyrrhus un trait impuissant et 
sans force. 



FLORE LATINE. 203 

TENERE LUPUM AURÏBUS. 

(Tenir le loup par les oreilles.) 

Proverbe latin qui signifie Etre dans une position très-emharrassantej 
et qui répond à notre dicton populaire : Tenir la queue de la poêle. 



TESTIS UNUS, TESTIS NULLUS. 

(Témoin seul, témoin nul.) 

Adage de jurispmdence aui s'emploie pour faire entendre que le 
témoignage d'un seul ne suffît pas pour établir en justice la vérité 
d'un fait. Autrefois, on avait en quelque sorte plus d'égard à la quan- 
tité des témoins qu'à la qualité : un témoin ne faisait qu'une dem> 
preuve, deux témoins formaient la preuve entière. Cette législation a 
bien changé, et depuis Tius'itution du jury, les jurés, qui sont juges de 
fait, ne doivent pas soccuper du nombre des témoins, mais seulement 
de ce qu'ils déclarent, ils doivent peser la valeur de ces déclarations, 
et se demander ensuite si elles ont produit en eux la conviction. Vingt 
témoins ne suffiront pas quelquefois pour la donner, et, souvent, un seul 
l'établit. 

Au point de vue du témoignage historique, la maxime testis unus, 
îestis nullus, est toujours rigoureusement applicable. 



thalassa! thalassa! 

(La mer! la mer!) 

Cette exclamation rappelle l'étonnante série de marches militaires 
qu'on a nommée la retraite des Dix-Mille, et dont Xénophon fut le 
capitaine et l'historien. 

Partis du champ de bataille de Cunaxa, oîi s'était brisée la fortune 
de Cyrus le Jeunp, les dix mille auxiliaires grecs que ce prince avait 
pris à sa solde pour combattre son frère, exécutèrent leur retraite en 
bon ordre, malgré les attaques continuelles des barbares, et après une 
marche de seize mois à traA'eis les déserts et les montagnes de l'Asie, 
jIs arrivèrent épuisés au sommet de la montagne de Thechès, d'où ils 
aperçurent le Pont-Euxin. Jamais naufragés ne poussèrent le cri de 
terre! avec plus d'ivresse que les Grecs n'en ressentirent à la vue de 
ces flots qui allaient enfin les conduire dans leur patrie. La vvr! la 
mer! s'écrièrent-ils eu s'embrassant et en versant des larmes de joie. 
Il leur fallut cependant combattre encore à travers les montagnes de la 
Colchide, et ce ne fut qu'après de nouvelles fatigues et de nouveaux 
dangers qu'ils purent s'enil)arquer pour retourner eu Grèce. 



204 FLORE LATINE. 

THAT IS TIIE QUESTION. 

(Cela est la question,) 

Fin du premier vers du monologue d'Hamlet : 

To Le or not to be ,' that is the qiiestioii. 
Voir : To be or not to be. (Leçon XLIIL) 



TI3IE0 DANAOS ET DONA FERENTES. 

(Je crains les Grecs, même qiiand ils font des présents.) 

Vers de Virgile. 

Le grand prêtre Laocoon cherche à dissuader les Troyens de faire 
entrer dans leurs murs le cheval de bois que les Grecs avaient perfi- 
dement laissé sur le rivage, et dans les flancs duquel ils avaient caché 
des guerriers. 

Dans l'application, ces mots signifient qu'il faut se défier des présents 
d'un ennemi. Si l'on en croit le Charivari anglais, le Punch, il est pru- 
dent même d'étendre cette défiance jusqu'aux présents... d'un ami. 
Témoin cette phrase qui renferme une leçon de sage économie : « L'in- 
convénient de recevoir une bourriche qui vous est envoyée par un 
am, c'est que vous êtes forcé de donner un grand diner pour vous 
débarrasser de ce cadeau de venaison : Tirneo Banaos et dona ferentes. » 



APPLIGATIOX. 

Bans les phrases suivantes, l'élève remplacera chaque tiret ■par Vune des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

La lune est-elle habitée ^ ou n'est-elle qu'un satellite bon seule- 
ment à influer sur les marées et à nous voiler quelquefois le soleil? 
j 

Pousser un peuple à l'agitation et au désordre est malheureuse- 
ment trop facile; mais c'est lorsqu'il faut le maîtriser ensuite 
qu'on voit les agitateurs aussi embarrassés que s'ils avaient à — . 

Malgré le secours de Minerve, qui le protégea toujours, Ulysse, 
poursuivi par la colère des autres déesses, erra pendant dix ans sur 
les mers avant de retrouver Ithaque : — ? 

Toutes les fois qu'un homme, connu d'ailleurs par sa probité, 
atteste un fait à l'affirmation duquel il n'a aucun intérêt, on ne 
peut lui appliquer la maxime — . 



FLORE LATINE. 205i 

Les hommes à la parole mielleuse, aux gestes obséquieux, ca- 
chent ordinairement des vues intéressées et dangereuses sous ces 
dehors doucereux ; c'est d'eux qu'il faut dire : — . 

Nous avons vu de nos jours certains écrivains qui, au lieu d'at- 
tribuer leur stérilité à l'impuissance, se plaignaient de ne plus 
trouver qu'à glaner dans le champ de la Uttérature, et s'écriaient : 

Depuis la naissance de Jésus-Christ, il a fallu encore près de 
dix-huit cents ans pour faire triompher l'idée d'égahté qui respire 
d'un bout à l'autre de l'Évangile : — ... 

Quand de savants astronomes annoncent une grande marée, tout 
le monde voit en imagination la mer balayant les hautes falaises 
et s'écrie à la vue des flots qui se gonflent : — ! 

Quel admirable serviteur de l'homme que le chien ! Qu'un ber- 
ger essaye de conduire seul un troupeau de moutons ; autant vau- 
drait — . 

La France ne sut pas profiter de la voie nouvelle ouverte par 
Christophe Colomb et dans laquelle se jetèrent si avidement l'Es- 
pagne, le Portugal et l'Angleterre; aussi nos colonies n'ont-elles 
jamais eu la même valeur; le meilleur était pris quand nous 
sommes arrivés : — . 

Les Français sont en général légers, curieux et spirituels; ils 
ont tous les défauts et toutes les qualités des Gaulois, et l'on peut 
sans crainte appliquer ici la maxime : — . 

Comment l'âme agit-elle sur le corps, et quel est ce lien mys- 
térieux qui les unit si étroitement ? — . 

Les critiques de Zoïle n'ont pas prévalu contre les beautés su- 
blimes de l'Iliade; les traits qu'il a lancés contre Homère sont 
retombés sans l'atteindre — . 

Malgré les ressources de son génie, malgré la valeur et la disci* 
Xjline admirable de ses légions. César mit dix ans à conquérir les 
Gaules; ce n'est qu'après cette guerre obstinée que Rome fut véri- 
tablement -la maîtresse du monde — . 

Le marin ne respire à l'aise que sur les vagues de l'Océan; à 
pfine a-t-il passé quelques jours à terre qu'il pousse un cri de 
regret — . 

il 



FLORE LATINE. 

Grâce aux perfectionnements apportés dans leur construction, 
les frégates cuirassées de fer se rient maintenant des bombes et 
des boulets — . 

Il est rare que l'on puisse dire des fils des grands hommes, et 
surtout des grands écrivains — . 

De tous les documents historiques, les Mémoires sont ceux qui 
doivent inspirer le moins de confiance; souvent l'auteur raconte 
des faits qui ne sont connus que de lui seul ; or — . 

Un académicien a offert aux magnétiseurs dix billets de mille 
francs, ne leur demandant en retour que d^s choses très-faciles, 
comme, par exemple, de venir lire devant lui les yeux fermés, 
ou bien les yeux ouverts, au fond d'une tabatière. L'argent sans 
doute n'était pas de refus, mais, venant d'un ennemi, ils ont eu 
peur de quelque trahison, et ont dit — . 

i-.--inr ^<g:gS:g) ^^'g'-y-"^ - — ■ 



LEÇON XLIII. 

TIMEO nOIIIVEM UNIUS LIBRI. 

(Je crains l'homme d'an seul livre.) 

Pensée de saint Thomas d'Aquin. 

C esl-à-dire nn homme qiii n'a lu qu'un seul livre, mais qui le pos- 
sède bien. En effet, il y a toujours plus de vraie science dans celui qui 
n'a lu qu'un bon livre, mais qui l'a bien lu, que dans celui qui en a 
lu beaucoup sans se donner le temps de les méditer. 

Sénèque compare bigénieusement le lecteur superficiel qui passe in- 
cessaiLment d'un hvre à un autre sans en approfondir aucun, à un 
voyageur qui, étant, pour ainsi dire, partout et nulle part, se fait beau- 
coup de connaissances et pas nn ami, mulia hosiAtia, nullas umicilm. 

Quelquefois on donne à cette phrase un autre sens : Je crains un 
homme qui a choisi un livre, qui s'en tient à l'opinion, à la manière 
de voir d'un auteur, et se montre trop exclusif. 



FLORE LATINE. 207 

TO liE OR NOT TO BE. 

(Être ou ne pas être.) 

C'est le premier vers du fameux monologue d'Hamlet, un des héros 
de Shakespeare : 

To be or net to be , that is the question. 

Être ou ne pas être, cela est la question. 
Voici la traduction de ce passage par Ducis : 

Je ne sais que résoudre... Immobile et troublé... 
C'est rester trop longtemps de mou doute accablé : 
C'est trop .souffrir la vie et le poids qui me tne. 
Eh ! qu'offre donc la mort à mon âme abattue ? 
Un asile assuré , le plus doux des chemins 
Qui conduit au repos les malheureux humains. 
Mourons. Que craindre encor quand on a cessé d'être ? 
La mort... c'est le sommeil... c'est un réveil peut-être. 
Peut-être !.., Ah ! c'est ce mot qui glace épouvanté 
L'homme au bord du cercueil par- le doute arrêté. 
Devant ce vaste abime, il se jette en arrière, 
Ressaisit l'existence et s'attache à la terre. 
Dans nos troirbles pressants , qui peut nous avertir 
Des secrets de ce monde où tout va s'eugloutir ? 
Sans l'effroi qu'il inspire , et la terre sacrée 
Qui défend son passage et siège à son entrée , 
Combien de malheureux iraient dans le tombeau 
De leurs longires douleurs déposer le fardeau ! 
Ah ! que ce port souvent est vu d'un œil d'en-sie 
Par le faible agité sur les flots de la vie ! 
Mais il craint dans ses maux , au delà du trépas , . 
Des maux plus grands encore , et qu'il ne connaît pas. 
Redoutable, avenir, tu glaces mon courage ! 



TOLLE! 

(Enlevez!) 

Évangile selon saint Jean, chap. XIX : 

— Depuis ce moment, Pilate cherchait à le délivrer, mais les Juifs 
criaient : « Si vous le déli'STez, vous n'êtes point ami de César; car, 
quiconque se fait roi, se déclare contre César... Enlevez-le, enlevez-le, 
toile, toile, et crucifiez-le ! » 

Pilate leur dit : « Crucifierai-je donc votre roi? » Les princes des 
prêtres répondirent : « Nous n'avons pas d'autre roi que César. » 

Alors il le remit entre leurs mains pour être crucifié. 

Le mot toile, cri de réprobation et de malédiction, a passé dans notre 
langue et est aujourd'hui naturalisé Irancais. 



•208 FLORE LATINE. ' 

TOLLE ET LEGE. 

(Prends et lis.) 

« Prends et lis; » ces mots décidèrent la conversion de saint Au- 
gustin, ainsi qu'il le raconte lui-même dans ses Confessions. Agité par 
les remords, lié fjar l'habitude, entraîné par la crainte, subjugué par 
la passion, il veut et ne veut pas. Un jour enfin^ livré aux plus vio- 
lentes agitations, il avait fui la compagnie de quelques amis fidèles 
pour aller chercher sous un bosquet de son jardin la solitude et le 
calme qui manquaient à son cœur; il invoquait, bien que confusé- 
ment, le secours du ciel; tout à coup il croit entendre sortir comme 
d'une maison voisine une A^oix qui lui disait : tollé et lege, pi-ends et 
Us. Surpris, se demandant de quel endroit est partie cette voix, et 
smiout quelle lecture lui était indiquée, il court retrouver Alype, son 
ami : un liATe était placé sous ses yeux, c'étaient les épîtres de saint 
Paul; Augustin l'ouvre au hasard et tombe sur ce passage de l'apôtre: 
Ne passez pas votre vie dans les festins et les plaisirs de la table... mais 
revêtez-vnus de votre seigneur Jésus-Christ, et gardez-vous de satisfaire les 
désirs déréglés de la chair. Augustin n'eut pas besoin d'en lire davan- 
tage; un rayon de lumière avait dissipé les ténèbres de son intelligence 
et embrasé son cœur d'une flamme toute céleste. 



TOT CAPITA, TOT SENSUS. 

(Autîgit d'hommes, autant de sentiments.) 

Littéralement : autant de têtes, autant de sentiments. C'est un pro- 
verbe latin, sans doute plus ancien que les Latins. La forme gram- 
maticale devrait être : quot capita, tôt sensus. 



TRAHIT SUA QUEMQUE VOLUPTAS. 

(Chacun est entraîné par son penchant.) 

Vers tiré d'une églogue de Virgile. 

« La lionne cmelle cherche le loup, le loup la chèvre, la chèvre le 
cytise fleuri, moi je te cherche : chacun est entraîné par son penchant. » 

Le poète veut peindre cet instinct mystérieux qui entraîne les êtres 
les uns vers les autres, soit par l'intérêt du besoin, soit par l'attrait du 
plaisir. Didot traduit ainsi : 

Le lion sur le loup s'élauce furieux; 

Le loup cherche l'agneau , l'agneau la marjolaine : 

Moi, je te suis : chacun cède au goût qui l'entraîne. 



FLORE LATINE. 209 

Gresset a paraphrasé les vers de Virgile : 

Tout suit de son pencliant rimpérieui attrait; 
Le loup cherche sa proie autour des bergeries; 
Le jeune agneau se plaît sur les herbes fleuries : 
Pour moi, charmante Iris, par un charme plus doui, 
Je sens que mon destin m'a fait naître pour vous. 

TUA RES AGITUR. 

( Il s'agit de vous.) 

«Votre intérêt est enjeu, dit Horace, quand la maison du voisin 
brûle. » 

A l'époque des disputes entre les réalistes et les nominaux, on rap- 
porte qu'Abélard, appelé pour cause d'hérésie devant le concile de 
Sens, ayant aperçu parmi ses juges Gilbert de la Porrée, lui adressa 
le vers d'Horace comme une prophétie, qui ne tarda pas à s'accom- 
plir; quelques années plus tard, Gilbert, accusé d'hérésie à son tour, 
était appelé devant le concile de Paris. 

TU AUTEM... 

(Mais toi...) 

Ces deux mots, qui, isolés, n'offrent aucun sens, s'emploient dans 
certains cas comme synonymes de difficulté, et reçoivent à peu près la 
même application que hic : C'est là le tu autem, c'est-à-dire le point 
essentiel, le difficile. 

TU ES ILLE VIR. 

(Tu es cet homme.) 

David avait conçu une passion coupable pour Bethsabée, femme 
d'Urie, un de ses officiers. Afin de pouvoir l'épouser, il envoya à Joab, 
général de ses armées, qui assiégeait alors la capitale des Ammonites, 
l'ordre d'exposer Urie à l'endroit le plus périlleux. Celui-ci y fut tué, 
et David épousa Bethsabée. Mais bientôt Dieu lui envoya le prophète 
t^athan, qui lui parla ainsi : « Il y avait dans une ville deux hommes, 
l'un riche, l'autre pauvre. Le riche possédait un grand nombre de 
brebis et de bœufs; le pauvre n'avait pour tout bien qu'une petite brebis 
qu'il élevait avec ses enfants. Il la nourrissait de son pain, la faisait 
boire dans sa coupe et dormir sur son sein ; il la chérissait comme sa 

12. 



210 FLORE LATINE. 

iille. Un étranger étant venu loger chez le riche, celui-ci ne voulut 
point toucher à ses brehis et à ses bœufs pour lui donner à souper, 
mais il prit la brebis du pauvre et la servit à son hôte. — Cet homme 
mérite la mort, s'écria David; il rendra quatre brebis pour une. — Tu 
es ille vjr « tu es cet homme,.» reprit Nathan. Tu as méconnu la parole 
de Dieu, qui t'a fait roi; le Seigneur te punira. » 



TULIT ALTER HONORES. 

(Un autre en a eu l'honneur.) 

Seconde partie du vers de Virgile : Hos ego verskulos feci. Voiï Sic 

vos non vobis. 



APPLICATION. 

J)ans les phrases suivantes, l'élève remplicera chaque tiret 'par Vune des 

locutions latines exidiquées ci-dessus. 

Pendant le carême de 1675, le Père Bourdaloue, expliquant un 
jour une parabole célèbre en présence de Louis XIV, qui vivait 
alors avec la marquise de Montespan, osa la lui appliquer directe- 
ment, et plus d'une fois dans son discours le terrible — retentit 
aux oreilles du souverain. 

L'antiquaire met son bonheur à débarbouiller un vieux sou, à 
démontrer la manière d'emmancher les haches celtiques; chacun 
son goût, — . 

On a bien trouvé le moyen de s'élever dans les airs; mais on 
cherche encore le moyen de diriger les ballons, c'est là le — , 

• Le meunier de la fable renonça bien vite à écouter les remar- 
ques des passants; il conduisit son àne à sa guise, et fit bien, car 
comment contenter tout le monde? — . 

Christophe Colomb découvrit le nouveau monde, et Améric 
Vespuce lui donna son nom : — . 

A la limite d'une ancienne éruption du Vésuve, sur le bord de 
la lave, un voyageur a écrit sur une pierre : Postérité, prends 
garde! — î 



FLORE, LATINE. 21t 

Quand Alfred de Musset répondit à l'hymne de Nicolas Becker 
sur le Rhin allemand, il souleva un — dans toute l'Allemagne 
par la façon dédaigneuse dont il parla aux Allemands de « leur 
petit vin blanc. » 

De tous ces milliers de li\Tes qui nous entourent, combien peu 
méritent qu'une inspiration secrète nous pousse à les lire et nous 
dise : — ! 

Ces objets merveilleux, que chaque exposition de l'industrie 
offre à nos regards, par qui sont-ils créés? Par un ouvrier dont 
on ne sait pas le nom. L'industriel seul est nommé : — . 

Des hommes très-sérieux ont souvent passé des heures devant 
les théâtres de marionnettes; ils aimaient à voir les prouesses de 
Polichinelle : — . 

Toutes les sciences morales sont renfermées dans un seul U\Te, 
l'Évangile; ce n'est pas de l'homme qui ne connaît que l'Évan- 
gile, que Ton peut dire : — . 

Manquer rarement le but en tirant sur une cible est déjà difil- 
cile; mai-s conserver la même adresse en prenant pour point de 
mire l'œil du lion, voilà le — . 

Plus on consulte les autres sur ce que l'on se propose de faire, 
plus on est embarrassé pour prendre une résolution; car il est rare 
de voir deux hommes penser de même sur la même chose — . 

Annibal mit Rome à deux doigts de sa perte; ce n'était plus 
pour les Romains une guerre plus ou moins désastreuse; c'était 
l'existence même de Rome qui était mise en question, il s'agissait 
pour elle d'être ou de n'être plus, — . 

On tire plus de profit d'une page lue et méditée avec soin que 
d'un volume rapidement parcouru; c'est dans ce sens que l'on a 
dit: — . 

Parmi les écrivains qui ont traité les questions sociales, il n'en 
est pas un qui ne croie avoir trouvé la solution de ce grand pro- 
blème : le bonheur de l'humanité, et qui ne tende à tout venant 
son li\Te en disant : -— ! 



212 FLORE LATINE. 

L'orateur se fera écouter avec attention et bienveillance, s'il 
montre que lintérêt commun est blessé, que Ihumanité est ou- 
tragée dans l'action dont il demande justice; enûn, s'il peut dire 
à chacun de ses auditeurs : : — ! 

Si Laurent Ricci refusa de modifier les statuts de l'ordre des 
Jésuites, c'est qu'il savait que c'était là pour l'ordre une question 
de vie ou de mort, — . 

Quand un auteur dramatique a su conquérir par ses ouvrages 
antérieurs les sympathies de la foule, son nom suffit souvent pour 
assurer le succès d'une pièce nouvelle. Si au contraire l'auteur est 
inconnu, ou si ses premiers ouvrages ont été mal accueiUis, le 
parterre est toujours disposé à crier — ! dès que l'intérêt lui 
semble languir, et la chute est inévitable, à moins que le poète n'ait 
conjuré ce danger à force de talent. 

L'avare, au spectacle, se moque d'Harpagon; un vieux Cassan- 
dre se pâme de rire en voyant Géronte; un joueur applaudit aux 
saillies de Valère ; un pédant trouve plaisants Trissotin et Vadius ; 
une coquette s'amuse des manèges de Célimène... Spectateur 
étourdi, ne ris point de ton voisin; ne regarde ni à droite, ni à 
gauche : — . 

■ c^'nnr K^:^^g' Rr~Y~'-j 

LEÇON XLÎV. 



TU MARCELLUS ERIS! 

(Tu seras Marcellusl) 

Anchise montre à Énée les futurs héros de sa race, et, parmi eux, 

le jeune Marcellus, 'fils d'Octavie, sœur d'Auguste. Virgile fait pré- 
dire à Anchise les belles espérances que devait donner le jeune prince, 
qui mourut à vingt ans. Tu seras Marcellus ! c'est-à-dire une pro- 
messe qui ne se réalisera pas, l'objet d'ime attente suivie d'un éternel 
regret. 

Marcellus était regardé comme le successeur d'Auguste à l'empire; 
il était aimé du peuple, qui attendait de lui, lorsqu'il serait devenu le 
maître du monde, le rétabUssement de la liberté. La tradition a con- 
servé le souvenir de l'effet que produisit sm'' le cœur d'Octavie l'épi- 



FLORE LATINE. 213 

sodé qui a rapport à la fin prématurée de Marcellus. Virgile lisait en 
présence d'Auguste le passage où se trouvent ces vers : 

Heu, miserande pner, si qna fata aspera nunpas. 
Tu Marcellus eris .' 

« Hélas ! malheureux enfant, si tu peux vaincre un jour les destins 
trop cruels, tu seras Marcellus ! » 

A ces mots, qui lui rappelaient si douloureusement le fils qu'elle 
avait perdu, Octavie s'évanouit. Aussitôt qu'elle eut repris ses sens, 
elle fit donner au poète autant de talents d'or qu'il y avait de vers 
dans l'éloge de son fils. Ce don magnifique représenterait aujourd'hui 
plus de 150,000 francs. 

Le Tu Marcellus eris a eu souvent le même sort que la plupart des 
citations latines, que celles surtout qui rappellent des souvenirs 
grands et tristes. Le Français « né malin » en a fait des applications 
plaisantes. Dans un de ses feuilletons, M. de Biéville change Marcellus 
en ilascarille : 

«.Le nouveau débutant a l'aplomb, la vivacité, la malice d"un 
Frontin; il a l'œil allumé, la face réjouie, le sourire narquois, la phy- 
sionomie expressive, la diction accentuée, le geste prompt, la démarche 
alerte, qui sont les signes caractéristiques de l'emploi. Voilà un garçon 
qu'il suffit d'entendre une fois pour lui dire : « Tu Mascarillus eris ! Tu 
es né pour porter la li-^Tée à la Comédie-Française. » 



TO QUOQUE! 

(Toi aussi ! ) 

Paroles que César fit entendre, lorsqu'il aperçut au nomlire de ses 
assassins Brutus, qui passait pour être son fils. 



E TUTTI QUANTI. 

(Et tous les autres.) 

Mots italiens, qui sont à peu près sjiionymes de la locution latine 
ejusdem farina, avec cette différence que cette dernière se prend tou- 
jours en mauvaise part. 

UBI BE>'E, IBI PATRIÀ. 

(La patrie est où Ton est bien.) 

La patrie n'est pas seulement m\ lieu ; c'est un ensemble de tradi- 
tions, d'infortunes et de grandeurs communes, qu'on ne peut pas 



2i4 FLORE LATINE. 

plus renier que les liens de la parenté. Combien nous préférons cette 
pai^ole àa terrible Danton, auquel on conseillait de fuir pour éviter 
réchafaud : « On n'emporte pas la patrie à la semelle de ses sou- 
liers! » 



ULTIMA RATIO. 

(La dernière raison.) 

C'était une des maximes de Richelieu que le canon est Wltima ratio 
des rois. Malheureusement il en est de cette phrase du cardinal comme 
du ncc jiluribus impar de Louis XIV, elle manque de clarté, et peut 
s'entendre de deux manières bien différentes : la dernière raison, le 
dernier moyen qu'il faut choisir ; ou la dernière raison , la ressource 
suprême et, par conséquent, la plus irrésistible. 

Les deux mots ultima raiio sont souvent suivis d'un mot latin qui 
peut varier : ultima ratio régis ou regum , la dernière raison du roi oa 
des rois; ultima ratio po^/uii", la dernière raison du peuple. 



UNGUIBUS ET ROSTRO. 

(Du bec et des ongles.) 

Se défendre iinguibus et rostro, c'est se défendre ^1goureusement et 
sans lâcher prise. 

URBI ET ORBI. 

^ (A la ville et à l'univers.) 

Paroles qui accompagnent la bénédiction du souverain pontife 
lorsque, le jeudi saint, le jour de Pâques et celui de l'Ascension, il 
donne, du haut du balcon de Saint- Jean- de-Latran, sa bénédiction à 
toute la catholicité. 

On dit de même, par extension, publier une nouvelle urbi et orbi^ 
c'est-à-dire partout. Cela répond à notre expression populaire : Crier um 
chose ^ar-dessus les toits. 



UTILE DlILCI. 

(Unir l'utile à l'agréable.) 

Voir Omne tnlit punctum. 



FLORE LATINE. 215 

UT PICTURA POESIS, 

(La poésie est comrue une peinture.) 

Pensée d'Horace. 

Tandis que la prose dit simplement les choses, la poésie les montre, 
différence essentielle entre l'une et l'autre, laquelle a fait regarder la 
poésie comme sœur de la peinture : Vt pictura poesis. 



VADE IN pace; 

(Allez en paix.) 

Paroles que prononce le confesseur en congédiant le pénitent. 



APPLICATION. 

Dans les phrases suivantes, Véléve remphcera chaque tiret par Cune des 

loculions latines expliqué(S ci-dtssus. 

— ; quel tableau pourrait mieux que ces vers de La Fontaine 
nous faire voir ces souris qui 

Mettent le nez à l'air, montrent un peu la tète. 
Puis rentrent dans leurs aids à rats. 
Puis ressortant, font quatre pas. 
Puis enfin se mettent en quête? 

C'est à Rome seulement que le génie de Raphaël éclate dans 
toute sa grandeur; il travaille dès lors pour la ville éternelle et 
pour la postérité : — . 

Le duel est la plus déraisonnable des raisons ; ne pourrait-on 
pas le stigmatiser en l'appelant — des fous? 

Quelle joie pour l'accusé innocent, lorsqu'il entend le juge pro- 
noncer les paroles d'acquittement qui veulent dire pour lui : — ! 

Le principal mérite des tableaux des anciens, sans parler de la 
partie du dessin, dans laquelle ils étaient admirables, consistait, 
ce me semble, dans le sublime de l'expression. C'est là qu'ils 
mettaient tout leur génie. Quand le poète dit: — , le peintre dit à 
son tour : La peinture est une poésie ! 



21C FLORE LATINE. 

Aux débuts du romantisme, dans ce beau temps d'effervescence 
poétique, les succès de théâtre étaient vivement disputés, et plus 
d'une fois il fallut défi-ndre — 'es hardiesses des chefs d'école. 

Quelle triste période de notre histoire que ces sanglantes années 
de la Terreur, qui eut sans cesse pour — la guillotine! 

Un roi sage consulte les intérêts de son peuple avant les dan- 
gereuses impulsions de son orgueil et les vaines illusions de la 
gloire; pour lui, la guerre est le dernier argument à employer, 
c'est son — . 

Gil-Blas est un chef-d'œuvre : il est du petit nombre des ro- 
mans qu'on relit toujours avec plaisir... C'est là que l'instruction 
n'est jamais sans agrément. — devrait être l'épigraphe de cet ex- 
cellent livre, que la bonne plaisanterie assaisonne partout. 

Que celui dont la vie a été remplie de bonnes œuvres ne re- 
doute pas la mort. A l'heure suprême le souvenir du bien qu'il a 
fait le soutiendra et lui dira : — ! 

N'est-il pas curieux de voir tant de noms inconnus aujourd'hui 
parmi les immortels qui ont jadis occupé les fauteuils de l'Aca- 
démie : Bardin, Porchères, Faret, Baudouin, Serizay, Boissat, 
Giry, Laugier, — ? 

Les passages que la critique incrimine le plus vivement sont 
quelquefois ceux que Fauteur aime le plus, ceux qu'il défend — . 

Quand le lion, vieux et mourant, vit l'âne accourir dans son 
antre, — , s'écria-t-il douloureusement. 

C'est le défaut même de la Eenriade de ressembler à tout ce 
qui précédait; et surtuut à X Enéide; d'avoir une tempête, un ré- 
cit, une descente aux Enfers, un Elysée, une vue anticipée des 
grandeurs et des maux de la patrie, et même un — , qui s'ap- 
plique au dauphin. 

Parfois on trouve dans des contrées lointaines la fortune et le 
bonheur que l'on a vainement cherchés dans les lieux o\i l'on a vu 
le jour; pourquoi ne dirait-on pas alors : — ? 

Qui connaît aujourd'hui les œuvres de Chapelain, de Pradon, 
de Cotin, — ? 



FLORE LATINE. 217 

Rien ne réunit mieux les conditions de — , rien n'est plus in- 
structif et amusant tout ensemble qu'un récit de voyage. 

L'Arabe nomade a horreur des maisons de pierres; il promène 
sa tente d'oasis en oasis et trouve partout une patrie : — . 

Le jeune Condé avait débuté par une victoire digne d'un vieux 
général ; la France entière s'était écriée : Tu seras gi-and ! — ! 

Combien de fois l'homme tombé dans le mallieur s'est-il vu 
abandonné par ceux qui paraissaient lui être dévoués! Combien 
de fois, en voyant un de ses amis les plus chers se détourner de 
lui, a-t-il pu répéter ces mots pleins d'amertume : — . 



LEÇON XLV. 

VADE RETRO! 

(Retire-toi !) 

Évangile selon saint Mathieu, ch. IV. 

— Ensuite le démon transporta Jésus sur une haute montagne et lui 
montra tous les royaumes du monde avec toute leur gloire; 

— Et il lui. dit : « Je vous donnerai toutes ces choses, si vous voulez 
vous prosterner devant moi et m'adorer. » 

— Mais Jésus lui répondit : «Retire-toi, Satan; car il est écrit : Vous 
adorerez le Seignem^, votre Dieu, et vous ne servirez que lui seul. » 

V^ 80LI! 

(Malheur à l'homme seul!) 

Paroles de VEecUsîaste, chap. IV, verset 10 : 

« Il vaut mieux que deux soient ensemble qu'être seul ; car ils ont 
le prix de leur union : 

Si l'un tombe, l'autre le soutiendra. Malheur à l'homme seul ! lors- 
qu'il tombe, il n'a personne qui le relève. » 

ViE YICTIS! 

(Malheur aux vaincus!) 

L'an 390 avant Jésus-Christ, les Gaulois prirent et dévastèrent Rome. 
Enfermés dans le Capitole et menacés de la famine, les Romains, pour 

13 



218 FLORE LATINE. 

éloigner les formidables ennemis qui campaient sur les ruines fumantes 
de la cité, consentirent à leur donner mille livres pesant d'or. Ils 
accusèrent les Gaulois de se servir de faux poids. Le chef des Gaulois, 
Brennus, imté, jeta, dit-on, son épée et son baudrier dans la balance, 
en proférant ces paroles impitoyables : Vœ victisi 



VANITAS VANITATUMÎ 

(Vanité des vanités !) 

Premiers mots de VEcclésiasle, dont les différents chapitres sont une 
paraphrase de cette idée : Vaniîas vanitatum, et omnia vanitas, vanité 
des vanités, et tout est vanité. 

« J'ai élevé des ouvrages magnifiques, j'ai bâti des maisons et j'ai 
planté des vignes; 

» J'ai possédé des serviteurs et une nombreuse famille, et de grands 
troupeaux de bœufs et de brebis; 

» J'ai entassé l'argent et l'or, le revenu des rois et des provinces; 
j'ai eu des musiciens et des musiciennes... En tout cela je n'ai vu que 
vanité, affliction d'esprit, rien de stable sous le soleil. » 



VARIUM ET MUTABILE SEMPEU. 

(Chose variable et toujours changeante — que la femme.) 

Vers de Virgile. 

Didon a consenti au départ d'Énée, mais déjà, dans son désespoir, 
elle songe à le retenir. Mercure apparaît au héros troyen pour lui rap- 
peler la volonté de Jupiter : « Pars, lui dit-il, pars sans différer, et sou- 
viens-toi que la femme varie et change toujours. » 

On connaît les deux vers de François pr, qui sont une traduction 
de celui de Virgile. Le roi se trouvait au château de Chambord avec 
sa sœur Marguerite de Navarre, cette reine si remarquable par son 
esprit et par l'attachement qu'elle portait à son frère. La reine aperçut 
un jour avec étonnement ces deux vers sur une vitre, où ils avaient 
été tracés avec un diamant par François l^r lui-même : 

Souvent femme varie, 
Bien fol est qui s'y fie. 

Elle reprocha à son Irère d'avoir manqué de galanterie envers un sexe 
qu'elle devait naturellement défendre. 



FLORE LATINE. 2<» 

VENI, VIDI, VICT. 

(Je suis venu, j'ai -vu, j'ai vaincu.) 

César était maître du monde; la victoire de Pliarsale et la mort de 
Pompée lui assuraient le pouvoir sans partage. Un des fils de Mithri- 
date, Pharnace, essaj'e de rallumer la guerre en Asie. César marche 
contre lui^ l'écrase en une seule bataille et annonce sa victoire par 
ces mots célèbres qui en peignent la promptitude et la facilité : Yeni, 
vidi, vici. 

Dans Bérénice, Racine fait dire à Antioclius : 

Titus, pour mon malheur, vint, vous vit et vous plut. 

« Le tort de cet hémistiche, dit AL Géruzez, est de rappeler l'héroïque 
bulletin de César et d'en paraître la parodie. Il ne faut pas évoquer 
des souvenirs qui écrasent. » 

Racine^ dans une autre circonstance, fut plus heureusement inspiré 
par le veni, xidi, vici. Le roi d'Angleterre, Guillaume III, avait été 
battu à Senef, à Steinkerque et à Nerwinde; l'auteur de Bérénice fit à 
son adresse l'épigramme suivante : 

Si César viut, vit et vainquit, 
Guillaume vint et vit de même; 
C'est un vrai César en petit : 
Des trois choses que César fit. 
Il ne manque que la troisième. 



VERA IXCESSU PATUIT DEA. 

(Sa démarche révèle une déesse.) 

Vers de Virgile. 

Vénus vient d'apparaître à son fils Énée, « elle détourne la tète, et 
son cou brille de l'incarnat des roses; ses cheveux exhalent l'odeur 
céleste de l'ambroisie; sa robe, en plis mouvants, ondoie jusqu'à ses 
pieds, sa démarche révèle une déesse. » 

Féuelon compare la poésie à ces divinités fabuleuses qui semblent 
glisser dans l'air plutôt que marcher sur la terre. Saint-Simon dit de 
la duchesse de Bourgogne : « Elle avait la démarche d'une déesse sui 
la nue. u 

VERBA VOLANT, SCRÏPTA MANE^'T. 

(Les paroles s'envolent, les écrits restent.) 

Ce proverbe latin conseille la circonspection dans les circonstances 
011 il serait imprudent de laisser des preuves matérielles dune opi- 



!)20 FLORE LATINE. 

nion, (l'un fait. — Il a aussi un autre sens : dans toute espèce de con- 
trat, ne vous contentez pas de promesses verbales; demandez des en- 
gagements écrits^ car les paroles s'envolent, les écrits restent. 



VERITAS ODIUM PARIT, OBSEQUIUIH AMICOS. 

(La franchise fait des ennemis, la flatterie des amis.) 

Molière, en traçant le caractère du Misanthrope, a fait ressortir cette 
vérité exprimée par Térence. Par sa franchise poussée à l'excès, Alceste 
se fait de nombreux ennemis. C'est aux esclaves à mentir, disait Apol- 
lonius, à l'homme libre, de parler le langage de la vérité. Mais la 
franchise doit avoir des limites, et, si l'on en croit la sagesse des 
nations, toute vérité n'est pas bonne à dire. Le prudent Fontenelle 
pensait comme Térence : « Si j'avais la main pleine de vérités, écri- 
vait-il, je me garderais bien de l'ouvrir. » 



VETO. 

(J'empêche.) 

Cette expression a passé dans le langage politique, et s'entend de 
l'acte solennel d'opposition absolue, par lequel un pouvoir constitué 
refuse sa sanction à une mesure émanée d'un autre pouvoir, et, ainsi, 
en paralyse l'effet. 

Le mot veto rappelle un des tristes souvenirs de la Révolution fran- 
çaise. Une des plus graves questions qu'avait à décider l'Assemblée 
Constituante, était celle du veto ou droit accordé au roi de s'opposer 
aux lois votées par les assemblées législatives. Le peuple criait : « A 
bas le veto, » sans comprendre ni le mot ni la chose. Pour lui, le veto 
était l'ancien régime, l'ennemi de la Révolution, et la populace ne tarda 
pas à donner le nom de Madame Ycto à l'infortunée Marie-Antoinette. 



APPLICATION. 

Dans les phrases sidoantes, Vélève remplacera chaque tiret par Vun& des 
locutions latines expliquées ci-dessxis. 

Ce n'est pas par défiance, mais par une sage précaution que 
Ton doit exiger un engagement écrit avant d'entreprendre une 
affaire sérieuse : — . 



FLORE LATINE. 221 

Les questions les plus simples s'embrouillent si bien dans les 
chancelleries que des années ne suf lisent pas à les résoudre; ce 
n'est pas un diplomate qui pourrait écrire à son souverain : — ; 
les victoires diplomatiques sont plus lentes. 

La plupart des querelles de la société ne naissent , pour l'ordi- 
naire , que parmi les gens qui se disent la vérité : — . 

La jeune tille qui apprend à danser a bien des gaucheries, bien 
des maladresses à perdre avant d'acquérir cette démarche noble et 
aisée qui doit lui donner l'air imposant de Minerve ou de Junon : 

La légèreté, le manque de suite dans les idées^ l'amour du 
changement;, sont loin d'être le partage exclusif des femmes; il est 
sous ce rapport « bon nombre d'hommes qui sont femmes, » et 
auxquels on peut appliquer le — . 

Les auteurs sont d'une extrême susceptibilité : si on ose les 
contrarier, aussitôt ils récriminent; à les entendre, ils sont ou- 
tragés comme Racine, méconnus comme le Tasse, persécutés 
comme Fénelon : — . 

Après la dissolution de leur société, les jésuites se virent ac- 
cueillis partout avec un dépit qu'on ne chercha point à dissimuler. 
Quel crime avaient-ils donc conmiis? Le crime de survivre à leur 
défaite; mais l'axiome du vainqueur est impitoyable : — ! 

Les richesses, les honneurs, le bruit^ l'éclat, le pouvoir, voilà les 
véritables tentateurs auxquels bien peu d'hommes ont h force de 
crier : — ! 

Lorsqu'un prince oppose un — trop absolu aux réformes que 
l'opinion publique réclame, la conséquence de cette inflexibilité 
est presque toujours une révolution. 

Les grandes pensées, les idées sublimes n'ont pas besoin de re- 
courir à la pompe des expressions, à tous les artifices du style, 
pour produire leur effet ; elles frappent et éblouissent au premier 
abord : — . 

Chez la femme plus que chez l'homme, on remarque ces chan- 
gements soudains et ces caprices d'un esprit qui flotte. Parfois 
elle est maussade, puis elle se laisse aller à une extrême bienveil- 
lance, enfin elle justifie le — ... 



^22 FLORE LATINE. 

Les absents, dit-on, ont toujours tort; ii en est de même de 
<:eux qui succombent dans la lutte des partis : — i 

Combien de préte-ndus philosophes ont dit en parlant des ri- 
chesses et des grandeurs humaines : — ! et n'ont pas cherché moins 
avidement à les acquérir ! 

Quand le printemps vient caresser de sa tiède haleine les fleurs 
qui entr'ouvrent leurs corolles, les oiseaux avec leurs chants joyeux 
semblent dire à l'hiver : — ! 

Quelques historiens prétendent que Mirabeau s'était vendu à la 
cour peu de temps avant sa mort, et qu'il s'était engagé à arrêter 
le torrent révolutionnaire: mais son — même eût été impuissant. 

Que de gens, dans notre monde de petites vanités, nous rap- 
pellent ce ridicule aubergiste d'opéra qui se glorifie de ce que 
Louis XIV, le grand roi, a eu la bonté de lui adresser ces magna- 
nimes paroles : « Monsieur Sansonnet, vous avez là une drôle de 
perruque ! » Pitié que tout cela ! — ! 

Le christianisme s'établit sur les ruines de l'idolâtrie, et sa vic- 
toire fut tellement rapide, que lui aussi aurait pu dire : — . 

Après la bataille d'Ancyre, dans laquelle Tamerlan fit prisonnier 
Bajazet, le vamqueur enferma son royal captif dans une cage de 
fer qu'il traîna à la suite de son armée. Ces barbares ignoraient 
que la modération et la générosité honorent plus que la victoire ; 
ils ne connaissaient que le — î 

Dans les temps de révolution, où l'on peut être aujourd'hui pro- 
cureur du roi , demain procureur impérial , les prudents évitent 
de donner des témoignages écrits de leurs opinions : — . 

L'homme est fait pour vivre avec ! homme; c'est sa nature de 
t'herclier son semblai3le, de l'aimer, de partager avec lui ses plai- 
sirs et ses peines; aussi l'Écriture a-t-elle dit : — . 



FLORE LATINE. 223 

LEÇON XLVI. 

VÏCE VERSA. 
(Réciproquement.) 

Ces mots sont d'une application tellement usuelle qu'ils sont à peu 
jirès francisés. 

viCTis noNOS! 

(Honneur aux vaincus !) 

Napoléon rencontrant un détachement de prisonniers autrichiens 
s'arrêta, se découvrit, et prononça ces paroles devenues célèbres 
« Honneur au courage malheureux ! » 

VIDEO MELIORA PROVOQUE, DETERIORA SEQUOR. 

(Je vois le bien, je l'aime et je fais le mal.) 

Ces paroles qu'Ovide met dans la bouche de Médée, peignent admi- 
rablement l'homme à qui son intelligence droite montre le chemin du 
devoir et de la vérité, mais que sa faiblesse et l'appât du plaisir en- 
traînent néanmoins vers le mal. 

Saint Paul a exprimé la même idée, presque dans les mêmes termes 
(Épître aux Romains, chap. VII), et Racine, dans un de ses cantiques, 
a imité le passage de saint Paul : 

Mon Dieu, queUe guerre cruelle! 
Je trouve deux hommes en moi. 
L'nn veut que, plein d'amour pour toi, 
Mon cœur te soit toujours fidèle; 
L'autre, à tes volontés rebelle, 
Me révolte contre ta loi. 



Hélas 1 en guerre avec moi-même, 
Oii pourrai-je trouver la paix ? 
Je veux et n'accomplis jamais, 
Je veux, mais, ô misère extrême! 
Je ne fais jas le bien que j'aime. 
Et je fais le mal que je hais. 



On chantait un jour le cantique de Racine devant Louis XIV. Celui-ci 
se retourna vers madame de Maintenon, et dit ; « Madame, voilà 
deux hommes que je connais bien. » 



224 FLORE LATINE. 

VIR BONUS, DICENDI PERITUS. 

(Un bomme de bien, qui sait parler.) 

La première qualité de l'orateur, c'est la jirobité. Quîntilieu a défini 
l'orateur un homme de bien. qui sait parler. Pour être digne de per- 
suader, il doit être incorruptible. Dans tout ce que dit un homme véri- 
tablement éloquent, on reconnaît la double autorité du talent et de la 
vertu. On ne peut s'empêcher d'aimer et d'estimer un tel caractère. 

« De même, dit La Bruyère, dans le genre évangélique il y a des 
hommes saints et dont le seul caractère est efficace pour la persua- 
sion; ils paraissent, et tout un peuple qui doit les écouter est déjà ému 
et comme persuadé par leur présence; le discours qu'ils vont prononcer 
fera le reste. » 

Le serviie dévoûment de Laffémas aux moindres volontés du car- 
dinal-ministre ne peut être comparé qu'à celui de Laubardemont. 
Boisrobert raconte que lorsqu'il faisait une belle journée, Laffémas 
s'écriait : « Ah ! le beau temps pour faire pendre ! » Un plaisant, mo- 
difiant la définition de l'orateur, écrivit au bas du portrait du trop 
fameux lieutenant civil : Yir tonus, strangulandi peritus (homme de bien, 
habile à pendre). 



VIRES ACQUIRIT EU>'DO. 

(Elle acq^uiert, des forces dans sa course.) 

Virgile fait le portrait de la Renommée : « Sa vie est dans sa mo- 
bilité; elle acquiert des forces dans sa course : d'abord faible et timide, 
bientôt s'élevant dans les airs, son pied touche la terre et son front se 
cache dans la nue. » 

De la renommée à la calomnie, il n'y a qu'un pas, et Beaumar- 
chais s'est sans doute souvenu du vires acquirit eundo, dans ce passage 
célèbre du Barbier de Sérille : « La calomnie, monsieur?... D'abord un 
bruit léger, rasant le sol de la terre, conmae l'hirondelle avant l'orage, 
jpianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné; 
telle bouche le recueille, et jnano, piano vous le glisse en l'oreille adroi- 
tement. Le mal est fait ; il germe, il rampe, il chemine, et rinfôrzando 
de bouche en bouche, il va le diable ; puis tout à coup, ne sais com- 
*ment, vous voyez la calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir à 
vue d'œil. Elle s'élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arra- 
che, entraine, éclate et tonne, et devient, grâce au ciel, un cri général, 
un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. » 

Quand Pierre le Grand vint à Paris, il visita l'hôtel des Monnaies; 
on frappa en sa présence une médaille dont la légende était une allu- 
sion au résultat fécond de ses voyages : Yires acq^uirit eundo. 



FLORE LATINE. 225 

VIRTUS POST ?«UM3I0S! 

(la vertu après l'argent!) 

« Gitoyens_, citoyens, dit Horace dans une de ses épîtres, il faut gagner 
de l'argent d'abord; la vertu ne vient qu'après l'argent! 
Ce consc^il ironique d'Horace a été traduit par Boileau : 

L'argent, l'argent, dit-on; sans lui tout est stérile; 
La Tertu sans argent n'est qu'un meuble Inutile, 



VIS COMICA. 

(La force comique.) 

La comédie a pour fondement le ridicule; l'art de le découvrir, de 
le rendre sensible à tous les yeux dans une fable ingénieusement in- 
ventée, savamment conduite, où il ressorte à chaque scène, et^ s'il est 
possible, à chaque mot des persomiages, constitue le vis comica, le pou- 
voir de faire rire, c'est-à-dire la première et la plus essentielle qualité 
du poète comique. 

VITAM I3IPE^'DERE VERO. 

(Donner sa vie à la vérilû.} 

Ce mot de Juvénal avait été pris pour devise par J.-J. Rousseau, et 
servit d'épigraphe à plusieurs journaux de la Révolution, même à celui 
de Marat ! ' ' 

VOX CLAMA^TIS IN DESERTO. 

(La voix de celui qui crie dans le désert.) 

Évangile selon saint Jean, ch. I : 

Voici le témoignage de Jean, lorsque les Juifs envoyèrent à Jérusalem 
dos prêtres et des lévites pour lui demander : « Qui ètes-vous ? » 

Car il confessa la vérité et ne la nia point; il confessa qu'il n'était 
pas le Christ. — «Quoi donc, lui dirent-ils en l'interrogeant, êtes-vous 
prophète? » Et il répondit : « Non. » 

Ils lui dirent alors : « Qui ètes-vous donc? afin que nous puissions 
rendre témoignage à ceux qui nous ont envoyés. Que dites-vous de 
vous-même ? 

— Je suis, répondit-il, la voix de Celui qui crie dans le désert : Rendez 
di'oite la voie du Seigneur! » 

13. 



^20 FLORE LATINE. 

Les mots damaniis in deserio sont employés dans un sens qui n'est 
pas le sens primitif, et signifient : prêcher, parler, conseiller sans être 
écouté. 

VOX POPULI, VOX DEI. 

(La voix du peuple est la voix de Dieu.) 

11 est rare que le jugement de tous ne soit pas la révélation du vrai 
et l'instinct du bien. (Voir Quod ab omnibus, quod ubigue, quod semper.) 
Mais il ne faut pas confondre la voix du peuple avec les bruits popu- 
laires. Le proverbe ne signifie nullement qu'il faut adopter l'avis de la 
multitude ignorante. La Fontaine a dit : 

Le peuple est jnge récnsable; 
En quel sens est donc véritable 
Ce que j'ai In dans certain lieu, 
Que sa voix est la voix de Dieu? 

Colbert, ce ministre tant regretté, faillit être déchiré par la multi- 
tude après sa mort ; une femme du peuple, qui avait été voir son 
convoi, disait avec satisfaction en s'en retournant : « Je viens de 
donner de l'eau bénite à Colbert, parce que j'ai entendu dire que cela 
fait souffrir davantage les damnés. » Pourrait-on répéter ici : Yox ]io- 
j.>uli, VOX Dei? % 



APPLICATION. 

Dans les phrases suivantes, l'élève rem'placera chaque tiret par Vune des 
locutions latines expliquées ci-dessus. 

C'est l'amour désintéressé de la justice qui fait les grands 
hommes, les grands citoyens, ces hommes magnanimes, capables 
de sacrifier, quoi qu'il en coûte, leur temps, leurs forces, leur 
me mêm'î à la recherche, à la manifestation du vrai, — . 

Si, nous autres Français, nous avons de la peine à sentir le — 
de Falstaff, tandis que nous comprenons la douleur de Desdé- 
mone, c'est que les peuples ont différentes manières de rire , et 
qu'ils n'en ont qu'une de pleurer. 

Au premier coup de tocsin qui donna le signal des massacres 
de Septembre , quelqu'un vint presser Danton d'intervenir en fa- 
veur des victimes ; Danton osa répondre : Laissez faire le peuple , 

— l 



FLORE LATINE. 227 

Socrate, proclamant riinité de Dieu et se faisant ainsi accuser 
.[impiété et condamner à boire la ciguë, méritait qu'on écrivît 
sur sa tombe : — . 

Un principe, c'est une force qui marche comme un conqué- 
rant : — . Une fois qu'une idée est déposée dans l'âme humaine, 
elle germe, elle se développe, elle s'accroît chaque jour, et finit par 
s'élever jusqu'aux cieux. 

Quand l'amour effréné des richesses s'empare de tous les esprits, 
quand une nation mérite le reproche que le poète de l'ancienne 
Rome faisait à ses contemporains, de tout sacrifier aux richesses, 
— , que deviennent la bonne foi, Flionneur, la noblesse des pensées 
et des sentiments? 

La voix de saint Vincent de Paul, cette voix qu'on retrouve au- 
dessus de toutes les misères de notre nature, criant et implorant, 
— , fut longtemps la seule qui s'éleva en faveur des aliénés. 

L'homrne poUlique qui veut mériter d"ètre appelé — , doit con- 
sacrer sa vie à la justice, à la vérité, au bien. 

Pourrait-on préférer ce mot odieux de nos impitoyable? an- 
cêtres : Malheur aux vaincus I à ce salut si français : — ? 

Le — est le ridicule vrai, mais chargé plus ou moins, suivant 
la situation et le caractère des personnages. Il y a un point exquis 
en deçà duquel on ne rit point et au delà duquel on ne rit plus, 
du moins les honnêtes gens. 

Dans les choses qui relèvent de la conscience , il est rare que le 
sentiment public vienne à s'égarer; mais lorsqu'il s'agit de la 
science, dont les principes ont tant de peine à triompher des pré- 
jugés populaires, il serait absurde de dire : — . 

Un riche financier sera toujours accueilli dans le monde avec 
plus d'égards et de considération que ne le serait Socrate ou Platon : 

Si l'avocat jouit de droits sans Hmites, il a, d'autre part, des de- 
voirs nombreux; sur sa tète et sur son cœur pèse une immense 
responsabilité. Les anciens le définissaient ainsi : —, l'homme 
probe, d'une éloquence persuasive. 



228 ILORE LATINE. 

Les niasses ne raisonnent pas leurs sentiments : le peuple fran- 
çais a pour le peuple anglais une antipathie instinctive , et — . 

La voix de la conscience n'est jamais muette, et quand nous 
faisons mal, nous le savons, mais nous succombons néanmoins : — . 

C'est avec plaisir que l'on voit l'histoire devenir progressive- 
ment plus ample, plus circonstanciée, s'enrichir de détails, et 
prendre de l'intérêt à mesure qu'elle s'approche de nous : — . 

En vain Démosthène cherchait à prémunir les Athéniens contre 
les intrigues de Philippe; sa voix éloquente était — . 

Dans les relations habituelles de la vie, la bonté fait naître la 
confiance, et — . 

Le médecin, mieux que personne, connaît les suites des excès, 
et pourtant lui aussi se laisse quelquefois entraîner par l'exemple, 
à fumer, à boire plusieurs sortes de vins, etc. : — . 

Lorsque l'armée autrichienne qui força iluningue à capituler, 
vit passer son héroïque défenseur, le général Barbanègre, il n'y 
eut qu'un cri dans les rangs ; — I 



»«s^^9>a 



EXERCICES DE RECAPlTULilTIOlV 

— ire SÉRIE- 
LEÇON XLYII. 

Vélêve donnera la traduction des locutions latines suivantes. 

Nota. Ces exercices doivent être laits de vive voix; car s'il était permis à l'élève 
de consulter son livre, l'ordre alphabétique, que nous avons suivi, ferait 
disparaître toute difficulté. 

— Veto. 

— Divide et impera» 

— No7i possu7nns. 

— In articulo moriis. 

— Bis dat qui cito dat. 

— Compellii intrare, 

— Deo ignoto. 

— Cuique suum, 

— Ne quid nimis, 

— Disjecti membra poefœ. 

— Vox clamantis in deserto. 

— Pulchre! bene! rede! 

— Proh pudor! 

— Ad libitum. 

— Ânch'io son'' pittore ! 

— Imperium in imperio. 

— Corrupfio optimi pessima, 

— Ad patres. 

— Feriet opus. 

— Est modus in rébus» 

— A remotis, 

— Desinit in piscem. 

— Maie parta maie dilabuntur, 

— Expcrto crede. 

— Fa}' niente, 

— Sinite parvulos venire ad me» 

— Quid deceat, quid non. 

— Sint ut sunt, aut non sint. 



*230 FLORE LATINE. 

LEÇON XLYIII. 

L'élève donnera la traduction des locutions latines suivantes* 

— . 1 dh uc suh j u cUce lis est, 

— Ita Dits placuit, 

— Multa paucis. 

— Per fas et nefas, 

— Pafcere subjectis, 

— jkitu pi'oprio. 

— Ex cathedra. 

— Os magna sonatunim, 

— Xalla dies sine linea, 

— Deus ex machina. 

— Xe sutor ultra crepidam, 

— Tantœ ne animis cœlestibus irœ! 

— Sui generis. 

— rus, quando ego te aspiciam! 

— Piscem natare doces. 

— Quo non ascendam ? 

— Qui nescit dissimulare, nescii regnare» 

— A fortiori. 

— Bis repetita placent, 

— Dulcia linquimus arva. 

— A et a est fabula, 

— Delenda Carthago, 

— Nescit vox missa reverti. 

— Post equite^n sedet atra cura. 

— Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci, 

— Currente calamo, 

— Intra mur os, 

— Risum teneatis? 

— l't pictura poesis, 

— E tutti quanti. 

— Tua res agi fur. 

— Aura popularis, 

— Tulit alter honores, 

— lu es il le l'ir. 



i 



FLORE LATINE. 231 

LEÇON XLIX. 

LcUve donnera la iraduciion des locutions latines suivantes. 

— Urbi et orbi. 

— To be or not to be, 

— Dente super bo. 

— Ergo. 

— Jus et norma loquendi. 

— Similis simili go.udet. 

— God save the king ! 

— Magnœ spes altéra Romœ. 

— Vir bonus dicendi peritm 

— Coram populo. 

— Ad perpetuam rei memoriam, 

— Doctus cum libre. 

— Credo quia absurdum. 

— Argumentum baculinum. 

— Inde irœ. 

— .Cor unum et anima una, 

— Nil admirarî. 

— Auri sacra famés. 

— A quia. 

— De stercore Ennii. 

— Quandoque bonus dormitat Homerus. 

— Ne varietur^ 

— Pancm et circenses. 

— Sancium ^anctorum. 
■ — Desipere in îoco. 

— Asinus asinum fricat. 

— Ad valorem. 

— De visu. 

— Video meliora proboque, détériora sequor, 

— Quod erat demonstrandum. 

— Vox populi^ vox Dci. 

— E sernpre bene. 

— Credo. 

— Hicjacef. 



232 FLORE LATINE. 

LEÇON L. 

L'élève donnera la traduction des locutions latines suivantes-. 

— De. commodo et incommodo. 
-— Nescio vos. 

— Da copo, 

— Non omnis moriar, 

— Magistei- dixit. 

— Ab Jove priiicipium. 

— Ridiculus mus. 

— Cui liono? 

— Carpe diem. 

— Sic itur ad astra. 

■ — /Equam mémento servare mentem. 

— Mea culpci. 

— Lasciafe oyni speranza, voi che'' 7itrate» 

— Non passibus œquis. 

— Ad majorem Dei gloriam. 

— Ambitiosa recidet ornamenta, ', 

— Requiescat in pace! 

— Scsquipedalia verba y 

— Ad litteram, 

— Inter pocula. 

— Ex voto. 

— Ab absurdo. 

— Ex unyue leonem. 

— Ad hominem, 

— A îatere. 

— Pro domo sua, 

— Odi profanum vulgus et arceo* 

— Monstrum horrendum. 

— Italiam ! Italiam ! 

— Numéro Deus impaire gaudef* 

— Quid novi ? 

— Fronti nulla fides. 

— In naturalibus. 



FLORE LATINE. 23 

LEÇON Ll. 

L'élève donne^'a la traduclion des locutions latines suivantes. 

— G/'Osso modo» 

— Dura lex, sed lex. 

— A minima. 

— Ad unum. 

— Fiat lux ! 

— Amiens Plato, sedmagis arnica veritaSo 

— In vino veritas, 

— Alpha et oméga. 

— Aima j)arens. 

— Jurare in verha magisin, 

— In anima vili. 

— Fcrtunate sencxl 

— Cave ne cadas. 

— instar omnium, 

— Suave, mari magno.,. 

— Maxima debctur jjuero reverentia. 

— Fama volât, 

— Nunc est bibendum. 

— Genus irritabile vatum. 

— Ab intestat. 

— Claudite jam rivos,pueri, sat prata biberunî. 

— A'ow ignora niali miseris succurrere disco. 

— Rara avis in terris, 

— L'ithos et le pathos. 

— Rudis indigestaque ynoles, 

— Materiam superabat opus. 

— Manus habent et non palpabvnt, 

— Ab uno disce omnes, 

— In pace. 

— In secula seculorum. 

— Qui bene amat bene castigat. 

— ubi campi! 



234 FLORE LATINE. 

LEÇON LU. 

VcUve donnera la traduction des locations latines sidmntes, 

— Aut vincere , aut mori. 

— Habemiis confitentem reum, 

— Expende Annibalem, 

— Extra muïos. 

— Hospes hostis. 

— Dixi, 

— yigro notanda lapillo, 

— G ramynatici certant. 

— In globo. 

— Habent sua fata libelli, 

— Par pari refertur. 

— Justum ac tenacem propositi virum,,» 

— Monitoribus asper. 

— Labor impi^obus omnia vincit. 

— In médias res. 
-. — Distinguo. 

— Anguis in herba, 

— Dulces reminiscitur Argos, 

— Servum pecus. 

— Punica fides. ■ 

— Albo lapillo diem notare, \ 

— Perinde ac cadaver» 

— Invita Mine.rva. 

— De omni re scibili et quibusdam aliîs. 

— Laudator tempoins adi, 

— De profundis clamavi. 

— Bella matribus detesiata, 

— Sit tibi terra levis! 

— Carcere dura. 

— Honos alit artes. 

— Is fecit cui prodest. 

— Mens sana in corpore sano. 

— Ore rotundo. 



FLORE LATINE. 235 

LEÇON LUI. 

Vclève donnera la traduction des locutions latines suivantes. 

— Primo mihi, 

— Natumm expellas furca, tamen usque recurret, 

— Facit indignatio versum! 

— Similia similibus curantur. 

— Homo sum, et humani nihil a me alienum piito. 

— Quantu77i mutatus ah illol 

— Per jocum. 

— Mirabile dictu! 

— Mobilitate viget, 

— Quidquid délirant reges, plectuntur Achivi, 

— Macte anime l 

— Desiderata. 

— Omne ignotum pro terribili, 

— Debellare superbos. 

— Surge et ambula! 

— Tenere lupum auribus. 

— Molle atque facetum. 

— Animus meminissi horret. 

— Stultorum numerus est infinitus, 

— Tu autern... 

— Critérium, 

— Hic. 

— Carpent tua poma nepotes. 

— Tu Marcellus eris ! 

— Neque semper arcum tendit Apollo, 

— Quousque tandem... 

— Abyssus abyssum invocat, 

— Si Pergama dextra 

Defendi possent, etiam hac defensa fuissent» 

— Abusus non tollit usum. 

— Toile et lege. 

— Ultima ratio. 

— Ubi bene. ibipatria. 



236 FLORE LATINE. 

LEÇON LIV. 

Vélcve donnera la traduction des locutions latines suivanlfiï. 

— Stupete, g entes! 

— Ex œquo. 

— Lucidus ordo. 

— Substratuyn. 

— Non bis in idem. 

— Fluctuât nec mei^gitur. 

— Hodie mi ht, cros tihi. 

— Festiiia lente. 

— Statu quo. 

— Noli me tangei^e. 

— Rari no.ntes in gurgite vasto^ 

— Furia francese. 

— Jia^o. 

— },Iane, Thecel, Phares^ 

— Stans pede in uno, 

— Semper ad eventum festinaf, 

— Post hoc, ergo propter hoc, 

— Corpus delicti. 

— Ad hoc. 

— Ad iinyiiem. 

— Qualis ab incepto, 

— Pœte, non dolet. 

— In jnedio stat virtus, 

— Minima de malis. 

— Primo occupanti. 

— Sic vos non vobis. 

— Oculos habent et non videbunt, 

— Sol lucet omnibus, 

— S; vis me flere, dolendum est primum ipsi tibi, 

— Super flumina Dabylonis. 
■ — Tesiis unus, testis nullus. 

— Nocturna versât e manu, versate diurna. 



J 



FLORE LATINE. 237 

LEÇON L\. 

L^'élève donnera la traduction des locutions latines suivantes. 

— Ipso facto. 

■ — Quod scripsi, scrijysi. 

— Horresco referens. 

— Os habent et non loquentur, 

— Sine nom i ne vidgus. 

— Sic transit gloria mundi, 

— Annibal ad pjortas. 

— Aperietur vobis. 

— Quantum sufficit. 

— Morituri te salutant. 

— Sic. 

— Sï augur auguvem. 

— Varium et mutabile semper, 

— Veni, vidi, vici, 

— Timeo hominem unius libn, 

— Ab hoc et ab hac. 

— Sursum corda. 

— Vanitas vanitatum 

— Utile du Ici. 

— Tu quoque! 

— Me, me adsum qui feci! 

— Victis honos ! 

— Ab imo pectore, 

— Aurea mediocritas, 

— ^re perennius. 

— Inter nos, 

— Quorum pars magna fui, 

— Thalassa! thalassa! 

— Compos sui, 

— Concedo. 

— Consummatum est, 

— Bona fîde. 

— Contraria contrariis curantur. 



23S FLORE LATINE. 

LEÇON LVI. 

VcUn donnera la traduction des locutions latines suivantes. 

— That is the question. 

— Castigat ridendo mores. 

— Casus belli. 

— Aperto libro, 

— In petto. 

— forfunaios nimium, sua si hona norint! 

— Impavidum ferient ruinœ. 

— Timeo Danaos et dona ferentes. 

— Unguibus et rostro. 

— In cauda venenum. 

— JEternum valet 

— Pauca, sed bona. 

— In ienui labor, at tenuis non gloria, 

— Beati pauperes spiritu. 

— In hoc signo vinces. 

— Vœ soli ! 

— Argumentu7n ad crumenam, 

— 'Nos numems sumus. 

— Lapsus calami. 

— Caveant consicles. 

— JEquo animo. 

— Hoc erat in votis, 

— Ad rem. 

— Jure et facto. 

— Surge tandem, carnifex! 

— Per inania régna, 

— Ex abrupto. 

— Ad honores. 

— Trahit sua quemque volupfas, 

— Amant alterna Camenœ. 

— Quod di omen avertanil 

— In rerum nafura, 

— Sufflcit. ' 



FLORE LATINE. 23î^ 

LEÇON LYII. 

L'élève domtra la traduction des locvAions latines snmntes. 

— Ars longa, vita brevis, 

— Nunc dimittis servum tiiitm, 

— A posteriori. 

— Nec deus infersit, nisi dignus vindice nodm. 

— Caput mortuwn. 

— Solve — equu'in — senescentem. 

— Donec eris felix, multos numerabis amicos. 

— Quia nominor leo. 

— quantum est in rébus inone! 

— Deus, ecce Deus ! 

— A parte, 

— Cantabit vacuus coram latrone viator. 

— Régis ad exeynplar totus componitur orbis. 

— Si vis pacem, para bellum, 

— Nec plus ultra. 

— Deus nobis hœc otia fecit, 

— Sine qua non. 

— Pendent opei^a interrupta. 

— Mens agitât molem. 

— Nil novi sub sole. 

— Sistimus hic tandem nobis ubi defuit orbis. 

— De te fabula narratur. 

— Audax Japeti genus. 

— Scribitur ad narrandum, non adprobandum. 

— Quos vult perdere Jupiiter dementat, 

— Aléa jacta est. 

— Vade rétro! 

— Omnium consensu. 

— In extremis. 

— E jJur si muove! 

— Ira furor brevis est. 

— In p^f^i^'tibus rnfidelium., 

— Vade in pace. 



^40 FLORE LATINE. 

LEÇON LYIII. 

Vélève donnera la traduction des locutions latines suivantes, 

— Veritas odium parit, obsequium amîcos, 

— In flagrante delicto, 

— Epicuri de grege porcum, 

— Meliorihus annis. 

— Quos ego... 

— Patiens quia œternus. 

— Verba volant, scripta manent» 
■ — Ejusdem farinœ. 

— Paulo majora canamus, 

— Mémento quia pulvis es. 

— Ense et aratro. 

— Lapsus linguœ, 

— Qui aures hahet, audiat, 
■ — Vœ victis! 

— Tôt capita, tôt sensus. 

— Vera incessu patuit dea, 

— Virtus post nummos. 

— Ab irato. 

— Nimium ne crede colori, 

— Eurêka! 

— A priori. 

— Fidus Achat es, 

— Nil mortalibus arduum est 

— Aut Cœsar, aut nihil. 
' — Novissima verba. 

— Summum Jus, summa injuria* 

— Telum imbelle sine ictu, 

— Ecce homo! 

— Errare humanum est» 

— jEquo puisât pede. 

— Scandit fatalis machina muros, 

— Diem perdidi. 

— Dignus est intrare. 



FLORE LATINE. 241 

LEÇON LIX. 

L'élève donnera la traduction des locutions latines suivantes. 

— Sotto voce. 

— Nolite mittere margaritas ante porcos, 

— Faveie linguis. 

— Eheu! fugaces labuntur anni! 

— Xoye sed non nova. 

— Toile. 

— Tantœ molis erat Romanam condere genteni! 

— Bone Deus! 

— Cogito, ergo sum. 

— Non erat hic locus. 

— Homo homini lupus. 

— In extenso. 

— Tarde venientibus ossa. 

— Pro aris et focis, 

— Etiam periere ruinœ, 

— Exegi monumentum. 

— Etiamsi omnes, ego non. 

— Talis pater, talis filins. 

— Sunt lacrymœ rerum. 

— Fugit irreparabile tempus. 

— Particrient montes. 

— Illico. 

— Pectus est quod disertum facit, 

— Ad usum, 

— Pertransiit benefaciendo. 

— Ex professo, 

— Sustine et abstine, 

— Arcades ambo, 

— Ego sum qui sum, 

— temporal mores! 

— Nec pluribus impar. 

— Eritis sicut dii. 

— Major e longinquo reverentia, 

— Cédant arma tagœ, 

14 



242 FLORE LATINE. 

LEÇON LX. 

L'élèn donnera la traduction des locutions latines suivantes. 

— Hic et nnnc. 

— Crescendo. 

— Fronde super viridi, 

— Félix culpa! 

— Pede pœna claudo. 

— Os homini sublime dédit. 

— In manus tuas, Domine... 

— Omnia mecuin porto. 

— .Yo/i licet omnibus adiré Corinthum. 

— Omnis Jiomo mendax. 

— Quodcunque ostendis mihi sic, incredulus odi, 

— Finis coronat opus. 

— Et nune ervdimini. 

— Et in Arcadia ego! 

— Prirnus inter pares. 

— Hoc opus, hic labor est. 

— Quœ sunt Cœsaris, Cœsari, 

— Vires acquirit eiindo, 

— Habeas corpus. 

— altitudo ! 

— Nosce te ipsum, 

— T7^ comica. 

— Ab ovo^ 

— Age quod agis. 

— Vitayn impjendere vero, 

— Vice versa. 

— jEs triplex. 

— Altcr ego. 

— Audaces fortuna juvo.t, 

— Mens divinior, 

— Pcr Jovem! 

— Plaudite, cives! 

— Otium cum dignitate^ 

— DU meliora pnis. 



EXKEîCICES »E RÉCAPITULATIOM 



— 11^ SERIE — 



LEÇON LXI. 

L'élève Iradidra en latin les iihrases suivantes. 

Comme tout le monde. 

Un trait impuissant et sans force. 

Mets à profit le jour présent. 

Hâtez-vous lentement. 

J'ai trouvé ! 

Appel d'une peine trop petite. 

Et moi aussi j'ai vécu en Ârcadieï 

Les Grecs payent les folies des rois. 

Dans le dur cachot. 

Il faut rendre — à César ce qui est de César, 

Le travail marche activement. 

Chose étonnante à dire! 

Quoi de nouveau ? 

Et maintenant soyez instruits. 

Tête morte. 

Quand même tous, moi non. 

La colère est une courte folie. 

Une âme saine dans un corps sain. 

Heureuse faute ! 

Monstre horrible. 

Ce qui est bon, ce qui est mauvais. 

Le voyageur qui n'a rien passera en chantant devant les 

voleurs. 
Adieu pour F éternité ! 
Bon Dieu ! 
Par le fait seul. 

C'est maintenant qu'il faut boire. 
Dans la nature. 
Que celui qui a des oreilles entende. 



2U l'LORE LATINE. 

LEÇON LXIL 

Vélêve traduira en latin les yhrases suivantes. 

— Ici et maintenant. 

— Réciproquement. 

— Je vois le bien, je Vaime et je fais le mal, 

— J'aime Platon, mais j'aime mieux la vérité. 

— Les Muses aiment le chant de deux voix qui s'alternent, 

— Mère 'nourricière. 

— Fermez les ruisseaux, esclaves, les prés ont assez bu. 

— Prends garde de tomber. 

— Cas de guerre. 

— En tout il y a des bornes, 

— Il est de la nature de l'homme de faillir. 

— Patient parce qu'il est étemel. « 

— Argument qui s'adresse à la bourse. 

— Ainsi, 

— Mots longs d'uni toise, 

— // se hâte toujours vers le dénoûment, 

— Malheur à l'homme seul! 

— A liez en paix, 

— Plus durable que l'airain, 

— Voilà ce que je désirais, 

— Je frémis en le racontant. 

— Debout sur un seul pied, 

— Mais toi,.. 

— De là la colère. 

— Au deimier moment. 

— On rend la pareille. 

— En pjaix, % 

— La montagne est en travail. 

— J'ai perdu ma journée, 

— Il est digne d'entrer. 

— Oublier la sagesse à propjos. 

— C'est toi qui es représenté dans ce récita 

— Finit en queue de poisson. 



FLORE LATINE. 243 

LEÇON LXIII. 

L'élève traduira en latin les phrases suivantes. 

Maître de soi-même. 

Qu'ils soient comme ils sont, ou qu'ils ne soient pas. 

L'abîme appelle l'abîme, 

La manière est nouvelle, mais non la matière. 

Il suffit. 

La force comique. 

Savant avec le livre. 

Le travail surpassait la matière. 

Les idoles — ont des mains et ne touchent pas. 

Voilà l'homme! 

Loi dure, mais cest la loi. 

Le fond. 

campagne, quand te reverrai-je ! 

Laissez venir à moi les jjetits enfants» 

L'abus n'empêche pas l'usage. 

Rien de iiouveau sous le soleil. 

Donner sa vie à la vérité. 

De ce qui précède. 

Il a jjassé en faisant le bien, 

A parce que. 

Nous abandonnons nos chères campagnes. 

Il est doux, quand la mer est agitée... 

D'après les conséquences. 

Il revoit en souvenir sa chère Argos. 

La bouche bien ouverte. 

Qu'un seul vous apprenne à les connaître tous. 

Rien n'est impossible aux -mortels. 

Il flotte sans être submergé, 

A livre ouvert. 

Vous voulez apprendre à un poisson à nager. 

Tant que vous serez heureux, vous aurez beaucoup d'amis. 

Le souffle divin. 

Nations, soyez dans V étonnement ! 



1*. 



246 FLORE LATINE. 

LEÇON LXIV. 

Vélève traduira en latin les phrases suivantes. 

— // a donné à Vhomme un visage élevé — vers le ciel, 

— Ne s'étonner de rien. 

— A partir de Vœuf. 

— En gros. 

— A marquer d'une pierre noire. 

— On vous ouvrira. 

— Comme un cadavre. 

— Ils ont une bouche et ne parlent pas, 

— L'esprit meut la matière. 

— Le nombre des sots est infini. 

— Les savants ne sont pas d'accords 

— Afin qu'il n'ij soit rien changé. 

— néant des choses humaines! 

— Joindre — Vutile à V agréable. 

— Souviens-toi que tu es poussière» 

— L'état où sont actuellement les choses, 

— A la ville et à l'univers. 

— Du consentement de tous. 

— Dieu sauve le roi! 
• — Par Jupiter! 

— Dans des temps plus heureux, 

— Du bec et des ongles. 

— Tout homme est menteur. 

— La race irritable des poètes. 

— Le mot pmblié ne revient plus, 

— Par plaisanterie. 

— Second espoir de la grande Rome, 

— C'est moi, moi qui l'ai /ait ! 

— La dernière raison. 

— Et tous les autres. 

— Pour la plus grande gloire de Dieu, 

— Je porte tous mes biens avec moi. 

— Je ne vous ccnnais pas. 



FLORE LATINE. 241 

LEÇON LXV. 

VéUte traduira en latin les phrases suivantes. 

Le maître l'a dit. 

Dans le royaume des ombres. 

Ordre clair comme le jour. 

A la lettre. 

Par ma faute. 

La perfection, c'est de réunir Vutile a V agréable. 

Rien de trop. 

Lhomme est un loup pour l'homme. 

Précieuse médiocrité. 

Les enfa^its audacieux de Japhet. 

Tout est consommé, 

La fortune favorise les audacieux. 

Feuilletez-les le jour, feuilletez-les la nuit. 

Avec le plus grand soin. 

De bonne foi. 

La guerre détestée des mères. 

Tu vaincras par ce s^igne. 

Faites silence. 

Du haut de la chaire. 

L'indignation fait jaillir le vers. 

Forcez-les d'entrer. 

Il faut détruire Carthage, 

Je le crois parce que c'est absurde. 

Corps du délit. 

Bien, très-bien, parfait ! 

■ Combattre — pour ses autels et pour ses foyers. 
Betour en arrière. 

■ Dans quel intérêt? 

■ Intervention d'un Dieu descendu sur la scène au moyen 

d'une machine. 

- Du fond du cœur. 

- Par un mouvement de colère. 

- Diviser ijour régner. 

■ Ceux qui viennent tarda table ne trouvent plus que des os» 



243 FLORE LATINE. 

LEÇON LXVI. 

Vélêxe traduira en latin les yhrases suivantes. 

— Souffre et abstiens-toi, 

— Épargner les vaiyicus, 

— Que le cordonnier ne juge pas au delà de la chaussure, 

— Ainsi passe la gloire de ce monde. 

— L'art est long, la vie est courte. 

— Donc. 

— Les semblables se guérissent par les semblables, 

— D'une âme égale, 

— Dans l'état de nudité, 

— Entre vos mains, Seigneur.,, 

— La furie française. 

— A voix basse. 

— Réformez — voire cheval — qui vieillit, 

— La fatale machine franchit les murs. 

— Noble oisiveté. 

— En entier. 

— Maintenant vous pouvez renvoyer votre serviteur. 

— Le soleil luit pour tout le monde. 

— Si tu veux la paix, jjrépare-toi à la guerre. 

— C^est une entreprise, c'est un travail difficile. 

— On doit le plus grand respect à l'enfance. 

— Dieux! — donnez — une meilleure destinée aux hommes 

jjieux. 

— Ce qui est mal acquis se dissipe de même, 

— Les Dieux aiment les nombres impairs. 

— temps! ô mœurs! 

— Le Saint des saints. 
— ■ Un rat, objet ridicule. 

— La pièce est jouée. 

— Ici gît. 

— Aucun jour sans tracer une ligne. 

— Nous avons un accusé qui avoue. 

— Qu'il repose en paix ! 

— Le temps s'enfuit, perdu pour toujours. 



i-LCULl LATINE. 24y 

LEÇON LXYII. 

L'élève traduira en latin les phrases suivantes. 

De loin le respect est plus grand. 

Nous, 710US sommes la foule. 

Il ne faut avoir aucune confiance au front de l'homme. 

Masse confuse et informe, 

Pourriez-vous ne pas rire ? 

Pour cela. 

Sur le vert feuillage. 

Dernières paroles. 

Heureux vieillard ! 

Que la terre te soit légère ! 

Bouche à la parole retentissante. 

Nous nous sommes arrêtés quand la terre nous a manqué. 

Si Pergame avait pu être sauvée par la main d'un homme, 

ce bras seul l'eût sauvée. 
Je suis homyne, et rien de ce qui touche un homnw ne m'est 

étrayiger. 

Les livres ont leur destinée. 

Ou empereur, ou rien. 

Le vent de la faveur populaire, 

No7î deux fois pour la même chose. 

Les contraires se guérissent par les contraires. 

Ne vous fiez pas aux apparences. 

Tu seras MarcellusJ 

A la chose. 

Les choses répétées plaisent. 

Bienheureux les pauvres d'esprit. 

En masse. 

Ne rien faire. 

Par suite d'un vœu. 

Je pense, donc j'existe. 

Au Dieu inconnu. 

Un seul cœur et une seule âme. 

Foi punique. 

honte! 

Moyen de juger. 



2oO FLORE LATINE. 

LEÇON LXVIII. 

Vélève traduira en latin les phrases suivantes, 

— Au courant de la plume» 

— De toutes les choses qu'on peut savoir, et de quelques 

autres. 

— Le Dieu, voici le Dieu ! 

— De vue. 

— Tai dit, 

— Par l'absurde. 

— Tant de ressentiment peut-il entrer dans l'âme des dieux! 

— Elevez vos cœurs. 

— Sans quoi non. 

— C'est ainsi que Von arrive aux deux, 

— Le semblable aime le semblable, 

— Argument du bâton. 

— Arcadiens tous deux. 

— Souvenez-vous de conserver une âme toujours égale. 

— La vertu est éloignée des extrêmes. 

— La voix du jjeuple est la voix de Dieu, 

— Aie ton corps. 

— Ici. 

— Exécrable soif de Vor, 

— Ce n'était pas ici le lieu. 

— 'Ne jetez pas des poules devant des pourceaux, 

— Ne me touchez pas. 

— Toi aussi! 

— A la mémoire étemelle du fait, 

— Retourner vers ses pères. 

— Qui donne vite, donne deux fois, 

— Vaincre ou mourir. 

— En flagrant délit. 

— La renommée vole. 

— On reconnaît le lion àja griffe. 

— Je crois. 

— D'une dent dédaigneuse. 

— La corruptioti de ce qu'il y a de meilleur est la pire. 



FLORE LATINE. 2ol 

LEÇON LXIX. 

L'élève traduira en latin les yhrases suivantes. 

En public. 
Pour sa maison. 
Le premier entre ses égaux, 
A chacun le sien. 
En croissant. 
CommenQons par Jupiter. 
A tort et à travers. 
Sayis avoir fait de testament. 
Les membres dispersés du poète. 
Tel père, tel fils, 
La vertu après Vargcnt. 
Bu pain et les jeu J du cirque. - 
La foule sans nom. 
L'âne frotte l'âne. 
la campagne! 

La 'mort frappe d^m pied indifférent. 
Dans les pays occupés par les infidèles. 
En plein sujet. 

La voix de celui qui crie dans le désert. 
Le dé est jeté. " 

Le mouvcynent redouble sa vigueur. 
Que les dieux détournent ce malheur! 
Jurer par V autorité du maître. 
Les mœurs oratoires et le pathétique. 
Annibal est à nos portes. 
Quand le divin Homère sommeille. 
Tel qu'au début. 
Rebelle aux conseils. 
Marquer un jour avec la pierre blanche. 
Je crains les Grecs, même quand ils font des présents. 
Tout ce que vous me montrez de pareil me trouve incité' 
dule et me déplaît. 

Mon âme frémit d horreur au souvenir. 
Combien différent de ce qu'il était! 



2o2 FLORE LATINE. 

LEÇON LXX. 

Véîêve traduira en latin les phrases suivantes, 

— Entre nous. 

— Des maux — choisir — le moindre, 

— La fin couronne l'œuvre. 

— Douceur et finesse. 

— Cela est la question. * 

— Du côté. 

— Un serpent sous l'herbe. 

— Celui-là a commis le crime, à gui le crime est utile, 

— Et moi aussi, Je suis peintre! 

— A titre égal. 

— Mince est le sujet, mais non la gloire de le traiter. 

— Le fidèle Achate. 

— La mer! la mer! 

— Fais ce que tu fais. 

— Dans les siècles des siècles, 

— Que la lumière soit faite. 

— Brusquement. 

— Tenir le loup par les oreilles, 

— Témoin seul, témoin nul. 

— A plus forte raison. 

— Tes arrière-neveux cueilleront ces fruits, 

— Qui ne sait dissimuler, ne sait régner, 

— Au choix. 

— Lève-toi, bourreau! 

— Lare d'Apollon n'est pas toujours tendu, 

— Le procès est encore devant le Juge, 

— Dans la queue le venin. 

— Courage! 

— Faisant l'éloge du temps passé. 

— A Varticle de la mort. 

— Et pourtant elle se meut! 

— Levez-vous et marchez! 

— L'exemple du monarque est la loi sur la terre» 



FLORE LATINE. «253 

LEÇON LXXI. 

ù 

L'élève traduira en klin les phrases suivante-t. 

Plus rien au delà. 

Oiseau rare sur la terre. 

Quand Jupiter veut perdre un homme, il lui été la raison» 

NoJi inférieur à plus — que le soleil. 

Chacun est entraîné par son penchant. 

Au bord des fleuves de Babylone. 

Sur une âme vile. 

Pourceau du troupeau d^Épicure, 

Faute échappée ù la langue. 

Par Vépée et par la charme. 

Il y a des infortunes qui arrachent des larmes. 

La franchise fait des ennemis, la flatterie des amis. 

Justice excessive devient injustice. 

Autant d'hommes, autant de sentiments. 

Jusques à quand... 

Faute échoppée à la plume. 

Pour l'honneur. 

Les ruiner — du monde — le frapperaient sans l'émouvoir. 

Un État dons l'État. 

Connais-toi toi-même. 

De la même farine. 

Citoyens, applaudissez ! 

De son espèce. 

Je devrais les... 

Prends et lis. 

Hélas! les années s'enfuient rapidement f 

Les paroles s'envolent, les écrits restent. 

Enlevez! 

Nous ne pouvons. 

Un travail opiniâtre vient à bout de tout. 

Laissez toute espérance, vous qui entrez! 

L'homme juste et ferme en ses desseins... 

Je suis celui qui est. 

Au premier occupant. 



il 



254 FLORE LATINE. 

LEÇON LXXII. 

Vélève traduira en latin les phrases suivantes. 

— D''un pas inégal. 

— Sur-le-champ. 

— Je ne mourrai pas tout entier, 

— J'empêche. 

— Être ou ne pas être. 

— Je le Jure. 

— Premièrement à moi, 

— // n' est pas permis à tout le monde et aller à Corinthe. 

— Chose variable et toujours changeante — que la femme — . 

— Où je n'ai eu que trop départ. 

— Je crains l'homme d'un seul livre. 

— La loi du langage. 

— Le noir souci monte derrière le cavalier. 

— Connaissant le malheur, j'ai appris à secourir les mal- 

heureux. 

— Aujourd'hui moi y demain toi. 

— La patrie est où l'on est bien. 

— Où ne monterai-je pas ? 

— Sa démarche révèle une déesse. 

— A la suite de cela, donc à cause de cela, 

— U Italie! l'Italie! 

— De droit et de fait, 

— Ce que j'ai écrit est écrit. 

— Ainsi Vont voulu les dieux. 

— A part. ' 

— Pœtus, ce n'est pas douloureux. 

— Je suis venu, j'ai vu, j^ai vaincu, 

— Ce qui était à démontrer. 

— profondeur! 
-~ Intérieurement. 

— De son propre mouvement. 

— Qui aime bien, châtie bien. 

— Malgré Minen^e. 

— Tout — dango — inconnu semble terrible. 



FLORE LATINE. 2o5 

LEÇON LXXIII. 

L'élève traduira en latin les phrases suivantes. 

Si vous faites intervenir un Dieu, que le drame soU digne 

qu'un Dieu le dénoue. 
Hors des murs. 
Dans le vin la vérité. 

Trop heureux s'ils connaissaient leur bonheur 
Dans rintérieur des murs. 

Chassez le naturel à coups de fourche, il reviendra toujours. 
Beaucoup de chose*? en peu de mots. 
En homme qui connaît parfaitement la matière. 
Je hais le vulgaire profane et je l'écarté. 
Le verre en main. 
Par le juste et l'injuste. 
Ils ont des yeux et ne voient point. 
Ceux qui vont mourir te saluent. 
Quantité suffisante. 

Croyez-en celui qui en a fait l'expérience. 
Vanité des vanités! 
Les travaux commencés s'arrêtent. 
La poésie est comme une peinture. 
Pèse Annibal. 

Parce que je m'appelle lion. 
Selon la valeur. 
J'ai achevé un monument. 
Le châtiment suit le crime en boitant. 
Contre la personne. 

De rares naufragés nageant sur le vaste abîme. 
C'est l'âme qui fait Véloquence. 
Chantons des choses plus relevées. 
Peu, mais bon. 

Tant il était difficile de fonder V empire romain! 
Un homme de bien qui sait parler. 
Il s'agit de vous. 
Tu es cet homme. 
Un autre en a eu l'honneur. 



256 



FLORE LATINE. 



\ 



LEÇON LXXIY. 

relève traduira en latin les pkrascs suivantes . 

Jusqu'au dernier,. 

Je distingue. 

Selon l'usage. 

Ainsi vous — travaillez — et ce n'est pas pour i 

C'est U7i Dieu qui nous a fait ces loisirs. 

Du fond de l' abîme j'ai crié. 

Ce qui manque. 

Du fumier d'Ennius. 

De l'avantage et du désavantage. 

Renverser les superbes. 

J'accorde. 

Triple airain. 

Tout étranger est un ennemi. 

Si vous voulez que je pleure, commencez par pie 

même. 
Retire-toi ! 

Malheur aux vaincus ! 
Troupeau servile. 
Si un augure voit un augure. 
A l'écart. 

On écrit l'histoire pour raconter, non pour prout 
Vous serez comme des dieux. 
Toujours bien. 
Les ruines mêmes ont péri. 
Que les consuls prennent garde. 
Que les armes le cèdent à la toge. 
La comédie — châtie les mœurs en riant. 
Un autre moi-même. 
Il retranchera les ornements ambitieux. 
Honneur aux vaincus! 
Elle acquiert des forces dans sa course. 
L'honneur nourrit les arts. 



FAllIS. — IMPRIMERIE ÉDOJARU BLUT, lU-'E SAINT-LOOIS, 46 



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